- Adaptation du livre de Joy Sorman et mise en scène : Caroline Loeb
- Mise en scène : Caroline Loeb
- Acteurs : Caroline Loeb, Gigi Ledron, Mourad Moudaoud, Claire Nebout
- Collaboration artistique : Younes Anzane
- Chorégraphie : Marjorie Ascione
- Musique : Philippe Prohom
- Création lumière : Franck Thévenon
Le spectacle commence dans la salle, juste avant le premier noir, quand un jeune spectateur me demande une cigarette. Je ne fume plus mais l’incongruité de sa demande ne m’apparaîtra que bien plus tard. On ne fume pas dans un théâtre, ai-je failli lui dire !
Je le vois sur scène trois minutes après. C’est un des quatre acteurs et actrices qui tour à tour vont nous donner à vivre, plus vrai que vrai, des séquences tirées du quotidien d’un hôpital psychiatrique, aujourd’hui. Je me suis faite avoir !
Par cette toute première séquence, le ton est donné. La psychiatrie est une affaire humaine. Elle nous concerne. Nous la rencontrons tous les jours. Même sans que nous ne le sachions. Pourtant, les petites saynètes qui forment l’ensemble du spectacle nous immergent par petites touches dans ce monde fermé, cloisonné, hors de nos regards. Il n’y a pas de lien entre elles ; juste des bouts d’histoires, des filaments de récits, des personnages faits de bric et de broc, sans fil conducteur qui nous mènerait d’un point A à un point B avec la possibilité de nous attacher à celui-ci ou à celle-là. Les monologues se convertissent en soliloques, qu’ils viennent des patients ou des soignants. Les dialogues ratent la rencontre. Les mondes se côtoient sans se rencontrer. Dans ce décor nu, nous mesurons la solitude et l’effroi de la souffrance psychique. C’est direct, sans fard, sans faux semblant.
Sur scène, une économie d’accessoires. Juste le nécessaire pour suggérer un coin de jardin, une salle de soin, un bureau de psychiatre, un couloir, une salle à manger. Et ça marche. Les acteurs et actrices sont superbes de vérité avec une sorte de pudeur dans l’incarnation des patients qui m’a beaucoup touchée. Ces personnages joués ne sont pas que de fiction, ils ne sont pas issus d’un imaginaire d’auteur torturé. Ils existent, ailleurs. Ils ont prêté leurs paroles, leurs délires, leurs gestes, leurs angoisses, leur manière de trainer les jambes, de porter des chaussures, de se courber sous le poids des neuroleptiques. Et Caroline Loeb, ainsi que chaque acteur et actrice les restitue avec précision, et justesse. Je dirai même avec une certaine considération, qu’ils soient patients ou soignants. La séquence de la fête de Noël est particulièrement réussie avec un mélange de « il faut bien faire la fête, ce soir c’est réveillon » et « on ne va pas y passer la nuit non plus. » C’est cocasse et affligeant, sans jamais pousser le trait jusqu’à la moquerie. Grand respect. On sent que la direction d’acteur a été particulièrement soignée.
Les séquences sont ponctuées par des solos chorégraphiques bien venus. Ils disent autrement ce que les mots expriment avec tant de détours. Des cris, ou des larmes ? Quoiqu'il en soit, on sent bien l’énergie vitale de ces vies chiffonnées, maintenue coûte que coûte.
J’ai trouvé la mise en scène d’une belle élégance. Simple et légère. Sans tralala. Cependant il me semble qu’elle gagnerait à trouver un plateau suffisamment grand pour que les lignes de force qu’elle contient se déploient plus largement, donnant à l’ensemble une dimension poétique qu’elle peine à trouver sur ce petit plateau du théâtre de La Factory un peu trop exigu pour ce que Caroline Loeb a à nous dire. C’est calme, Oui, calme. Comme si le temps était une dimension avec laquelle il fallait compter. Même si parfois, il y a de la frénésie, de l’emballement, de la révolte. Ce sont ces êtres-là qui lui importent. Et il m’a semblé que la beauté étrange, parfois violente, de leurs paroles, de leurs corps, de leurs manières de bouger, gagnerait à être accueillie dans une certaine dilatation de l’espace pour nous parvenir pleinement.
Un spectacle d’une belle maturité, nécessaire aussi dans ce qu’il nous donne à entendre d’une part de notre humanité qui tente de se réparer. Il y a peu, les portes de l’hôpital psychiatrique ont été ouvertes par une génération d’après-guerre hostile à tout enfermement. Les soignants ont su maintenir ces êtres si singuliers dans leurs milieux familiers malgré la maladie. Ce spectacle nous parle aussi de ça.
Spectacle pour tout public, à partir de 16 ans.
Visible pendant le festival jusqu’au 25 juillet
Relâche les 9, 16 et 23 juillet
Infos pratiques
- Compagnie :
- On Peut
- Représentation :
- 10 juillet 2026 à 14:25
- Lieu :
- La Factory – Roseau Teinturiers, AVIGNON (84000)
- Durée :
- 1 h 15
- Public :
- Tout public partir de 16 ans
- Événement :
- Festival d'Avignon 2026
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Chroniqueur·euse
Avignon & Creuse
La scène du théâtre a joué un rôle important dans ma vie, et je continue à en faire le tour autant qu'il m'est possible, c'est un des rares lieux résistant qui se permet l'audace d'écrire poétiquement le monde.
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