Dès l’ouverture du rideau, la mise en scène surprend. Une femme équipée d’un casque et d’un micro, que je suppose membre de l’équipe technique, donne des consignes comme si le spectacle se préparait encore sous nos yeux. Puis, on frappe à la porte. Un motard, casque à la main, surgit et demande à être caché. Sa cachette sera une immense armoire ancienne. En quelques instants, le ton est donné : Hernani, de Victor Hugo, ne sera pas présenté de manière traditionnelle.

Doña Sol fait alors son entrée, resplendissante dans une robe somptueuse qui attire immédiatement tous les regards. Hernani la rejoint : les deux amoureux se retrouvent enfin. Mais le mystérieux motard caché dans l’armoire n’est autre que le roi Don Carlos, lui aussi épris de la jeune femme. À cette rivalité s’ajoute l’oncle de Doña Sol, Don Ruy Gomez de Silva, qui souhaite lui aussi l’épouser. Dès lors, jalousies, affrontements et passions s’entremêlent pour lancer l’intrigue de ce grand drame romantique.

Les décors sont particulièrement impressionnants. Une immense table encadrée de deux chaises monumentales, une gigantesque armoire ancienne, des panneaux évoquant les murs de pierre d’un château, ornés de portraits de famille et de sabres, composent un univers majestueux pour les scènes d’intérieur. À l’inverse, les scènes en extérieur sont volontairement dépouillées, laissant toute la place au jeu des comédiens. Les costumes participent pleinement à cette esthétique : les robes de Doña Sol sont d’une grande élégance, à noter ses magnifiques chaussures dorées. Le roi apparaît d’abord en motard, puis en costume contemporain, avant de revêtir un splendide uniforme blanc. Don Ruy conserve un habit d’époque, tandis qu'Hernani peut évoluer en tee-shirt ou en vêtement de pluie. Ce contraste entre les époques apporte une modernité inattendue sans trahir l’esprit de l’œuvre.

J’ai particulièrement apprécié ce mélange entre costumes d’époque et tenues contemporaines, qui fonctionne très bien et donne une nouvelle lecture de la pièce. Les magnifiques robes de Doña Sol renforcent la beauté visuelle du spectacle. Les comédiens livrent une interprétation remarquable, pleine d’intensité et d’émotion. Enfin, la scène finale est un véritable tableau vivant, aussi esthétique que bouleversant, qui met parfaitement en valeur toute la dimension tragique de l’œuvre.

Si vous avez envie de redécouvrir un grand classique de Victor Hugo dans une version intelligemment actualisée, mêlant modernité et tradition, où l’amour, l’honneur et le destin s’affrontent avec force, n’hésitez pas à aller voir Hernani. Vous passerez une excellente soirée de théâtre.

Au Festival Off d'Avignon 2026, du 4 au 25 juillet (relâche les 9, 16, 23 juillet) à 20h45 au théâtre LA LUNA

Dès l'ouverture du rideau, le décor est planté : des palettes entassées, des caisses en bois éparpillées, un escabeau, quelques objets disséminés… Aucun doute, nous sommes dans l'atelier de Picasso. Alors qu'il s'apprête à quitter les lieux, une femme en uniforme allemand fait irruption. Commence une vérification administrative, puis son interrogatoire prend rapidement une tout autre tournure. Elle lui présente trois œuvres : sont-elles bien de lui ? Elles seront exposées lors d'une présentation privée avant d'être livrées aux flammes d'un autodafé. L'art de Picasso est considéré comme dégénéré par le régime nazi. Dès lors, une question captivante s'impose : comment Picasso va-t-il répondre ? Comment va-t-il s’en sortir?

La mise en scène, volontairement sobre, laisse toute la place au texte et aux interprètes. Picasso apparaît avec son mythique marcel blanc, une chemise entrouverte dévoilant une partie de son torse, tandis que son interlocutrice arbore un uniforme impeccable, jupe, veste et képi. Des bruits résonnent régulièrement hors scène, rappelant avec discrétion mais efficacité le contexte oppressant de l'Occupation.

