- Autrice : Dorothée Zumstein
- Mise en scène : : Laurent Eychenne
- Interprétation : Emilie Jouffrey, Alice-Maïa Lefebvre, Christelle Salert
- Régie : Rémy Caillavet
- Musique : Alice-Maria Lefebvre
Patiente 66 est l’histoire d’une absente, un fantôme qui hante la nuit de nos mémoires. Non, reprenons, c’est l’histoire d’une femme, une jeune femme, qui a été volontairement absentée par soucis de bienséance et de réputation familiale. Rosemary Kennedy, sœur cadette de John Kennedy, 35ième président des Etats Unis et troisième des 9 enfants que les parents Kennedy, Joseph Patrick et Rose, mirent au monde. 9 enfants. Une dynastie.
Mais pourquoi la cache-t-on ?
Rosemary est différente de ce qu’on attendrait dans ce milieu de grande bourgeoisie américaine des années 40 où le poids de l’argent, l’apparence sociale et le « qu’en dira-t-on » comptent d’avantage que le goût de vivre et la singularité. Insouciante, elle aime faire la fête, aller au cinéma, le sport. Elle a des sautes d’humeur, un comportement décalé. En grandissant son attitude devient franchement osée. Souvent, elle rentre au petit matin, le corsage chiffonné, une odeur de tabac et d’alcool collée à la peau. Ses sorties nocturnes font scandale. Ses parents refusent qu’elle se montre aux bals et autres mondanités. Elle devient celle dont on a honte, celle que l’on cache. On l’envoie poursuivre ses études dans un pensionnat. Les fugues continuent. On dit qu’elle a une petite déficience mentale.
Une nouvelle pratique chirurgicale est alors en plein essor, considérée comme révolutionnaire dans les traitements psychiatriques : la lobotomie ! Le docteur Freeman en est le promoteur convaincu. Il persuade le père de Rosemary que soit pratiquée sur sa fille l’opération qui la sauvera d’une « dépression agitée ». Elle a 23 ans. Elle sera la 66 ème patiente du chirurgien réputé. Mais l’opération rate et a des effets catastrophiques. La jeune femme restera enfermée en institution pendant plus de 20 ans, jusqu’à la mort du père, qu’elle n’a jamais revu. Elle ne pourra plus parler, à peine marcher, à demi paralysée, plongée dans une débilité profonde. Elle est effacée des photos, des discours, son nom n’est plus mentionné. Quand on demande de ses nouvelles, on invente des fables.
Le spectacle retrace ce parcours dramatique.
L’ambiance des années quarante est suggérée dans des tableaux vifs, où les cercles d’influences entre hommes permettent les ascensions sociales convoitées ; ambitions d’autant plus favorisées que l’argent est généreusement distribué. Ce que le père Kennedy fait sans scrupules.
Les séquences où Rosemary lit les lettres qu’elle envoie à son père sont particulièrement touchantes. Elles dévoilent une personnalité sensible, aimante, enthousiaste. Une jeune fille pleine de vie et d’amour.
L’ensemble est mis en scène de manière ludique, inventive, par petites touches laissant l’histoire émerger comme un mystère à résoudre, une issue inéluctable, un drame pressenti. Un piano sur scène donne une tonalité musicale très présente aux scènes. Il y a du cabaret dans l’air, des costumes élaborés évoquant cette époque. Une narratrice amène une distance bienvenue dans l’évocation du récit. Cela permet de retracer ce destin malheureux sans lourdeur, faisant fleurir l’âme enfantine de Rosemary, nous faisant partager sa présence lumineuse et un tantinet étrange, en effet. Jusqu’à aboutir au terme désastreux de l’opération chirurgicale qui brisera les élans de cette jeune femme sacrifiée aux ambitions d’un père prêt à tout pour parvenir au sommet de l’échelle sociale. Et qui, comme nous le savons, y parviendra. Mais à quel prix !
C’est un projet ambitieux, avec du cabaret, de la musique, des flash back et des temporalités différentes, pour un propos social très délicat ; comment intégrons-nous les êtres qui se distinguent de la norme ? Vu l’engagement de cette équipe, cette création ne peut que maturer avec le temps. J’ai eu la chance d’assister à un work in progress très prometteur. Et le reverrai avec grand plaisir !
Spectacle qui s'adresse à tout public, et spécialement aux adolescents, et scolaires.
Visible pendant le festival off d'Avignon les 3, 5, 7, 10, 12, 14, 17, 19, 21, et 24 juillet.
Infos pratiques
- Compagnie :
- Le Jardin d'Alice
- Représentation :
- 10 juillet 2026 à 20:20
- Lieu :
- Théâtre La Factory - Les Antonins, AVIGNON (84000)
- Durée :
- 1 h 05
- Public :
- Tout public à partir de 12 ans
- Événement :
- Festival OFF Avignon 2026
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Chroniqueur·euse
Avignon & Creuse
La scène du théâtre a joué un rôle important dans ma vie, et je continue à en faire le tour autant qu'il m'est possible, c'est un des rares lieux résistant qui se permet l'audace d'écrire poétiquement le monde.
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