Un spectacle produit par la Compagnie Les Mains, les pieds et la tête aussi (69), vu au théâtre du Rond-Point (75) le 6 juin 2026 à 19H30.
- Conception et mise en scène : Mathurin Bolze
- Dramaturgie : Samuel Vittoz
- Avec : Mattéo Callewaert, Dario Carrieri, Corentin Diana, Anahi De Las Cuevas, Tamila De Naeyer, Hela Humm, Maxime Seghers, Léon Volet en alternance avec Joana Nicioli
- Scénographie : Gala Ognibene
- Création lumière : Victor Egéa
- Composition musicale et sonore : Philippe Le Goff et Jérôme Fèvre
- Vidéos : Orin Camus
- Machinerie scénique: Nicolas Julliand
- Régie : Etienne Debraux, Gala Ognibene, Robert Benz, Baptiste Charpentier
- Genre: cirque
- Public : Tout Public
- Durée : 1H 15
Comme une envie de cirque. Seul le théâtre du Rond-point était en mesure, en cette fin d’année, d’exaucer ce vœu. Avec « Immaqaa, ici peut-être », mis en piste par Mathurin Bolze, j’ai été plutôt comblée.
« Immaqaa, ici peut-être » se déroule dans le grand Nord, là où la présence de l’Homme, rare en ce milieu encore hostile, est propice aux questionnements philosophiques : « Immaqaa, ici peut-être » est un plaidoyer pour la nature et le collectif.
Le personnage principal de cette fable est assurément le décor, mouvant. A l’entrée du public, un énorme échafaudage occupe l’avant-scène. Cinq minutes après l’extinction des lumières, la structure est retournée et laisse paraître un mur incurvé, façon skate park. Ce mur de glace est doté de trois plateformes, d’une porte et même d’un trampoline. Tel un iceberg, il est capable de dislocation en 4 éléments au-delà desquels un cyclo ferme l’espace. Cette structure ingénieuse est support de vidéos. Elle s’offre surtout à l’assaut de nos huit circassiens qui, comme tout à chacun, veulent voir l’horizon, gravir et conquérir. Ils s’y essaient alternativement seul et en groupe.
Les numéros en solo ou en duo célèbrent le trapèze fixe, les portées acrobatiques, l’acrobatie au sol, le mât chinois, le trampoline, le clown. J’ai adoré les deux numéros de clown et les portées acrobatiques. En groupe, ce sont des scènes d’appropriation de la structure par la danse, l’acrobatie, le lâcher- prise. J’ai été plus sensible à celles-ci qu’à celles-là. Le rythme, musique aidant, y est plus soutenu et la part du collectif adhère davantage au propos.
Par ailleurs, des images très fortes ponctuent le spectacle. Je retiendrais ces écritures projetées qui brouillent nos repères spatiaux-temporels et qui s’achèvent sur une note rouge sur fond noir. Un peu à la façon d’un certain cirque Plume.
J’ai en effet été gênée par la multitude d’emprunts, depuis Aurélien Bory (le mur) jusqu’à la famille Semianyki (le clown à la canne à pêche) en passant par Philippe Genty (la forme ovale en bâche avec ombres chinoises). Ils sont parfaitement assimilés ces emprunts et forment un tout cohérent et esthétique. Mais assortis d’une voix off bavarde, d’une certaine artificialité et prétention, ils ont contribué à me désenchanter.
« Immaqaa, ici peut-être » est un spectacle accompli et d’une très haute technicité. Malgré mes réserves personnelles, le public est sorti ravi.
Catherine Wolff
Spectacle de la Compagnie des Bulles et des Grains (56) vu le 29 Mai 2026 à 15 h dans le cadre du festival d’une cour à l’autre à Villeneuve de Berg (07)
- Auteur : Sophie Courtois
- Interprétation : Sophie Courtois
- Mise en Scène : Eva Cauche
- Public : Tout public à partir de 10 ans.
