INNOCENTES

Note 3 étoiles

Spectacle de la compagnie Argile Théâtre (30) coproduit avec la compagnie Ecoute mon Ami (84), vu le vendredi 29 mai 2026 au théâtre du Cabestan à Avignon (84)

  • Textes : de Léonie RAFAËL, adaptés et interprétés par Sandrine CHAUVEAU
  • Mise en scène : Victor HAÏM
  • Interprète : Sandrine CHAUVEAU
  • Type de public : spectacle tout public
  • Genre : Théâtre contemporain
  • Durée : 60 min

Ce seul-en-scène habité, nous emmène vers un sujet qu’il n’est pas facile de traiter, et comme c’est annoncé d’entrée, autant le préciser tout de suite : il s’agit de l’inceste. Le récit qui va nous en être proposé est inspiré d’une histoire vraie.

La scène est ouverte sur une scénographie dépouillée où trônent juste une malle et deux plots dont un est orné d’une croix chrétienne. On sent déjà que les mots qui vont être dits occuperont largement l’espace.

Et ces mots, la comédienne Sandrine CHAUVEAU va nous les livrer avec justesse, sans en rajouter, car dès les premières phrases ils nous percutent. Elle va camper avec retenue cette religieuse dont la foi lui a permis de commencer à se délivrer, et sans laquelle, la femme qu’elle est aurait pu se tourner vers une fin anticipée pour ne plus souffrir. Car c’est une fois femme de quarante ans que toute l’horreur de son enfance est revenue à l’autrice, quand l’enfant qu’elle a été l’avait enfouie profondément en elle.

Dès lors que cette adulte a pris conscience de ce qui la rongeait, plusieurs chemins se sont ouverts à elle, l’écriture et la psychothérapie. L’écriture est désormais sur scène, pour oser dire, avec ces mots directs « faire de ta fille un bout de viande » ou encore «elle disait toujours les mêmes mots, zézette en l’air…» qui interpellent, le silence dans la salle en est alors le témoin. Mais le texte respire, toujours porté avec minutie par la comédienne, puisque d’autres moments appellent naturellement le rire ou le sourire.

Que ce soit dans son adresse directe ou dans le dialogue imaginaire avec son nounours de l’enfance, à la fois confident et témoin de tout ce qu’elle a subi, la comédienne est soutenue par la mise en scène de Victor HAÏM qui est simple et efficace, où chaque intention est en accord parfait avec le thème délicat de l’inceste.

A l’appui des statistiques, on pourrait affirmer qu’aller voir cette pièce est d’utilité publique ; la liste des prénoms qui se sont signalés après les représentations en témoigne. Mais au-delà de ça, INNOCENTES reste un spectacle qui a du sens et transporte le spectateur, jusqu’à peut-être en confronter certains… rejoignant ainsi la pensée de Romain Gary « La culture n’a absolument aucun sens si elle n’est pas un engagement absolu à changer la vie des hommes.»

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