Un spectacle produit par le collectif Os’o (33) et vu à la Maison des Métallos (75) le 8 avril 2026.
- D’après Shakespeare
- Mise en scène : David Czesienski
- Comédiens.nes : Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Marion Lambert, Tom Linton, Julie Papin
- Scénographie et costumes : Lucie Hannequin
- Maquillages : Carole Anquetil
- Création lumières : Yannick Anché, Emmanuel Bassibé
- Genre: théâtre
- Public : adulte
- Durée : 2h15
C’est le synopsis de « Timon/Titus » qui m’a attirée. Le collectif Os’o reprend le spectacle emblématique qui l’a fait connaître il y a dix ans. C’était aussi pour moi l’occasion d’ouvrir la Maison des Métallos à l’Adadiff. C’est un lieu atypique de Paris, qui attire les jeunes générations et où j’ai souvent retrouvé des amis autour d’un verre mais sans jamais accéder à la programmation. C’est chose faite à présent et pour le mieux.
« Timon/Titus » est un spectacle complexe dans la mesure où il entremêle plusieurs récits. On trouve d’abord les deux pièces de Shakespeare qui donnent le titre au spectacle. Elles ne seront pas jouées in extenso mais résumées et largement citées. Leur intrigue, digne de « Game of throne », sert à questionner l’origine de la violence ultime ; laquelle réside dans la dette, morale et financière. Pour pousser la réflexion, le collectif Os’o s’est emparé du livre de Graeber, « Dette, 5000 ans d’histoire ». Pour le collectif, il s’agit donc de transmettre ces considérations tout en faisant théâtre. Pour ce faire, le collectif Os’o alterne deux types de scènes. Pour le contenu théorique, nous assistons en direct à une sorte de débat radiophonique où toutes les sensibilités politiques sont représentées. Pour illustrer des concepts somme toute ardus, les comédiens vont jouer Shakespeare mais transposé dans le récit de l’ouverture du testament d’un patriarche abject. La fratrie, dont une partie a été cachée à l’autre, va éprouver trois scénarios distincts. C’est l’occasion, d’un point de vue théâtral, d’aborder trois registres : la tragédie, le psychodrame et la farce. Seule la dernière tentative donne une once d’espoir sur l’humanité. « Timon/Titus » expose donc un mélange des genres des plus audacieux et qui fonctionne grâce à une mise en scène simple mais diablement efficace.
Il n’y a pas de décor en tant que tel mais une multitude d’accessoires intelligemment disposés et utilisés. La scène est entourée de huit tables, en comptant la console du régisseur. Sur chacune trônent une lampe et divers accessoires. C’est l’espace de l’émission radio. A chaque prise de parole, le comédien concerné actionne sa lampe en en changeant les gélatines. C’est aussi l’espace des loges avec des changements à vue. Au centre, telle une arène, se déploie l’espace de jeu : des tapis, le fauteuil rouge du pater familias défunt et un trophée de cerf, lequel témoigne des valeurs transmises par le vieux à coups de triques, de mensonges et d’humiliations. Et comme métaphore des règlements de compte sanguinolents à venir, un gramophone fait tourner la tête d’un mannequin.
A l’ingéniosité de la scénographie répond la large palette de jeu des comédiens. Entre toutes les sensibilités politiques qui s’expriment à la radio et les différents protagonistes de la famille Barthelot ; entre les trois scénarios testamentaires et les adresses distancées au public, les comédiens endossent plusieurs rôles et se montrent à chaque fois des plus convaincants. En voix naturelle (quel plaisir !), les costumes et les coiffures participent à leur crédibilité et dessinent des rapports de classes, d’âges et de genres éloquents. Le gore rivalise avec la satire; le sérieux avec l’humour.
Cette aisance du jeu a néanmoins été entachée de trop d’accrocs. J’ai également déploré quelques longueurs et, paradoxalement, un débit verbal si rapide qu’il n’était pas aisé de suivre la démonstration.
En ces temps troublés, « Timon/Titus » prend toute sa mesure. C’est un spectacle d’une grande richesse intellectuelle et théâtrale qui donne à réfléchir et à rire.
Catherine Wolff