Juste la nuit, au rythme d’un feu tricolore

Juste la nuit, au rythme d’un feu tricolore

Marceline WEGROWE
VIVANT

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  • De : Bernard-Marie Koltès
  • Mise en scène : Sébastien Truchet
  • Avec : Léa Dumont
  • Lumières : Gaia Gosterousse
  • Scénographie : Pierre-Yves Pérot
  • Costumes : P.B.Lily
  • Photographie : Valérie Labodie
  • Chant : Juliette Liard

Les spectateur.ices prennent place dans une salle où flotte une brume légère. Le metteur en scène distribue à celleux qui le souhaitent des petites lampes torches, avec pour seule indication de les utiliser à certains moments qui seront indiqués. Intrigué.e.s et heureux.ses d’être inclu.ses, le public s’en saisit sans hésitation. Puis, la lumière s’éteint et un effroyable cri retentit dans la salle avant qu’une silhouette ne déboule sur scène avant de s’y écrouler.

Juste la nuit c’est le flot de pensées d’une femme qui refuse de s’écrouler. Elle est seule dans la nuit, trempée par la pluie et la sueur. Elle cherche quelqu’un à qui parler, quelqu’un pour l’écouter dégueuler ses pensées pour la soulager. Elle croit voir quelqu’un. Elle court après cette silhouette. Elle raconte. Elle raconte sa solitude, ses peines, ses peurs, ses luttes. Tous ses mots, les mots qui lui sont si chers, s’écoulent de ses lèvres abîmées.

Sur scène, un feu tricolore est érigé, seul témoin des émois de cette jeune fille. Lorsque le feu est vert, elle est emportée dans son flot de pensées. Lorsqu’il est rouge, la nuit sombre l’entoure, et elle attend. Les seuls accessoires utilisés pendant le spectacle sont transportés par la comédienne dans son gros sac à dos de voyage. Cette mise en scène épurée met en lumière la puissance du texte et la justesse de la talentueuse comédienne. Les mots coulent directement de ses pensées dans un flot impressionnant qui déferle sur les spectateurs.ices et les emporte dans l’intimité de cette femme sous la pluie. C’est une voix anonyme et, pourtant, elle représente tant d’autres qui ne sont jamais entendues. Sa solitude est touchante, une tristesse et une douleur intense à laquelle on s’identifie. C’est un sentiment universel, représentatif de notre société actuelle, cette sensation d’être incompris.es, ce besoin d’être entendu.e.s. Tout ce que cette femme souhaite, c’est qu’on l’écoute. Et ici, ce soir, c’est bien ce qu’elle fait. Le public est pendu à ses lèvres et un véritable lien se créer. Le travail des lumières participe également à créer cet univers intimiste si particulier qui est un grand point fort de spectacle. Le pouvoir qui réside dans les petites lampes serrées entre les mains des spectateur.ices est immense et son impact énorme. Iels prennent ainsi part au spectacle, décident d’accepter cette rencontre et d’ouvrir les bras à cette femme seule.

Juste la nuit est une pièce puissante, qui résonne particulièrement aujourd’hui. La compagnie Red Flag remanie le texte original de La Nuit juste avant les forêts de Koltès. À partir de l’œuvre originale, iels y tissent des extraits de Despentes ou encore Paul B. Preciado, et même quelques textes de leur compositions personnelles qui viennent l’enrichir et y insuffler une jeunesse nouvelle. Le regard est ainsi déplacé, multiplié et en ressort magnifié, véritable manifesto féministe et engagé qui fait frissonner le public. Le travail de la comédienne sur scène est remarquable. La fragilité touchante qu’elle nous offre le temps d’une représentation crée un lien intime fort entre elle et le public. Cette nuit, nous la passons ensemble. C’est par ailleurs la première fois que ce texte est interprété et porté par une femme, ce qui permet une nouvelle lecture du texte ou la nuit n’est plus seulement métaphorique, mais devient un espace réel et dangereux. Léa Dumont est exceptionnelle dans ce tiraillement de mots et de sensations qu’elle partage avec nous durant cette soirée.

Juste la nuit est un spectacle qui touche au plus profond de l’âme humaine. La mise en scène, le talent de la comédienne au plateau, le texte, le travail des lumières, tout est si juste et touchant. C’est une merveilleuse manière de découvrir — ou (re)découvrir — le texte de Koltès.

Une soirée sous la pluie à revivre tous les soirs du 4 au 25 juillet — relâche les mercredis — à 20 h 5 à la Salle Bayaf à Avignon.

Infos pratiques

Compagnie :
Red Flag
Représentation :
14 juillet 2026 à 20:05
Lieu :
Salle Bayaf, Avignon (84000)
Durée :
1h05
Public :
à partir de 12 ans
Événement :
Festival OFF d’Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Marceline WEGROWE

Région parisienne

Passionnée d'écriture et de théâtre, être correspondante m'a permis de réunir ce qui me fait le plus vibrer.

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