- • Texte : Thomas Bernhard
- • Traduction : Claude Porcell
- Mise en scène : Jean-François Sivadier
- Collaboration artistique : Nicolas Bouchaud et Véronique Timsit
- Avec : Nicolas Bouchaud, Norah Krief, Frédéric Noaille, Juliette Bialek
- Scénographie : Marguerite Bordat
- Costume : Virginie Gervaise
- Création/régie lumière : Jean-Jacques Beaudouin
- Création/régie sonore : Jean-Louis Imbert
- Régisseuse/habilleuse : Valérie de Champchesnel
C’est un pari risqué que j’ai pris. Je n’aime pas le théâtre bavard et en conséquence, je n’apprécie guère Thomas Bernhard. Je me suis dit que Jean-François Sivadier m’aiderait à passer le cap. Si grâce à son excellente mise en scène, j’en comprends les enjeux, je n’aime toujours pas le théâtre de Thomas Bernhard.
– Dans les hauteurs, tout est calme. Au dessus de tout et surtout de la plèbe, dans les pré-Alpes bavaroises, Anne et Moritz Meister vivent une retraite intellectuelle. Dans une villa somptueuse, spoliée durant la guerre à un juif émigré, notre génie auto-proclamé, admiré de tous mais surtout de lui-même et de son épouse, pontifie. Ces jours-ci, une jeune doctorante et un journaliste séjournent dans la forteresse du couple et se voient, en même temps que nous-mêmes, le public, noyés sous une logorrhée aussi oiseuse que dangereuse.
-Pour faire surgir cette perversion du langage, de nouveau si tristement contemporaine, Jean-François Sivadier a opté pour une mise en scène et une direction d’acteurs diablement efficaces. Tout se joue en avant scène, histoire que notre écrivain réactionnaire, antisémite et ivre de lui-même puisse se donner en spectacle comme s’il était en conférence. Cette mise en abyme est d’autant plus réussie que le décor se réduit à sa plus simple expression. Le fond de scène sert à entreposer les accessoires qui seront amenés en avant scène, sur une moquette claire, au fur et à mesure des ambiances recherchées : la véranda, le cabinet de travail, la salle à manger, le cabinet de curiosités, le salon…. Dans cet univers bourgeois où une simple tenture beige et un service de porcelaine posent le bonhomme, les bienséances craquent peu à peu. Jean-François Sivadier a demandé à ses acteurs des postures subrepticement décalées, des esquisses de pantomimes, des voix naturelles mais parfois hystérisées, une goinfrerie en direct pour mieux nous donner la gerbe devant un spectacle si affligeant de bêtise, de vulgarité et d’abjections. Les quatre comédiens qui portent le texte et tout particulièrement Nicolas Bouchaud et Nora Krief sont fascinants de justesse.
C’est donc du grand art. Il n’empêche que je ne parviens pas à tenir ce type de discours même s’ils sont précisément écrits pour en dénoncer les fondements.
« Tout est calme dans les hauteurs » est un excellent spectacle pour qui sait supporter l’insupportable.
Un public averti
jusqu'au 4 juillet 2026
Infos pratiques
- Compagnie :
- Italienne avec Orchestre
- Représentation :
- 19 juin 2026 à 20:00
- Lieu :
- Théâtre du Rond-Point, Paris (75008)
- Durée :
- 1H50
- Public :
- Adulte
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Chroniqueur·euse
Région parisienne
Tombée dans le théâtre à 5 ans. Depuis, par mes études, ma vie personnelle et professionnelle, je n'en suis jamais sortie.
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