- Durée : 1 h 15
Ce spectacle a été découvert dans le cadre du festival d’une cour à l’autre à Villeneuve-de-Berg. Pour sa 12? édition, ce rendez-vous culturel, porté entièrement par des bénévoles passionnés, reste fidèle à ses valeurs de partage, de convivialité et de découverte artistique. Un festival à taille humaine qui favorise la rencontre entre les artistes et le public.
Seule en scène, la comédienne nous ouvre les portes de son histoire familiale. Fille unique, elle raconte le quotidien de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer et de son père touché par une maladie neurodégénérative, Parkinson. Avec une grande justesse, Sophie Courtois incarne tous les personnages de ce récit intime. Elle joue son père, sa mère, mais aussi un médecin un peu décalé, parfois déroutant dans ses explications, dont les mots peinent à éclairer réellement les familles. Une galerie de figures traversée avec finesse, qui donne au spectacle une dimension à la fois réaliste, troublante et parfois légèrement absurde. le spectacle nous entraîne du rire aux larmes, parfois sans transition, jusqu’aux moments de fatigue, de débordement, de « pétage de plomb ». Sophie Courtois y fait le pari d’un dévoilement à cœur ouvert, racontant ce chemin de l’amour filial lorsque la maladie bouleverse les rôles et que la fille devient peu à peu le parent de ses parents. Sur scène, aucun décor. Seulement la comédienne, et parfois un petit carnet. Cet objet, en apparence simple. Elle y consigne des mots, des repères, comme pour retenir ce qui vacille. Ce carnet fait écho à celui que les personnes atteintes d’Alzheimer peuvent faire avant que la mémoire se perde, lorsqu’elles essaient elles aussi de garder prise sur ce qui s’efface. Peu à peu, il devient un lien discret mais profond entre la mère et la fille : l’une qui perd la mémoire, l’autre qui tente de la comprendre en écrivant à son tour, comme pour se glisser dans son monde et ne pas la perdre tout à fait.
Ce qui touche profondément dans ce spectacle, c’est aussi son écho très contemporain. La maladie d’Alzheimer et les pathologies neurodégénératives sont de plus en plus présentes dans nos vies. Ici, le père, atteint de la maladie de Parkinson, perd progressivement son autonomie physique tandis que la mère voit peu à peu son esprit lui échapper. Une réalité qui concerne aujourd’hui de nombreuses familles, dans une société où l’on vit plus longtemps et où l’on se retrouve souvent confronté, de près ou de loin, à ces maladies. Le spectacle met également en lumière la place souvent invisible des aidants. À travers le parcours de cette fille unique, il donne à voir leurs émotions contradictoires, leur fatigue, leurs moments de découragement, parfois même de colère ou d’impuissance, mais aussi leur formidable courage, leur patience et l’amour qui les pousse à continuer d’accompagner ceux qu’ils aiment malgré les épreuves. « N’oublie pas que je ne t’oublie pas » nous rappelle qu’au-delà de la maladie, il y a des vies entières. Des femmes et des hommes qui ont aimé, travaillé, élevé des enfants, ri, dansé, voyagé, construit des projets, avant de voir leurs repères se déliter peu à peu. Cette fragilité interroge profondément notre rapport à la dignité, à la mémoire et à l’identité. Elle nous invite à regarder autrement ces personnes : non pas seulement à travers leur maladie, mais à travers ce qu’elles ont été, ce qu’elles demeurent malgré tout, et ce qu’elles continuent d’être dans le regard de ceux qui les aiment.
Il faut également saluer la performance de Sophie Courtois, qui porte seule ce récit avec beaucoup de justesse et de sensibilité. En choisissant de se livrer sur une histoire aussi intime, elle fait preuve d’un réel courage et d’une grande générosité envers le public. Bravo à la comédienne pour cette interprétation sensible et authentique, ainsi que pour ce témoignage empreint d’humanité, qui éclaire avec pudeur et humour un sujet qui nous concerne tous. Un spectacle profondément humain, sensible et lumineux, qui laisse une empreinte durable.
Claire Thomas
Spectacle par la Compagnie Carpe Rythmum ( Suisse ), vu au théâtre Golovine (84) le 09 juillet 2025 pendant le festival off d’Avignon 2025.
