Saigner des genoux, une plongée au cœur des recoins les plus sombres de l’éducation
- Mise en scène : Igor Kovalsky
- Avec : Loïc Azorin, Mélissa Polonie en alternance avec Océane Lheritier, Oréade Gagneux Lagrèze, Margaux Germay, Denez Raoul
- Régie : Louis De Peretti
Avant même le début de la pièce, les spectateur.ices sont plongé.e.s dans une ambiance spéciale qui n’est pas sans rappeler les sorties scolaires de notre enfance. Au départ du 11, le groupe est invité à suivre les équipes jusqu’au Collège Frédéric Mistral pour une petite promenade d’une dizaine de minutes. Amusé.e.s et excité.e.s par ce cadre inattendu, les spectateur.ices s’installent dans la cour du collège. Un endroit parfait pour présenter l’histoire qui suit.
La compagnie 3.6 No scope nous présente quatre collégiens pleins de vie : Yuliz, Eau, Marcus et Doom. Remonté.e.s à bloc d’énergie et de fougue qui n’appartiennent qu’à ces âges, ces jeunes tentent de se construire dans un monde qu’iels ne comprennent pas encore totalement. Leurs rêves, leurs joies, leurs peines, leurs histoires de cœurs, tout ça vole en éclat lorsque leur bien-aimée professeure de mathématique se donne la mort au milieu de la cour du collège. Elleux qui se débattent pour survivre à l’ingrate adolescence voient alors leurs vies changées pour toujours.
Les spectateur.ices sont installé.e.s autour d’un bureau. Des rangées de chaises sont disposées de chaque côté et en face, cette installation permet une immersion totale dans le spectacle. Le public devient la classe, la masse anonyme qui rit, qui pleure, et qui chante au rythme des personnages principaux. Parfois apostrophé.e.s par les comédien.nes, on a presque l’impression de faire partie de l’histoire. Quelques accessoires sont échangés durant la pièce ; un téléphone, un drap, des cahiers, mais Saigner des genoux n’a besoin finalement que de son texte et de ses talentueux.ses comédien.nes pour épater les spectateur.ices. Derrière le bureau, des bancs de pique-nique en bois servent de décor et représentent tantôt un lit, tantôt une chambre d’hôpital, tantôt ce qu’ils sont vraiment : des bancs installés dans une cour de collège. Les cinq comédien.nes évoluent dans et autour de cette installation ingénieuse. Iels courent entre les sièges, sautent par-dessus les bancs, le tout avec une énergie épatante qui représente parfaitement les personnages qu’iels incarnent. Deux projecteurs sont installés haut dans les arbres et éclairent ce plateau extérieur alors que la nuit tombe doucement sur le public.
Igor Kovalsky s’inspire d’un fait divers l’ayant profondément marqué pour écrire son spectacle. Une élève de sixième a voulu tuer sa professeure d’anglais. Saigner des genoux nous présente un récit puissant et terrible, qui remet en question les rapports existants dans l’éducation. Ici, la professeure de mathématique est bienveillante, passionnée ; et appréciée de ses élèves. Pourtant, iels la défient, parce que c’est ce que veut l’adolescence. Iels se bagarrent, se déchaînent en classe, n’écoutent qu’elleux. Iels n’ont aucune idée de l’impact que leur comportement peut avoir sur celle qui, le soir, rentre chez elle en portant le poids de sa journée sur les épaules. Solitaire. Épuisée. Mais quelle est leur part de responsabilité dans le drame qui survient alors ? Iels ne sont pourtant que des enfants. Les comédien.nes époustouflant.e.s se glissent dans la peau de ces jeunes qui ont la rage de vivre, qui font des erreurs, trop pressé.e.s qu’iels sont d’être grand.e.s. Toustes ont leurs préoccupations, leurs échecs et leurs réussites. La société crée des produits qui seront les adultes de demain. Alors, que vont-iels faire de ces leçons durement apprises ?
Saigner des genoux est un spectacle puissant et touchant. Les thèmes abordés sont durs, mais ils sont nécessaires. Igor Kovalsky signe un spectacle important, qui a tout particulièrement sa place dans les établissements scolaires. Le rythme soutenu et l’énergie folle des comédien.nes permettent de garder l’attention du public jusqu’à la toute dernière seconde. C’est à peine si on respire, entre les punchlines qui fusent et les extraits musicaux, chantés et dansés par l’équipe talentueuse de 3,6 No scope — qui sait décidément tout faire.
Un spectacle d’utilité publique, à ne surtout pas manquer au 11 à Avignon du 6 au 23 juillet — relâches les 10 et 17 juillet.
Infos pratiques
- Compagnie :
- 3.6 no scope
- Représentation :
- 9 juillet 2026 à 21:30
- Lieu :
- 11 - Espace Mistral, Avignon (84000)
- Durée :
- 1h25
- Public :
- à partir de 12 ans
- Événement :
- Festival OFF d’Avignon 2026
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Chroniqueur·euse
Région parisienne
Passionnée d'écriture et de théâtre, être correspondante m'a permis de réunir ce qui me fait le plus vibrer.
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