- Auteurs : Vassili Schéman d’après Gonzague Saint-Bris
- Mise en scène : Vassili Schéman
- Acteurs : Chloé Larrère, Anthony Ruotte, Gabriele Simonini
- Lumière : L. Schneegan
- Scénographie : M. Morasse et Z. Ceulemans
C’est surtout l’émission que Gonzague Saint-Bris créa « La ligne ouverte » sur Europe 1 dans la deuxième moitié des années 70, donnant la parole aux auditeurs, qui renaît sous nos yeux. De la première émission à la dernière.
Quelques morceaux choisis. Des bouts de récits de vie. Des petits riens, des pas-grand-chose, une parole qui se cherche, qui tente de dire ce qu’elle ne sait pas encore quoi. Un ouvrier loin de sa famille, seul, le jour de Noël, une ouvreuse de cinéma porno curieuse de ce public, un prêtre homosexuel dans les tourments du doute, un jeune homme désespéré qui veut tuer le monde pour dire le non-sens de sa vie, une jeune fille de 16 ans racontant sa première expérience sexuelle et tant d’autres qui saisissent cette opportunité de parler en direct en tout anonymat pour dire ces choses qu’ils et elles ont sur le cœur, ou parfois juste ouvrir une question sans réponse mais qui les hante. Ces dires ne sont pas confession, ils tâtonnent dans la forêt des mots, honnêtement.
Les extraits que nous entendons sont de véritables extraits d’émissions. Gonzague Saint-Bris en a tiré un recueil édité en 1978 « La ligne ouverte au cœur de la nuit ». Ce n’est pas du théâtre reportage. C’est du théâtre tout simplement. Et le passage au plateau de ces voix anonymes crée une vibration particulière qui doucement, tranquillement remplit l’espace, et m’a touchée profondément. Ce quelque chose qui m’a saisie d’émotion, malgré le traitement théâtral très affirmé, est l’authenticité. Chaque histoire même les plus excentriques, les plus dramatiques, a ce quelque chose de vrai, de ce vrai qui n’en fait pas des caisses, et n’a pas de fin. C’est du vécu, on le sent.
C’est aussi le nombre d’auditeurs qui se racontent, au fil des années qui fait que chacun devient quelque chose de précieux, disant quelque chose de l’indicible de la vie qui traverse ces paroles.
Et c’est beau.
Pas de coup de théâtre, pas d’événement spectaculaire, pas de surprise juste des paroles incarnées qui disent simplement leur état d’être à cet instant-là.
Les 3 acteurs et actrice se répartissent les rôles sans distinction, passant de l’auditeur à l’animateur sans fioritures. Et ils sont superbement différents. Chacun avec sa sensibilité, ses excès de jeu, ses outrances, ses mimiques, son zèle parfois maladroit. Il y a une grande justesse dans cette exubérante énergie à vouloir dire. A tout prix.
Sur scène des découpes au sol marquent l’espace qui sépare l’auditeur, et l’animateur Gonzague. La scénographie est très élaborée, élégante, tout en gardant le plateau presque vide. Seules quelques chaises vont au fil des récits se démultiplier jusqu’au remplir totalement l’espace. Métaphore de ces voix qui chacune à tour de rôle investit la ligne de radio laissée ouverte. Ce sera un point culminant du spectacle.
J'ai été d’autant plus étonnée, qu’à la radio, justement on ne les voit pas ces corps et l'expression de ceux et celles qui parlent au micro. Nous les écoutons dans notre voiture, ou dans notre domicile, mais ils ne sont pas là. Montrer ce qu’on ne voit pas, aller au-delà du son, de la voix, de l’espace intime que crée le timbre, la respiration, l’émotion, le souffle de la voix, et donner à voir sur le plateau du théâtre ces corps habités par ces voix. Comme si l’esprit qui parlait par les ondes s’incarnait là, sur le plateau du théâtre. On le voit, et on l’entend. Nous partageons un même espace. C’est audacieux, c’est risqué. Et c’est vraiment réussi !
Tout public à partir de 14 ans.
Le spectacle est visible durant tout le festival off. Relâches les 10 et 17 juillet.
Infos pratiques
- Compagnie :
- La compagnie Théâtre de Poche de Bruxelle
- Représentation :
- 7 juillet 2026 à 15:55
- Lieu :
- 11 Théâtre, Avignon (84000)
- Durée :
- 1 h 15
- Public :
- Tout public à partir de 14 ans
- Événement :
- Festival Avignon
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Chroniqueur·euse
Avignon & Creuse
La scène du théâtre a joué un rôle important dans ma vie, et je continue à en faire le tour autant qu'il m'est possible, c'est un des rares lieux résistant qui se permet l'audace d'écrire poétiquement le monde.
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