Les deux comédiens livrent une prestation remarquable. Picasso est tour à tour flamboyant, provocateur, drôle et profondément humain. Il adopte les postures du Minotaure, évoque les femmes, s'emporte, glisse quelques expressions en espagnol et ponctue parfois ses échanges de réflexions pleines d'esprit. Face à lui, l'officière allemande semble d'abord froide et rigide, avant de laisser apparaître, peu à peu, des éléments qui rendent leur confrontation encore plus captivante.
Un moment m'a particulièrement bouleversée : lorsque Picasso évoque la mort de sa sœur ; le tumulte laisse alors place à une émotion d'une grande justesse. Quant au dénouement, il surprend autant qu'il séduit. Sa beauté visuelle, mais aussi le pouvoir de fascination qu'exerce Picasso jusqu'au bout, m'ont profondément touchée.

Ce spectacle est bien plus qu'un face-à-face entre un artiste et une représentante du régime nazi. C'est une réflexion sur l'art, la liberté, la vérité et la résistance. Que l'on connaisse bien Picasso ou que l'on souhaite simplement découvrir une histoire inspirée de sa vie, on se laisse emporter par cette pièce émouvante, intelligente et magnifiquement interprétée. Longtemps après avoir quitté la salle, je suis restée sous le charme de ce spectacle, encore habitée par ses images, ses mots et les questions qu'il soulève.

Au Festival Off d'Avignon 2026, du 3 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet), à 13h15 au théâtre 3S

Le spectateur arrive dans une ambiance sombre et un décor imposant qui nous emmènent directement dans l'univers de Jules Verne.

Deux hommes, deux personnalités, comme la droite et la gauche, comme le ying et le yang, finalement un peu comme les deux hémisphères de notre cerveau.
C'est là qu'entrent en scène Nathan Lafleur et Jo Latrick qui sont deux des parties du cerveau d'un jeune homme. L''un sensible et bien élevé et l'autre avec son côté bad boy qui n'a pas froid aux yeux.
Ils vont se confronter l'un à l'autre à chaque fois que le jeune homme va être face à lui-même à chaque étape de sa vie.
Les deux moitiés vont-elles être en concurrence ou complémentaires ?

Cette troupe a réalisé un énorme travail de mise en scène et de décors. Ce dernier est vraiment très réaliste et extrêmement bien pensé et efficient.

C'est divinement bien écrit, il y a de nombreuses références qui sont inattendues et qui font du bien.
C'est très malin, car ça parlera autant aux adultes qui ont déjà été confronté à ces situations parfois délicates, qu'aux adolescents qui seront à leur tour face aux questionnements, face aux doutes.
C'est une pièce philosophique et pédagogique, qui pousse à réfléchir sur la nature humaine et sur les émotions.

Je recommande à tous ceux qui veulent passer un bon moment, parce qu'il y a plein de moments drôles et qui veulent en même temps en apprendre un peu sur eux-mêmes.

Thomas Le Douarec rend hommage à Oscar Wilde en adaptant son célèbre roman Le portrait de Dorian Gray au théâtre.

Basil, peintre en manque d’inspiration, est un jour subjugué par la beauté d’un inconnu. Dorian Gray. Si beau qu’il a l’air de sortir d’un songe. Alors, Basil le peint et lui offre son tableau en gage de leur amitié. En se voyant si magnifiquement représenté, Dorian fait un vœu. Il souhaite conserver pour toujours sa beauté et sa jeunesse. Il souhaite que son tableau seul souffre de l’avancée du temps, et que lui-même reste immuable, figé. Ainsi délivré de la peur des répercussions que la vie pourrait avoir sur son visage, Dorian se laisse aller à tous les péchés. Seul son tableau en subira les dommages. Mal conseillé par Sir Henry, petit diable sur son épaule, Dorian se livre tout entier à l’hédonisme, sans jamais se soucier des répercussions. La beauté ou la morale ? Les deux peuvent-elles aller de pair ?

Dans cette version du Portrait de Dorian Gray, l’importance réside dans le texte et le jeu époustouflant des comédien·nes. Sur scène, quelques objets et éléments de décor permettent de situer les différents lieux ; un canapé pour les appartements de Dorian, une toile pour l’atelier de Basil, etc. Cette mise en scène épurée permet une immersion totale dans l’histoire et dans le texte. Le travail des lumières — particulièrement remarquable — participe aussi à cette ambiance si spéciale que l’on retrouve déjà dans l’univers de Wilde. Une journée pluvieuse, un thé au coin du feu, des meubles et des vestes en tweed. Les costumes, sobres et magnifiques, représentent avec une grande justesse la personnalité de chaque personnage.