Direction artistique et chorégraphies : Daniel Borak et Daniel Leveillé
Danseurs : Daniel Borak et Daniel Leveillé
Composition Musiques : Killian Deissler et Louis Matute
Création Lumières : Jérôme Burdet
Direction technique : Daniele Brumana
Régie : Daniele Brumana, Eric Scherrer
Genre : Danse
Public : tout public à partir de 5 ans
Durée : 1h10
Deux créatures sont entremêlées, un peu comme des atomes qui seraient accrochés. Puis ils se séparent et découvrent qu’ils peuvent continuer à exister l’un sans l’autre, avec plus ou moins de proximité. Ils se découvrent eux-mêmes, les bruits qu’ils peuvent faire en clapant dans leurs mains, en utilisant les parties de leur anatomie, jusqu’à leurs pieds. Tout à coup, une chaussure tombe du ciel….
Dans cette création découpée en huit actes de huit minutes chacun, le temps est le fil conducteur. Cette thématique universelle est une source d’inspiration et de questionnements inépuisables pour les Artistes. A la fin de la première partie, ce sont deux danseurs, interprètes incroyables que l’on découvre. On est embarqué dans l’univers de ces deux génies des claquettes. Tantôt douceur et légèreté, tantôt plus brutal, exprimant la force.
La mise en scène est extraordinaire. Les jeux de lumières blanches et pures magnifient le travail des deux interprètes. On adore aussi que les danseurs utilisent les côtés de la scène, visibles pour les spectateurs, pour les interludes entre chaque acte à l’aide d’un chrono, avant que le noir réapparaisse et qu’un nouvel acte ne commence.
Il y a tout dans ce spectacle, de la poésie, de l’humour, de l’amour, de la générosité, de l’originalité une thématique plus qu’intéressante, et surtout deux touchants génies de la danse et des claquettes qui à travers leur talent les modernisent et les démocratisent.
Mon sentiment à la fin du spectacle : “ c’est déjà fini ! c’est passé bien trop vite ! » On a envie de les revoir et c’est d’ailleurs ce que j’ai fait à trois reprises durant le festival et c’est un immense plaisir à chaque fois !
Ne passez pas à côté de cette pépite ! COUP DE CŒUR ABSOLU !
Virginie Lamoureux-Ludovico
Un spectacle produit par les SUBS (69) et vu au théâtre de la Cité Internationale (75) le 29 mai 2026, à 19H.
- Autrice, circassienne et conception scénographie : Inbal Ben Haim
- Assistanat à la mise en scène : Hristina Sormaz et Isaure Jacques
- Dramaturgie : Samuel Vittoz
- Création sonore : Nova Materia
- Création lumière : Louise Rustan
- Régie générale : Théo Vacheron
- Régie lumière : Louise Rustan et Clara Wagner
- Régie son : Geoffroy Daguet
- Genre : cirque
- Public : tout public
- Durée : 1H
C’est déjà la fin de saison à Paris ; tout au moins des incontournables pour moi. C’est donc le moment des découvertes. Le Théâtre de la Cité Internationale organise un mini-festival de cirque, « accent cirque ». C’est dans ce cadre que j’ai eu envie de découvrir « Anitya- l’impermanence ».
« Anitya-l’impermanence » raconte l’emprisonnement, la destruction, le désespoir et la reconstruction collective.
« Anitya-l’impermanence » est un solo autour, dans et avec une structure scénique insolite. Le public prend place tout autour, en quadri-frontal. Il peut ainsi observer au plus près cette armature cubique, métallique, tissée de cordes et qui n’est pas sans rappeler les araignées sur lesquelles les enfants se hissent, dans les squares. La face supérieure de cette espèce de toile est tapissée d’objets du quotidien (livres, papiers, une chaise, des pots, des caisses….). Le tout, investi par Inbal Ben Haim, dégingandée, devient métaphore d’une utopie.
