« The House » (« La Maison »), une affaire de famille déjantée

« The House » (« La Maison »), une affaire de famille déjantée

Marceline WEGROWE
VIVANT

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  • Auteur.ice : Federico García Lorca
  • Mise en scène : Daria Gorshkaleva
  • Avec : Tamara Boiko, Nata Eremina, Tatiana Ivaschchenko, Irina Lukoianova, Ekaterina Ozornova, Elena Richardson, Marina Rogova, Alina Sakhterova, Anastasiia Zhavoronkova
  • Régie : Daniil Kolmachev

Avant même l’ouverture des portes, un grand écran installé au fond de la scène projette des publicités des années quatre-vingt-dix. Couleurs criardes, explosions sonores et voix off surjouées accompagnent les spectateur.ices alors qu’iels prennent place dans la salle.

The House (« La Maison ») est basé sur la pièce classique de Federico García Lorca « La Maison de Bernarda Alba ». Bernarda vient de perdre son mari. Elle se retrouve à la tête de sa famille, à devoir tenir d’une main de fer ses cinq filles — toutes de caractères bien trempés — tout en s’occupant de sa mère, qui a perdu la tête depuis la mort de son propre mari. Bernarda veut marier ses filles, souhaite qu’elles soient respectables et se tiennent bien. Mais c’est sans compter sur leurs rêves respectifs, leurs envies d’amour et d’aventure, leur soif de découverte. Elles se rebellent, se battent farouchement pour leur liberté, chacune à sa façon.

Entre certaines scènes, l’écran installé au fond de la salle s’allume pour diffuser à nouveau des pubs des années 90. Entre ces insertions et les potins que rapporte la gouvernante, on a presque l’impression d’assister à une télénovela. Le plateau est plutôt épuré, quelques meubles sont déplacés et interchangés au fur et à mesure que l’histoire avance pour représenter tantôt le salon, tantôt la chambre de l’une des filles, etc. Les cinq enfants sont vêtues d’ensembles de gymnastique aux couleurs criardes — elles portent toutes le même — comme si elles sortaient directement d’une séance d’aérobic ; justaucorps rose fluo et collants bariolés. Le texte, originalement dramatique, est tourné en dérision, détourné, souligné pour en faire ressortir tout l’humour qui s’y cache. Les rires — parfois timides à cause du caractère dramatique de l’histoire — résonnent contre les murs de la salle intimiste.

The House est un spectacle haut en couleur, loufoque et déjanté, devant lequel on se retrouve scotché. Et l’on en redemande ! Le rythme très soutenu des scènes, la balance parfaite entre humour et intensité, tout ça nous tient en haleine pendant tout le spectacle. On sent — comme la gouvernante qui le dit d’ailleurs — que quelque chose d’horrible va finir par arriver, sans que l’on sache exactement quoi. La compagnie GoDar Theatre Studio est très forte pour faire douter les spectateur.ices. À aucun moment, on ne peut dire avec confiance « je sais ce qui va se passer ensuite ». Même si l’on croit savoir, c’est presque sûr qu’on se trompe, car The House trouve toujours une manière de nous surprendre.

The House est un spectacle délicieux et inattendu, qui plaira à toustes celleux qui sont prêt.e.s à abandonner le rationnel derrière eux et à laisser entrer l’absurde. C’est un moment de partage international délicieux, duquel on ressort ébloui.e.s — même si l’on n’a pas tout compris.

Le texte, écrit en espagnol à l’origine, a été traduit en russe, en anglais, et, pour l’occasion même certaines phrases en français, par la compagnie GoDar Theatre Studio. Depuis Chypre, le spectacle a fait la Grèce, la Russie, et tant d’autres pays avant d’arriver aujourd’hui — en anglais surtitré en français — à Avignon.
Un spectacle à ne surtout pas rater, à l’Archipel Theatre du 6 au 12 juillet !

Infos pratiques

Compagnie :
GoDar Theatre Studio
Représentation :
8 juillet 2026 à 21:50
Lieu :
Archipel Théâtre, Avignon (84000)
Durée :
1h25
Public :
à partir de 16 ans
Événement :
Festival OFF d’Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Marceline WEGROWE

Région parisienne

Passionnée d'écriture et de théâtre, être correspondante m'a permis de réunir ce qui me fait le plus vibrer.

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