Spectacle de la Compagnie Plexus Polaire (58), vu au Théâtre Silvia Monfort à Paris le 28 mars 2026
- Mise en scène : Yngvild Aspeli et Paola Rizza
- Actrice-marionnettiste : Yngvild Aspeli, en alternance avec Maja Kunši et Viktor Lukawski, en alternance avec Jofre Carabén
- Musique : Guro Skumsnes Moe / Chorale : Oslo 14 Ensemble
- Scénographie : François Gauthier-Lafaye, fabrication Eclektik Sceno
- Lumière : Vincent Loubière ou Marine David
- Costumes : Benjamin Moreau
- Son : Simon Masson ou Raphaël Barani
- Dramaturgie : Pauline Thimonnier
- Chorégraphie :– Cécile Laloy
- Genre : théâtre – marionnettes
- Public : Tout public
- Durée : 1h20
La compagnie Plexus Polaire, dirigée par la norvégienne Yngvild Aspeli, adapte « Une maison de poupée » d’Ibsen, en utilisant des marionnettes, à taille humaine, pour donner à ce texte une résonnance contemporaine ahurissante.
Le spectacle commence avec une actrice, seule au plateau, dans son salon, entourée de marionnettes. Une brochette d’enfants, son mari, deux amis. C’est elle qui anime, dans une frénésie déjà inquiétante, tout le monde dans la maison. Nora, aux yeux de son mari, c’est cette alouette chantante, cette femme au foyer dévouée et vivante. Pour Yngvild Aspeli, ce petit oiseau, c’est le point de départ du spectacle. Alors qu’elle lisait, tranquillement, elle a entendu le bruit d’un oiseau qui se cognait violemment à la fenêtre. Ce bruit l’a pétrifiée. Ce petit oiseau qui se fracasse contre les vitres invisibles de sa propre demeure, c’est Nora.
Alors, progressivement, au plateau, Nora donne vie aux marionnettes autour d’elle. Et puis, à mesure que l’histoire se noircit, que la culpabilité croît, s’opère une insidieuse transformation. Le décor, lui aussi, se déplace, des araignées, de plus en plus imposantes, traversent le salon jusqu’à venir encercler Nora. Le mari, jusqu’alors marionnette animée par Nora, s’incarne tandis que Nora, elle, perd progressivement sa chair, rongée par l’emprise et la détresse. Les marionnettes semblent s’autonomiser grâce à des manipulations parfois invisibles, mystérieuses ; on ne sait plus bien où est la vie et où est la mort. La tension monte jusqu’au choix de Nora, celui de la liberté, matérialisée par la tarentelle, danse née dans le sud de l’Italie, au Moyen-Âge, pour guérir les morsures léthales d’araignées.
Le travail de la compagnie Plexus Polaire est stupéfiant de beauté. L’histoire de Nora n’a pas pris une ride et la dramaturgie de la marionnette exprime avec virtuosité les pouvoirs de la manipulation.
Anne-Charlotte Mesnier