Une maison de poupée

Note 4 étoiles

Un spectacle produit par la compagnie Plexus Polaire (89) et vu au théâtre du Monfort (75) le 27 mars 2026, à 20H30.

 

  • Mise en scène : Yngvild Aspeli et Paola Rizza
  • ice-marionnettiste : Maja Kunši? (en alternance avec Yngvild Aspeli), Viktor Lukawski (en alternance avec Jofre Carabén)
  • Scénographie : François Gauthier-Lafaye
  • Fabrication marionnettes : Yngvild Aspeli, Sébastien Puech, Carole Allemand, Pascale Blaison, Delphine Cerf, Romain Duverne
  • Plateau et manipulation : LéaBrès
  • Composition musicale : Guro Skumsnes Moe
  • Chorale :Oslo 14 Ensemble
  • Costumes : Benjamin Moreau
  • Lumière : Vincent Loubière
  • Création sonore : Loïc Le Cadre
  • Genre: marionnettes
  • Public : Tout public
  • Durée : 1H20

 

A la sortie du covid, avec « Moby-Dick » puis « Dracula », la compagnie Plexus Polaire a littéralement changé mon regard sur la marionnette. Son nouvel opus met en scène « une maison de poupée » d’Ibsen, une de mes pièces préférées. Autant dire qu’il m’était inconcevable de ne pas y aller. Le résultat est prodigieux.

Si j’affectionne tant « une maison de poupée », c’est pour sa portée radicalement novatrice et émancipatrice. Nora est une épouse si dévouée que, pour sauver son mari atteint de phtisie, elle n’hésite pas à contracter un prêt par usurpation d’identité. Le chantage de son créancier lui fera comprendre l’iniquité fondamentale de cette société patriarcale.

L’idée de transposer cette histoire dans l’univers de la marionnette est géniale tant ce média s’accorde, par analogie, à l’histoire. Le premier acte expose la situation et les protagonistes. Nora est le seul vrai personnage quand tous les autres sont des marionnettes. Minorée par essence, Nora, dans son joli intérieur bourgeois, joue avec les marionnettes comme elle jouerait à la poupée. Ce n’est qu’un changement d’échelle : les marionnettes sont à taille humaine, à manche et  d’un réalisme sidérant. Le second acte découvre le piège de la dette. Pour nous faire palper le cauchemar dans lequel Nora est emprisonnée, la marionnette ouvre le champ d’un conte fantastique. Perdue dans la forêt suggérée par un noir soutenu  et un réseau de rhizomes/toiles d’araignées (en lieu et place des jolies teintures), Nora se confronte à sa psyché. Des araignées, de toute taille et surgies de partout, la menacent avant de devenir chrysalides de la femme-sorcière, au sens féministe du terme. La musique et les effets de lumière, intenses, accompagnent cette métamorphose. Le troisième acte fait un intervenir un Deus ex machina. Tout est sauvé, pour Monsieur du moins et son petit honneur viril. Faisant fi des apparences, Thorvald et Nora, de chair et d’os, se déchirent en démantibulant les marionnettes.

Seule en scène la moitié de la pièce, Maja Kunši? (en alternance avec Yngvild Aspeli), dans un anglais parfait, sonorisée, donne vie à tous les personnages, tant par la parole que par le geste. La manipulation relève du grand art et participe à la magie de l’ensemble.

En s’emparant du titre au sens littéral, Yngvild Aspeli et Paola Rizza révèlent le substrat de la pièce. La qualité plastique et la virtuosité du jeu font de cette «  maison de poupée » un spectacle parfait.

 

 Catherine Wolff

 

 

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