La lumière découpe des chemins pour s’échapper de la toile labyrinthique. Mais force est de constater qu’Inbal Ben Haim est prisonnière. Reine des nœuds, elle parvient, avec l’aide du public, à détricoter la construction. Mais elle ne tenait qu’à un fil et tout s’effondre. Prostrée dans un angle, en hauteur, la circassienne contemple le désastre. Comment reconstruire ? Dans les ruines, elle trouve jeux de construction, plaques de sol éventrées, bout de calcaire. De quoi donc esquisser une nouvelle forme. Ouverte, cette fois. Elle mobilise le public et ensemble, ils la fabriquent. « Ça tient ». Ça tient si bien, que l’architecture rénovée fait office de trapèze fixe, de balançoire ou de fil. Il ne s’agit pas pour Inbal Ben Haim de faire des prouesses mais d’évoluer en poésie et en partage. La voix est douce et avenante, le regard est profond et rieur ; le geste guide aussi bien la performance que les spectateurs-acteurs.
« Anitya-l’impermanence », dans une grande économie de moyens, interroge les fondements de notre société et nous appelle à les dépasser. Point de militantisme mais une prestation si délicieuse qu’elle en est des plus convaincantes.
Catherine Wolff
Spectacle de la compagnie Argile Théâtre (30) coproduit avec la compagnie Ecoute mon Ami (84), vu le vendredi 29 mai 2026 au théâtre du Cabestan à Avignon (84)
- Textes : de Léonie RAFAËL, adaptés et interprétés par Sandrine CHAUVEAU
- Mise en scène : Victor HAÏM
- Interprète : Sandrine CHAUVEAU
- Type de public : spectacle tout public
- Genre : Théâtre contemporain
- Durée : 60 min
Ce seul-en-scène habité, nous emmène vers un sujet qu’il n’est pas facile de traiter, et comme c’est annoncé d’entrée, autant le préciser tout de suite : il s’agit de l’inceste. Le récit qui va nous en être proposé est inspiré d’une histoire vraie.
La scène est ouverte sur une scénographie dépouillée où trônent juste une malle et deux plots dont un est orné d’une croix chrétienne. On sent déjà que les mots qui vont être dits occuperont largement l’espace.
Et ces mots, la comédienne Sandrine CHAUVEAU va nous les livrer avec justesse, sans en rajouter, car dès les premières phrases ils nous percutent. Elle va camper avec retenue cette religieuse dont la foi lui a permis de commencer à se délivrer, et sans laquelle, la femme qu’elle est aurait pu se tourner vers une fin anticipée pour ne plus souffrir. Car c’est une fois femme de quarante ans que toute l’horreur de son enfance est revenue à l’autrice, quand l’enfant qu’elle a été l’avait enfouie profondément en elle.
Dès lors que cette adulte a pris conscience de ce qui la rongeait, plusieurs chemins se sont ouverts à elle, l’écriture et la psychothérapie. L’écriture est désormais sur scène, pour oser dire, avec ces mots directs « faire de ta fille un bout de viande » ou encore «elle disait toujours les mêmes mots, zézette en l’air…» qui interpellent, le silence dans la salle en est alors le témoin. Mais le texte respire, toujours porté avec minutie par la comédienne, puisque d’autres moments appellent naturellement le rire ou le sourire.
Que ce soit dans son adresse directe ou dans le dialogue imaginaire avec son nounours de l’enfance, à la fois confident et témoin de tout ce qu’elle a subi, la comédienne est soutenue par la mise en scène de Victor HAÏM qui est simple et efficace, où chaque intention est en accord parfait avec le thème délicat de l’inceste.
A l’appui des statistiques, on pourrait affirmer qu’aller voir cette pièce est d’utilité publique ; la liste des prénoms qui se sont signalés après les représentations en témoigne. Mais au-delà de ça, INNOCENTES reste un spectacle qui a du sens et transporte le spectateur, jusqu’à peut-être en confronter certains… rejoignant ainsi la pensée de Romain Gary « La culture n’a absolument aucun sens si elle n’est pas un engagement absolu à changer la vie des hommes.»