Le portrait de Dorian Gray est une lettre d’amour à l’art, à la création, celle qui devient obsession. Elle questionne l’âme et l’humanité dans ce qu’elle a de plus profond. Le roman d’Oscar Wilde est pour Thomas le Douarec « sa pièce de théâtre qui aurait pu être la plus aboutie ». On en voit ici toute l’intelligence, toutes les nuances de la plume merveilleuse de cet auteur, condamné par la censure. C’est un magnifique hommage que nous offre ici l’artiste aux mille casquettes.

Venez (re) découvrir le texte d’Oscar Wilde, magnifiquement sublimé par le travail de Thomas Le Douarec. Les talentueux.ses comédien·nes vous emporteront avec elleux dans l’humour britannique et grinçant de l’auteur, et dans ses plus profondes et sombres réflexions sur la nature humaine. Allez-y en vous demandant si vous, vous auriez échangé votre âme contre la jeunesse et la beauté éternelle ?

À retrouver au Théâtre des Lucioles tous les jours du 4 au 25 juillet à 16 h 10.

Alors que le public s’installe, une femme est assise au milieu de la scène. Plongée dans une pâle lueur, elle chantonne un air lugubre.

Londres, 1888. Le tristement célèbre Jack L'Éventreur sévit. Tout commence avec une femme, Mary Ann Nichols. Elle est assassinée et éventrée au milieu de la nuit. Sa mort n'intéresse ni la presse ni la police. Pourquoi ? Parce que c'est une femme, et en plus, c'est une prostituée. Scotland Yard traîne à ouvrir une enquête. Les meurtres se multiplient. Après Mary Ann, c'est Annie Chapman. Une prostituée, elle aussi. La nuit, les femmes ont peur. La police s'active enfin, mais peine à faire la moindre avancée. Bientôt, le nom de Jack l'Éventreur est sur toutes les lèvres de l'Angleterre – et bientôt du monde entier. Pourtant, celui de ses victimes est bien vite oublié. Alors que la folie meurtrière se poursuit, un groupe de femmes se réunit derrière les portes d'une maison close. Puisque personne ne les protège, elles doivent faire face toutes ensemble.

C'est une mise en scène grandiose que nous propose Alexandra Bialy. Trois panneaux sur roues déplacés sur scène permettent de traverser tous les tableaux du récit dans une fluidité époustouflante. Depuis le bureau du chef de la police à la maison close, en passant par les rues sombres de Londres, et tant d'autres encore, les spectateur·ices traversent ces lieux au rythme des personnages en retenant leur souffle. Les comédien·nes font état de leur talent immense en revêtant la peau d'un personnage et d'un autre sans même que l'on ne s'en rende compte. Les magnifiques costumes défilent et volent devant nos yeux ébahis. Tous ces éléments parfaitement millimétrés participent à créer sur scène cette ambiance si spéciale qui nous transporte dans un Londres dangereux des années 1800 où la mort est tapie à chaque coin de rue. Le travail minutieux des lumières et de la musique participe également à créer cette ambiance et ce ressenti presque cinématographique. On sait toustes malheureusement comment cette histoire tragique se termine pour ces femmes, mais on ne peut s'empêcher d'espérer qu'elles s'en sortent.

Assis.e.s au bord de nos sièges, on suit, la peur au ventre, le récit de ces femmes oubliées. Pourtant, le merveilleux texte d’Alexandra Bialy propose une balance parfaite entre l’horreur des événements et l’humour du spectacle. On rit, beaucoup. On pleure aussi, un peu. Le destin de ces femmes oubliées est d’autant plus émouvant lorsqu’on en connaît le traitement médiatique et politique.

Avec Les oubliées de Londres, Alexandra Bialy s’assure que le nom de ces femmes ne sera plus jamais oublié. C’est un spectacle émouvant et magnifique qui remet les victimes, les femmes, au centre de l’histoire. Alors, ne les oubliez pas. Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly. Ces femmes qui sont mortes parce qu’elles étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Des femmes qui sont mortes parce qu’elles avaient le malheur d’être des femmes.

Courez au Théâtre du Roi René à 15 h 45, du 4 au 25 juillet — relâche les mercredis — pour ne pas manquer ça !

