Au Bon Pasteur – Peines mineures (2)

Au Bon Pasteur – Peines mineures (2)

Rachel Ferrier-Savarin
VIVANT

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  • Autrice : Sonia Chiambretto
  • Mise en scène : Marcial Di Fonzo Bo
  • Assistant à la mise en scène : Margot Madec
  • Interprétation : Inès Quaireau
  • Régie : Vincent Bedouet

En entrant dans la salle je découvre le plateau, spacieux, sobre. Dans le fond, un sac de frappe suspendu à droite. A gauche, un magnétophone du siècle dernier est posé au sol. Ces deux accessoires symboliques illustrent deux époques, hier et aujourd'hui, deux époques entre lesquelles il y a eu une évolution dans le placement des mineures. Reste à questionner la perception qu'ont les jeunes de leur prise en charge par les institutions, ainsi que leur développement psychologique en lien avec ces enfermements.

Les établissements du Bon Pasteur accueillaient des jeunes filles ayant quitté le "droit chemin". Elles y étaient enfermées de force, la plupart du temps, et/ou en totale soumission, par les services sociaux, les familles ou la justice.
Les raisons de leur "incarcération", qui nous sembleraient aujourd'hui complètement dépassées et inacceptables, révèlent un besoin de pouvoir absolu du fonctionnement patriarcal. Refus de se plier aux normes établies, refus des conventions familiales et sociétales, fugueuses ou indisciplinées, elles échappaient surtout au contrôle de la morale.
Au Bon Pasteur – Peines Mineures présente le portait de plusieurs jeunes filles qui y ont séjourné, plus ou moins longtemps, mais toujours en souffrance. Les méthodes éducatives pratiquées dans ces institutions – qui se sont multipliées dans de nombreuses villes de France et d'Europe – s'apparentent à de la torture physique et psychologique. Les jeunes filles, généralement entre 12 et 18 ans, étaient exploitées, humiliées, abusées et violentées sous prétexte de redressement.

La jeune comédienne incarne ces figures féminines avec toute la tendresse de leur jeunesse, on y lit l'enfance, la naïveté, la joie de ces filles qui ont la vie devant elles, leur désir bien naturel de savourer l'existence et les relations humaines. Elles sont spontanées, enthousiastes, amoureuses. Il y a une candeur lumineuse dans ses yeux. Jusqu'au moment où le glas sonne, où la vie s'arrête pour laisser la place à une petite mort lente. Annette, Gisèle, Simone, une à une, lors de leur arrivée dans ces maisons de redressement, on énumère leurs effets personnels qui leur seront confisqués. Jupe, corsage, montre sont alors déposés délicatement au sol, tels des panoplies en papier pour habiller les poupées en carton du siècle dernier. Une à une, elles sont allongées sur scène, immobiles, vides.

Inès Quaireau porte ce rôle avec ces multiples facettes, l'impensable, l'inacceptable, la peine immense et la colère fulgurante. Elle choie cette jeunesse avec la tendresse d'une mère.

Elle nous invite à un voyage dans le temps entre les années 50 et aujourd'hui et où, finalement, même si les méthodes ont drastiquement évolué, l'enfermement reste un enfermement, qu'il soit physique, psychique, sociétal ou relationnel, imposé par autrui.

Festival Off 2026 du 4 au 12 juillet, relâche le 9.

Infos pratiques

Compagnie :
LE QUAI CDN
Représentation :
6 juillet 2026 à 11:35
Lieu :
Manufacture L'Extra, Avignon (84000)
Durée :
50 min
Public :
Tout public à partir de 14 ans
Événement :
Festival Off d'Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Rachel Ferrier-Savarin

Vaucluse / Gard / Bouches-du-Rhône

Il est des pépites émergées des cœurs, des émotions et des pensées. Elles nous touchent profondément ou nous effleurent et toujours nous font avancer le monde, si tant est que nous y ayons accès.

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