Spectacle produit par le Théâtre de l’Homme Inconnu (67) vu le 25 mars 2026 au théâtre du Verbe Fou (84) en préparation du festival Off d’Avignon 2026
Texte : Molière
Mise en scène, scénographie : Marc-Alexandre Cousquer
Comédiens : Joris Carré, Fiona Chaudon, Marc-Alexandre Cousquer, Camille Muller, Joseph Defèche, Marc Schweyer
Musique : Fiona Chaudon, Joseph Defèche
Lumières : Mathieu Lionello
Costumes et perruques : Farida Kalt, Selma Kalt, Mireille Werner
Décors et peintures : Martin Bernhart, Jean Cousquer
Genre : Théâtre classique
Public : tout public à partir de 9 ans
Durée : 1h
Un grand classique de l’auteur absolu de pièces qui abordent les travers de la société au XVIIe siècle. C’est l’histoire de deux jeunes bourgeoises très précieuses qui ne rêvent que d’une chose : trouver un bon parti qui pourra leur permettre de mener une vie emplie de préciosités. Mais elles vont être prises à leur propre jeu.
Le grand Molière a passé toute une vie à observer, écrire et amuser le peuple avec ses parodies de la bourgeoisie.
Depuis des dizaines d’années, de nombreuses compagnies s’inspirent de son travail pour nous faire rire. C’est exactement le leitmotiv de la compagnie du Théâtre de l’Homme Inconnu. Et ils y parviennent magnifiquement bien.
On adore le gros effort sur les costumes et le parti pris de mélanger des éléments de décors de l’époque de Molière et de notre époque.
Cela permet de faire le lien avec un sujet qui déjà à l’époque donnait matière à réfléchir. Qu’est-ce qui nous permet d’être le plus visible possible ? Comment se démarquer à la fois par notre originalité mais une originalité qui ne doit pas marginaliser, au contraire, elle doit permettre d’appartenir à un groupe social.
A l’époque, Molière s’en amusait. Aujourd’hui, malheureusement, c’est au cœur de nos vies, de nos quotidiens et c’est oppressant! On sent, dans le travail de cette compagnie, les questionnements sociétaux, dont on peut rire, mais qu’il faut tout de même garder à l’esprit.
Ils sont fantasques, drôles, très à l’aise avec le texte original qui n’est pas facile à débiter.
On adore les impros et les fous rires des comédiens qui nous embarquent avec eux.
On rit du début à la fin, tellement ils sont déjantés.
Courez les voir ! C’est un spectacle à ne pas louper.
Virginie Lamoureux-Ludovico
Spectacle de la compagnie Hush (75), vu le 23 mai 2026 à 20h au Passage vers les Etoiles à Paris (75)
De : Pauline Mamet, Thomas Chevalier
Mise en scène : Pauline Mamet, Thomas Chevalier
Avec : Lou Noérie, Manon Fenot, Carla Botchery, Gérardo Jaeger, Dogan Altun, Alexis Stefan
Durée : 1h25
Public : Tout public
J’entends encore la mouche…
La Mouche, c’est l’histoire absurde et rocambolesque d’Emma, une jeune fille haute en couleur et surprenante, qui se trouve être folle amoureuse de Marjorie, sa professeure d’anglais.
Un jour, Marjorie oublie son sac à main chez Emma. Voilà le signe qu’Emma attendait depuis si longtemps. Elle en est maintenant sûre, ses sentiments pour la belle professeure sont réciproques. Marjorie l’aime aussi. Alors, Emma décide de partir à l’aventure. Accompagnée d’une mouche qui semble la suivre partout depuis ce matin fatidique, Emma traverse tout Paris avec pour seul but de rendre son sac à Marjorie et de finalement lui avouer ses sentiments. Dans cette épopée, la mouche devient sa confidente, son acolyte, sa seule amie et alliée qui l’aide à faire face à toutes les péripéties qui se dressent entre elle et la belle Marjorie.