Afin de rejoindre leurs sièges, les spectateur.ices sont invité.e.s à traverser un appartement décoré avec soin. Iels prennent place, comme des invité.e.s, dans les fauteuils confortables du Pixel Avignon.

Un groupe d’amis se réunit pour une agréable soirée, petits plats, bonnes bouteilles — et une éclipse lunaire ! — sont au programme. Pour pimenter la soirée, ces quatre couples et leur ami décident de jouer à un jeu. Chacun doit poser son téléphone face visible sur la table, et chaque notification — appel téléphonique, SMS, message sur internet, e-mail, TOUT — doit être lue à voix haute à l’attention de toustes. Comme on peut facilement se l’imaginer, cette soirée va rapidement virer au cauchemar. Mensonges, cachotteries, trahisons, seront rapidement révélées par la technologie.

Le public fait face au salon de Marie et Vincent, qui reçoivent leurs ami.e.s. Le canapé, le bar, la terrasse, tout est ouvert aux spectateur.ices et leur donne l’impression elleux aussi partie de la soirée. Les comédien.nes sont enfermé.e.s dans ce huis clos explosif, et ne peuvent se soustraire au regard acéré des spectateur.ices que lorsqu’ils se rendent aux toilettes ou dans la cuisine — les coulisses. Un balcon est érigé à l’avant de la scène, où les personnages se réfugient pour fumer et remettre en question les choix qui les ont mené.e.s ou iels sont ce soir. Ainsi, les spectateur.ices voient tout, depuis les conversations chuchotées sur le balcon jusqu’aux échanges silencieux dans un coin de la pièce, en passant par les messages reçus tout au long de la soirée. Un panneau lumineux installé sur un mur diffuse les écrans de chaque personnage aux moments fatidiques où leurs écrans s’illuminent pour révéler leurs secrets les plus sombres.

Game Over est un spectacle où l’on rit, où on s’esclaffe, où on s’indigne ! Une heure trente qui file à toute vitesse tant on est pris.e.s par le drame qui se déroule devant nos yeux. On ne sait même plus du côté de qui se ranger, tant chaque personnage se révèle avoir quelque chose à cacher. Il est impossible de deviner quel va être la prochaine bombe à tomber sur le groupe d’ami.e.s à la dérive. La mise en scène immersive fonctionne parfaitement, et le public se sent impliqué et presque personnellement trahi par les agissements de chacun.e.s.

Adapter le film Le Jeu (Fred Cavayé, 2018) au théâtre était un pari risqué, et il est réussi haut la main par Nolan Production ! N’hésitez pas à venir (re) découvrir cette histoire déjantée et inattendue.

À retrouver les 8, 15 et 22 juillet au Pixel Avignon à 21 h 45.

La pièce commence avec ce professeur au centre du plateau, qui semble faire les cent pas autour de son bureau. Oui, il est en doute et on le ressent. Le cours évoquera « L’Etranger » d’Albert Camus, mais comment donner envie aux élèves de traverser ce roman célèbre ? Puis, une élève arrive, Marie. La seule élève pour tout le cours de ce « prof raté » dira-t-elle.
Marie propose de revisiter l’œuvre d’un point de vue différent. Pourquoi ne pas retraverser le roman à travers le regard de Marie Cardona, l’amante de Meursault, présente du début à la fin de l’œuvre ? Très peu mise en avant dans l’histoire par rapport au reste de l’ensemble des personnages, l’élève propose une véritable enquête de « L’Etranger » à partir d’un personnage féminin.
Cette enquête partira de ce mot laissé par Marie Cardona dans un des exemplaires de "L'étranger ».
On ne pourrait l’écrire ici, on ne souhaite pas enlever toute la surprise du spectateur de découvrir cette intrigue.
Mais quelle belle idée que de revisiter un tel roman avec un personnage secondaire et de permettre aussi de redonner une place à tous les autres personnages. Ou comment se replonger dans les souvenirs d’un roman lu il y a longtemps à travers des personnages qu’on n’aura peut-être pas assez remarqués et qui, pourtant, font et forgent l’histoire : La mère, Sintès, Le voisin et son chien, Masson, ….
Contre l’idée au départ, puis ensuite plus dubitatif, le professeur finira par se laisser prendre au jeu. Finalement entre fiction et réalité, il se travestira dans tous les personnages masculins secondaires du roman qui ont une incidence directe ou indirecte sur « l’affaire » dont il est accusé. Autant dire que le professeur joue beaucoup de rôles car comme le dit bien l’élève Marie, il y a dans ce roman encore une majorité d’hommes et la femme est finalement très peu visible. C’est elle, l’élève, Marie, qui jouera Marie, la Marie du Roman et jouera de cette confusion parfois, bien pensé et bien jouée.

