- Auteur⸱ice : Jeffrey Hatcher
- Mise en scène : Anne Bouvier
- Interpètes : Sylvia Roux, Jean Pierre Bouvier
- Création lumière : Denis Koransky
- Décoration : Charlie Mangel
- Musique : Raphael Sanchez
- Costumes : Mine Verges
Dès l'ouverture du rideau, le décor est planté : des palettes entassées, des caisses en bois éparpillées, un escabeau, quelques objets disséminés… Aucun doute, nous sommes dans l'atelier de Picasso. Alors qu'il s'apprête à quitter les lieux, une femme en uniforme allemand fait irruption. Commence une vérification administrative, puis son interrogatoire prend rapidement une tout autre tournure. Elle lui présente trois œuvres : sont-elles bien de lui ? Elles seront exposées lors d'une présentation privée avant d'être livrées aux flammes d'un autodafé. L'art de Picasso est considéré comme dégénéré par le régime nazi. Dès lors, une question captivante s'impose : comment Picasso va-t-il répondre ? Comment va-t-il s’en sortir?
La mise en scène, volontairement sobre, laisse toute la place au texte et aux interprètes. Picasso apparaît avec son mythique marcel blanc, une chemise entrouverte dévoilant une partie de son torse, tandis que son interlocutrice arbore un uniforme impeccable, jupe, veste et képi. Des bruits résonnent régulièrement hors scène, rappelant avec discrétion mais efficacité le contexte oppressant de l'Occupation.
Les deux comédiens livrent une prestation remarquable. Picasso est tour à tour flamboyant, provocateur, drôle et profondément humain. Il adopte les postures du Minotaure, évoque les femmes, s'emporte, glisse quelques expressions en espagnol et ponctue parfois ses échanges de réflexions pleines d'esprit. Face à lui, l'officière allemande semble d'abord froide et rigide, avant de laisser apparaître, peu à peu, des éléments qui rendent leur confrontation encore plus captivante.
Un moment m'a particulièrement bouleversée : lorsque Picasso évoque la mort de sa sœur ; le tumulte laisse alors place à une émotion d'une grande justesse. Quant au dénouement, il surprend autant qu'il séduit. Sa beauté visuelle, mais aussi le pouvoir de fascination qu'exerce Picasso jusqu'au bout, m'ont profondément touchée.
Ce spectacle est bien plus qu'un face-à-face entre un artiste et une représentante du régime nazi. C'est une réflexion sur l'art, la liberté, la vérité et la résistance. Que l'on connaisse bien Picasso ou que l'on souhaite simplement découvrir une histoire inspirée de sa vie, on se laisse emporter par cette pièce émouvante, intelligente et magnifiquement interprétée. Longtemps après avoir quitté la salle, je suis restée sous le charme de ce spectacle, encore habitée par ses images, ses mots et les questions qu'il soulève.
Au Festival Off d'Avignon 2026, du 3 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet), à 13h15 au théâtre 3S
Infos pratiques
- Compagnie :
- Juste là
- Représentation :
- 23 juillet 2026 à 13:15
- Lieu :
- Théâtre 3S, Avignon (84000)
- Durée :
- 1h20
- Public :
- Tout public à partir de 12 ans
- Événement :
- Festival Off 2026
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