Maintenant, imaginez un instant comment cette histoire pourrait se terminer. Quoi que vous ayez en tête, je peux vous assurer que ce n’est pas ça. La Mouche, c’est une surprise constante, une aventure haletante entre le fantasme et le réel. C’est une plongée dans un monde absurde où les frontières de la réalité sont effacées. En tant que spectateur·ice, on se délecte de cette chute dans l’inattendu.
La mise en scène ingénieuse emprunte énormément au cinéma, créant ainsi un moment unique et magique. Le rythme, le ton, les couleurs, les décors, tous ces éléments créent une forme hybride qui casse les codes entre le théâtre et le cinéma. Film et pièce de théâtre s’assemblent et se mélangent pour créer ce moment exceptionnel. On ressent la passion du collectif Hush pour les deux disciplines, collectif qui se forme justement à la sortie d’une école de cinéma parisienne.
Sur scène, le décor est simple. Au fond, des empilements de cartons représentent tantôt un bar, tantôt une chambre, tantôt une scène. Sur le devant du plateau, un bureau est installé sur le côté. Modulable et immersif, ce décor épuré permet au texte et aux comédien·nes de briller d’autant plus.
C’est une grande réussite pour ce collectif qui fera cette année partie de la programmation du Festival d’Avignon. Un spectacle à ne surtout pas manquer ?!
Un spectacle de la Compagnie s’Appelle Reviens (59) vu le 22 mai 2026, à 19H30 au théâtre du Rond-Point (75)
- Conception et mise en scène : Alice Laloy
- Écriture : Alice Laloy en complicité avec l’ensemble de l’équipe artistique
- Avec : Coralie Arnoult, Lucille Chalopin, Alberto Diaz, Camille Guillaume, Dominique Joannon, Antoine Maitrias, Léonard Martin, Nilda Martinez en alternance avec Baptiste Ménard, Antoine Mermet, Marion Tassou, Maxime Steffan en alternance avec Théo Pétrignet
- Collaboration chorégraphique: Stéphanie Chêne
- Scénographie : Jane Joyet
- Création lumière : César Godefroy
- Composition musicale : Csaba Palotaï
- Ingénieure son de création : Géraldine Foucault
- Recherche et développement des accessoires et objets : Antonin Bouvret
- Recherche, dessin et développement des systèmes de lâchés : Antonin Bouvret, Christian Hugel
- Création costumes : Alice Laloy, Maya-Lune Thieblemont, Anne Yarmola
- Création graphique et vidéo : Maud Guerche
- Régie générale et plateau : Sylvain Liagre et Léonard Martin
- Régie son : Kenzo Bernard
- Régie générale : Stéphane Graillot
- Régie son en tournée: Arthur Legouhy
- Genre : cirque-danse
- Public : spectacle adulte
- Durée : 1h30
Après avoir découvert Alice Laloy par voie de presse, dithyrambique ; je n’avais pas été personnellement convaincue par « Dead Breath Opéra » (non chroniqué). Il me fallait un deuxième spectacle pour affiner mon point de vue. « Le ring de Katharsy » a atteint le firmament de mon panthéon théâtral.
Alice Laloy est d’abord une femme de marionnettes. Mais à l’heure de l’IA triomphante, la metteuse en scène fait de l’humain une marionnette en tant que telle. Il est question de deux équipes de trois avatars. Dressés et vêtus par deux gamers, ils s’affrontent sur un ring dans des parties qui interrogent notre quotidienneté. La maîtresse de cérémonie, géante en fond de scène, comptabilise les points tandis que deux liquidateurs « nettoient » à l’issue de chaque jeu de massacre.
Le scénario est en lui-même flippant ; la mise en scène, hallucinante, le rend cauchemardesque !
Le ton est donné d’entrée de jeu ! Une structure métallique carrée sertie d’accessoires domestiques (chaises, tables, lit, canapés, cartons, lampes…) s’élève vers les cintres. Les objets en tomberont lourdement à mesure des besoins des différentes parties. De part et d’autre du ring simplement tracé au sol, à cour et à jardin, prennent place les deux équipes. Un écran pour chacune, en fond de scène, affiche matchs et scores dans un graphisme énergique. Ils encadrent la maîtresse de cérémonie. Le tout est gris sable : la lumière, le mobilier mais aussi les corps, maquillés, et les vêtements. Seuls les deux gamers et la maîtresse de cérémonie apparaissent pour ce qu’ils sont : des êtres humains de chair et d’os, doués de paroles et de mélopées.