A travers une mise en scène rythmée et énergique, les deux comédiens interprètent avec aisance et fluidité différents personnages du roman et tentent d’envisager l’histoire sous un nouveau jour.
On apprécie aussi la maîtrise des allers-retours entre l’écriture de Camus et une écriture moderne avec le langage du professeur et celui de cette jeune élève qui le déconcerte par moment. En terme de scénographie, c’est sobre et très efficace ; le bureau du professeur au centre et ce grand panneau d’affichage derrière ou celui- ci écrira « L’ETRANGER » qui deviendra « L’ETRANGERE » avec la proposition de Marie. C’est en compilant cette scénographie à une ambiance musicale intense et des jeux de lumière très précis que nous plongerons complètement dans cette « nouvelle » histoire. Sans donner trop de détails sur le final, je ne peux m’empêcher d’exprimer l’intensité et la tendresse qu’on retrouve dans la dernière scène. Moi qui suis sensible aux fins (et parfois trop déçue à ce sujet) j’ai apprécié l’idée et cette mise en scène où nous public finalement nous sommes pris au jeu.

J'ai passé un très bon moment, je n'ai donc pas été suprise que ce soit complet et qu'il y ait autant de personnes qui s'inscrivent sur la liste d'attente espérant avoir une place en dernière minute. Il reste 2 représentations au festival, alors courrez’y pour plusieurs raisons ; que ce soit pour l’amour de ce roman si célèbre, pour l’amour du théâtre, pour l’amour du jeu des comédiens ou même pour l’amour tout court,….

J’exprimerai ici aussi un sentiment particulier pour moi puisque j’ai rencontré Fabrice Lebert, le comédien, lors de mon premier atelier amateur en 2019, qu’il menait avec Aïni Iften et que nous avons présenté sur ce même plateau. Et la comédienne, Marion Bajot, que j’ai eu la chance de rencontrer en 2025 (Formation théâtre) lorsque 7 ans après mon atelier avec Fabrice, je me lance dans mon projet de comédienne professionnelle.
Et en les voyant, je sais que c’est ce que je veux faire.
Merci à vous deux
Bonne fin de festival à toute l’équipe du Balcon

A tout public mais aussi en particulier à des collégiens et lycéens qui ont eu pour lecture (imposée peut-être) "L'Etranger".

Du 4 au 25 juillet. Relâche les 9, 16, 23 juillet, à 13h30 au Théâtre du Balcon

Le décor représente le salon d’un appartement, avec canapé et table basse, un petit bureau et sa chaise. Des cadres décorent les murs. Une porte à jardin permet les entrées/sorties vers le palier de l’étage.

Lucie, dramaturge de talent, est en mal d’inspiration… Elle dont l’imaginaire se nourrit des épisodes malheureux de sa vie, est incapable d’écrire lorsque tout va bien ! Et sa prochaine pièce sera mise en scène dans trois mois… Pas de temps à perdre !
Son nouveau voisin, Thomas, fait irruption dans sa vie à la faveur d’un dégât des eaux. Sympathique mais un peu envahissant, il va tenter néanmoins de l’aider… Les relations entre eux paraissent difficiles, car tout semble les opposer.

Le duo de comédiens porte à merveille des dialogues subtils, pleins d’humour, parfois mordants. Les changements de scène s’accompagnent d’intermèdes musicaux dans des registres variés, jazzy, crooner, etc.. en écho aux sentiments qui se dégagent du dernier échange. Le jeu est fluide, d’autant plus que les deux interprètes ont manifestement l’habitude de travailler ensemble.
Après des débuts relationnels plutôt compliqués, les deux personnages se laissent inexorablement aller aux confidences… Nous sommes séduits par Lucie et Thomas, dans le même temps que le charme opère entre eux. On sourit, on rit aussi, et bien souvent l’émotion n’est pas très loin.
On suit avec intérêt, à leurs côtés, les chemins de la création artistique et le rapport au monde des auteurs, jusqu’à ce que parfois la réalité et la fiction s’emmêlent !

