- Auteur : Sarah Kane
- Mise en scène : Olivier Sanquer
- Avec : Axel Arnault, Marie Burkhardt, Cédric Luisier
Nous étions nombreux à assister à la représentation de Anéantis de Sarah Kane ce samedi 18 juillet en Avignon. Un public plutôt jeune, que l’avertissement au public, renouvelé par un encart à la billetterie, de scènes de violences, de torture, de nudité, de présence d’armes sur scène, n’effraie pas. Je venais pour ma part découvrir une autrice dont j’avais beaucoup entendu parler, mais que je ne connaissais pas. Je me suis demandé jusqu’où on pouvait pousser les limites du théâtre.
La pièce se présente en trois actes très distincts, et une unité de lieu : une chambre d’hôtel. Structure assez classique. Nous sommes à la fin d’une soirée très très alcoolisée. Un homme en fin de course, la mort le guette, journaliste, y amène une femme, une ex petite amie, qu’il juge un peu niaise, et lui propose de coucher avec lui. Elle veut bien être là, certes, car elle a pitié de sa désespérance et ne veut pas le laisser seul, mais elle se refuse à tout acte sexuel. La domination, physique et psychique, de l’homme sur cette compagne provisoire s’exercera tout au long de la nuit. Elle gardera envers lui, jusqu’au bout, une attitude bienveillante, presque de tendresse. Dans la deuxième partie, une explosion hors champ saccage la chambre. Une sorte de guerre civile fait monter d’un cran la violence déjà bien saignante à laquelle on vient d’assister entre l’homme et la femme. L’arrivée d’un soldat inversera l’ordre de domination du premier tableau. Le bourreau devient victime. La violence cette fois est entre les deux hommes. Dans la troisième partie, on assiste à une résolution sous forme d’infâmie, dans un crescendo de sauvagerie. Du début à la fin de la pièce, nous assistons à une série de transgressions les unes plus atroces que les autres.
Le tout, sous la présence silencieuse, doucement éclairée, d’un petit crucifix doré fixé sur le rideau noir du fond de scène.
Au sol et au centre, deux palettes de bois, qui servent tour à tour de lit, de canapé, de siège, d’autel. A l’avant-scène jardin, une chaise. Tout le reste est accessoires amenés par les acteurs.
La mise en scène ne nous épargne rien dans la crudité, et la mise à nu des acteurs et actrice, tout en réussissant cet exploit de ne jamais être obscène. La violence est explicitement montrée, mais le théâtre garde sa part d’illusion et de savoir-faire artisanal de cette illusion. C’est d’autant plus remarquable que la scène est très petite, et que le public est dans une grande proximité avec les acteurs et actrice.
Le jeu des acteurs est un élément essentiel de cette démonstration de violences en règles. D’un côté l’homme, Ian, sous l’emprise de l’alcool se montre abject, raciste, humiliant, cynique jouisseur jusqu’à l’extrême. J’ai pensé à une forme d’anté-christ non satanique, juste humain ; elle, Cate, tente d’adoucir son tranchant, de relativiser, elle apporte de la nuance, de l’acceptation de cette vie, elle accueille son désespoir. Elle veut partir, mais ne le fuit pas. Le corps offert et la présence consolatrice d’une Marie Madeleine ? Rien n’est souligné. Et au-delà, des images des dieux grecs, comme chronos dévorant ses enfants surgissent dans mon panthéon imaginaire.
On en sort sacrément bouleversés. Il y quelque chose qui se noue avec un certain théâtre de la cruauté théorisé par Artaud. Un théâtre qui flirte avec nos pulsions les plus archaïques et en même temps un espace sacré.
J’en suis sortie un abasourdie. Etonnée de me trouver dehors en plein soleil, dans une rue amicale, au milieu d’un festival bon enfant, et d’une foule d’amateurs de théâtre bien éduqués. Soulagée. Ce n’était que du théâtre. L’exorcisme a bien fonctionné !
Je ne sais pas si « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé ». C’est au-delà. Une expérience à vivre.
Pour adultes !
Du 4 au 24 juillet au Théâtre du Chapeau Rouge à 12h50 . Relâche les 8, 15, 17, 19, 21, 23.
Infos pratiques
- Compagnie :
- Collectif Nacéo
- Représentation :
- 18 juillet 2026 à 12:50
- Lieu :
- Théâtre du Chapeau Rouge, AVIGNON (84000)
- Durée :
- 1 h 10
- Public :
- Tout public à partir de 16 ans
- Événement :
- Festival d'Avignon OFF 2026
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Chroniqueur·euse
Avignon & Creuse
La scène du théâtre a joué un rôle important dans ma vie, et je continue à en faire le tour autant qu'il m'est possible, c'est un des rares lieux résistant qui se permet l'audace d'écrire poétiquement le monde.
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