Les mots sont injonctions et visent à exciter la violence des androïdes. Ils obéissent par la danse, la pantomime, la contorsion, l’acrobatie. Les six comédiens-marionnettes sont époustouflants de précision dans leur rythmique mécanique, leur lâcher-prise, leur tension, leur danse-contact. La musique, les bruitages, spatialisés, qui accompagnent leur performance participent de l’intensité émotionnelle. « Le ring de Katharsy » côtoie alors l’insoutenable. Quelques bribes d’humour apportent un peu de respiration et nous rappellent à la réalité du théâtre et de la représentation de la dystopie. Mais telle une mise en abyme, la frontière entre les deux ne tient plus qu’à un fil.
« Le ring de Katharsy » est un spectacle parfait mais politiquement horrifique. A-t-il vocation cathartique comme son titre le suggère ? Je ne suis pas sûre qu’il opère de la sorte me concernant. Je suis en revanche absolument persuadée de la nécessité du théâtre quand il atteint un tel degré de complétude.
Catherine Wolff
Spectacle par les Intrafurios (84), vu au théâtre De L’Humanum (84) le 22 mars 2026 en préparation du festival off d’Avignon.
Equipe artistique ( ils font tout ensemble !) : Chloé Boudelle, Vincent Deregnaucourt, Benjamin Escot, Vincent Kedinger, Cloé Laurin, Pierre Lebrun,
Léo Martineau, Fanny Rubia, Alexandre Sierk
Genre : Improvisation
Public : tout public
Durée : 1h30
Horreur, comédie, western, soap opéra, dramatique, policier, science fiction, documentaire, film d’époque, super-héros….autant de styles cinématographiques pour lesquels le spectateur doit faire des choix en arrivant.
Les styles les plus choisis seront utilisés durant la soirée.
En général, les spectacles d’improvisation fonctionnent avec des formats courts, des tickets sont tirés au sort avec un thème, une ou plusieurs contraintes et une impro se lance. Avec la troupe des Intrafurios, c’est différent. Ils veulent apporter quelque chose de nouveau à l’improvisation à travers divers procédés. Ils veulent bousculer, dépoussiérer l’Improvisation.
On est surpris par leur interprétation du concept de l’improvisation.
En effet, ils font de l’improvisation leur terrain de jeu et ce n’est déjà pas facile mais en plus de cela, ils font le pari d’ajouter une trame, un fil conducteur. C’est extrêmement compliqué de mettre en place une histoire pour que les comédiens jouent tout en étant menés par de l’improvisation. Quel beau challenge que cette jeune compagnie s’est donné.
Courez les voir !
Virginie Lamoureux-Ludovico
Spectacle de la Compagnie Galapiat Cirque (22) vu le 23 Mai 2026 à 17 h au Coeur du Village de St Clément (07)
- De Moïse Bernier et Nicolas Lopez, d’après un texte de Jean-Fréderic Noa
- Clown acrobate : Moïse Bernier
- Musicien : Nicolas Lopez
- Regards extérieurs, aide à la mise en scène : Antoine Manceau et Servane Guittier de la Cie Attraction Céleste
- Ingénieur Son : Adrien Virat
- Construction, régie Générale et régie Plateau : Elodie Rudelle et Mathias Lejosne
- Scénographie : Nadège Renard
- Costumes : Julie Coffinières
- Type de public : Tout public à partir de 10 ans
- Genre : Cirque, Clown, Théatre
- Durée : 1 h 15
Sous le soleil de Saint-Clément, Espèce d’idiot proposait déjà bien plus qu’une simple sortie de résidence : une plongée sensible dans un univers décalé, peuplé d’êtres fragiles, exclus ou laissés de côté, où la différence devient matière à poésie et à humanité. Le dispositif frappait d’emblée par sa force immersive. Au centre, une piste circulaire entourée de gradins rappelait l’univers du cirque, créant une proximité immédiate entre artistes et spectateurs. Au-dessus de nous, suspendu dans les hauteurs, le musicien occupait l’espace comme une présence flottante, presque irréelle. Cette verticalité donnait au spectacle une dimension singulière, entre rêve et déséquilibre.Puis le clown surgit par un toboggan, comme expulsé dans le monde. Immédiatement, son corps, ses maladresses, sa manière d’être “à côté” racontent la place des êtres différents, de ceux que l’on regarde trop vite comme des idiots parce qu’ils ne répondent pas aux codes habituels. À travers lui, le spectacle explore avec tendresse et absurdité le thème des écartés.
