Le syndrome de Cassandre

Le syndrome de Cassandre

Note 3 étoiles

Un spectacle produit par la compagnie l’Absente (75 et 72) et vu le 5 mai 2026, à 20H30 au Théâtre du Rond-Point (75) 

  • Ecriture, interprétation, conception magie/concept : Yann Frisch
  • Co-écriture et conception magie : Raphaël Navarro
  • Dramaturgie : Valentine Losseau
  • Scénographie et costume : Claire Jouët-Pastré
  • Construction marionnette : Johanna Elhert
  • Régie générale : Etienne Charles
  • Régies lumière et son : Laurent Beucher
  • Création lumières : Elsa Revol
  • Genre: clown
  • Public : adulte
  • Durée : 1 h 10

C’est dans le « Terabak de Kiev » (chroniqué) où il officiait en qualité de Monsieur Loyal, virtuose de la magie et du verbe, que j’ai découvert Yann Frisch. En conséquence, il n’est pas étonnant que sa reprise du « syndrome de Cassandre », dans la petite salle Tardieu du Rond-Point, affiche complet dès la générale de presse ! Merci à Eloïse Seigneur de m’avoir dégoté une place et permis de découvrir ce spectacle aussi déjanté que désespéré.

 -« Le syndrome de Cassandre » est un solo à la poésie brute et grinçante qui fait la part belle à l’art du clown. Yann Frisch, sonorisé, en revêt la panoplie complète, tendance clodo. L’espace scénique est à l’avenant. Entouré de tulle noir-quatrième mur compris- il est d’abord simplement ordonné (comptoir de cuisine à cour/ coffre en bois et tapis à jardin) avant d’être transformé en capharnaüm de par l’autonomie anarchique des accessoires et de ce joli nuage cotonneux qui pleut de la farine. Notre homme, mangeur compulsif de bananes, vit avec sa mère – horrible marionnette décatie – dont la chambre et futur cercueil se situent dans le coffre. A partir de là, c’est assez inénarrable ! Plusieurs tableaux s’enchaînent (l’immolation par le feu, brèves de comptoir avec deux brocs, relation mère/fils, la mort de la mère, les accessoires en folie, l’animation de la soirée, la demande de respect) et rendent compte d’une diversité de techniques théâtrales : clown et improvisation ; seul en scène et dialogue avec le public ; cascades et jonglerie ; magie et marionnettes. Yann Frisch excelle dans chacune. C’est trash et gore, grotesque et absurde, poétique et désopilant. C’est surtout tragiquement cruel tant il est question de recréer, mine de rien, l’expérience de Milgram. Il y a de véritables morceaux d’anthologie comme le coup de la flaque, la crise de folie des accessoires, la bonne blague presque à poil. Le tout est assez foutraque avec des ruptures de rythmes, parfaitement assumées mais qui m’ont, à titre personnel, déconcentrée.

-« Le syndrome de Cassandre » est un très bon spectacle en son genre. Mais quel est son genre ? Au-delà de la dénonciation d’un monde réduit aux jeux du cirque, c’est aussi la question que pose Yann Frisch de façon subliminale. En toute transparence, c’est un sacré numéro absolument réservé aux adultes.

Catherine Wolff

 

Partager votre chronique sur les réseaux sociaux et gagner de la visibilité !

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email