La relation entre le clown et le musicien apporte une dimension particulièrement sensible au spectacle. Le musicien ne prononce pas un mot, et pourtant sa présence est immense. Par la musique, les silences, les déplacements et le regard, un dialogue profond se tisse entre les deux hommes. À un moment particulièrement marquant, le musicien quitte sa hauteur pour venir jouer au centre même de la piste. Une image étrange, poétique et presque irréelle. Aux côtés du clown apparaît également une figure gonflable, présence décalée et fragile, comme un double absurde venu partager cette odyssée des êtres en marge. À travers les aventures de ce clown un peu perdu, maladroit et profondément humain, c’est aussi une part de la grande histoire qui affleure peu à peu. Derrière l’absurde, les déséquilibres et les situations décalées, le spectacle fait discrètement écho au monde contemporain, à ses rapports de domination, aux jeux de pouvoir et aux tensions qui traversent notre époque. Mais Espèce d’idiot choisit de ne jamais appuyer son propos. C’est par la poésie, le corps et l’imaginaire que le spectacle ouvre la réflexion. La magie du clown et sa créativité enfantine viennent alors déplacer notre regard et rappeler que la naïveté peut aussi devenir une force : une manière de résister à la fatalité, de continuer à inventer, à rêver et à agir malgré l’absurdité du monde.
Pendant environ 1h15, Espèce d’idiot oscille entre performance physique, poésie brute et moments plus contemplatifs. La qualité de la sonorisation, la musique en direct et la scénographie circulaire participent pleinement à l’immersion. On sent déjà un immense travail de recherche derrière cette création, tant dans l’écriture du corps que dans la construction de l’espace et du rythme. Si certaines séquences centrales paraissent encore chercher leur juste respiration, notamment lorsque le rythme ralentit, il semble justement y avoir là une matière à approfondir : peut-être en assumant davantage des instants de calme, de poésie et de tendresse, déjà présents en filigrane, qui pourraient encore intensifier l’émotion du spectacle. Mais c’est aussi toute la beauté d’une sortie de résidence : assister à une création en train de naître. Et ce qui se dessine ici est déjà extrêmement prometteur. Il reste encore plusieurs mois de travail à l’équipe avant la première définitive, mais Espèce d’idiot possède déjà cette qualité rare : une âme. Cette étape de création s’inscrit également dans une démarche territoriale portée par le Centre national des arts de la rue et de l’espace public Quelques p’Arts, qui accompagne les compagnies en résidence et soutient leur diffusion sur les territoires ruraux. Au-delà du spectacle, c’est aussi une manière essentielle d’amener la culture dans des territoires ruraux où elle est parfois moins présente, en favorisant la rencontre entre artistes, habitants et spectateurs. Les spectacles investissent ainsi des espaces publics, des villages ou des paysages à ciel ouvert, transformant ces lieux du quotidien en espaces de création et de partage.
C’est aussi ce qui rend l’expérience de Espèce d’idiot particulièrement forte : voir naître une création contemporaine exigeante au cœur d’un petit village ardéchois où la culture peut être rare, mais où la présence du public intergénérationnel nombreux pendant cette représentation rappelle avec force cette culture qui est bien là, vivante et partagée.
Une création ambitieuse, sensible et profondément humaine, à suivre de très près dans son évolution artistique.
Claire Thomas