J’ai énormément apprécié cette comédie type boulevard, intelligente, bien écrite, dans une mise en scène simple et efficace, qui laisse toute la place au jeu de Anne-Laure Prono, et Philippe Rolland, excellents.

A recommander de préférence à un public adulte, pour une grande bouffée de fraicheur en ces temps de canicule !

Avignon Off du 4 au 25 juillet, sauf les mercredis.

Plateau dépouillé.. une chaise, un banc sont les seuls éléments de décor. Eclairage sobre. A jardin, un piano et Guilhem Fabre au clavier.

Orianne Moretti et Bruno Bouché proposent une adaptation théâtre, musique et danse, du "Journal d’un fou" de Nicolas Gogol pour le danseur étoile Mathieu Ganio. Il s’agit d’une nouvelle qui se présente comme le journal intime écrit à la première personne de Poprichtchine, petit fonctionnaire modeste, néanmoins noble, qui raconte sa vie et son travail – qui consiste à tailler des plumes dans un ministère – . Il est amoureux en secret de Sophie, la fille de son directeur. Ses premiers signes de folie apparaissent lorsqu’il croit que Medji le chien de Sophie sait parler et écrire … Poprichtchine perd de plus en plus le sens des réalités, sombre dans la folie, jusqu’à la démence et l’enfermement…

La mise en scène alterne différents tableaux, qui laissent parfois toute la place au piano danse, au piano seul, au piano texte. Au tout début du spectacle, la "Passecaille" de Jean Sébastien Bach accompagne l’entrée du magnifique danseur Mathieu Giano, pour un long moment de danse… Puis, le héros commence à se raconter dans un enchaînement savamment équilibré entre musique, danse et théâtre. La belle partition musicale propose des Préludes et concerto de Bach, des œuvres de Couperin et Jean Philippe Rameau, dont « Le rappel des oiseaux », servi sur un piano au toucher clavecin qui se marie très bien avec les œuvres de ces compositeurs.

Mathieu Giano n’est pas comédien, mais il a su entrer dans la peau de ce personnage tourmenté jusqu’à la folie, et par son art et son jeu, accentuer le contraste entre la petite vie misérable et routinière du héros et ses rêves délirants. Le spectacle démarre lentement et l'intensité va crescendo accentuant l'évolution de la maladie. Mais Mathieu Giano est merveilleusement accompagné, porté puis je dire, par le pianiste talentueux Guilhem Fabre, initiateur du projet uNopia visant à organiser des concerts nomades en camion-scène pour porter la musique vers des publics éloignés des salles de concert..

C’est un spectacle qui séduira les spectateurs friands du mélange des disciplines, porté ici à son apogée par deux interprètes magnifiques, sur un texte d’un écrivain russe reconnu, dont j’ai commenté une adaptation du Manteau en 2022

Avignon Off 2026 tous les jours, relâche jeudi

Le plateau est nu, pas de décor. Une accordéoniste installée à jardin accompagne en musique l’apparition de quatre gentilhommes, deux Capulet et deux Montaigu, qui se livrent à ce qui tient plus de la danse que du combat… Le cadre est cependant posé pour ce qui concerne la haine ancestrale que se vouent ces deux familles.

Nous connaissons tous l’histoire… Roméo Montaigu se rend sans y être invité, à un bal chez les Capulet, où il tombe follement amoureux de Juliette, la fille du seigneur… Mais celle-ci est promise à un autre.
Avec la complicité de la nourrice de Juliette et l’aide de frère Laurent les deux tourtereaux vont se marier secrètement… Mais la rencontre malheureuse de Mercutio, ami de Roméo, et de Tybalt cousin de Juliette, va virer au drame. Roméo sera alors banni, et la fin de l’histoire sombrera dans le tragique

La pièce de Shakespeare est revisitée avec humour, de nombreux gags émaillent l’action. Les comédiens passent d’un rôle à l’autre, indifféremment hommes ou femmes. Les costumes sont beaux et extrêmement soignés, les couleurs sont harmonisées, dans les tons de blanc, gris, marron, dominante rouge sombre pour le clan Capulet, dominante bleue pour les Montaigu. La musique de Prokofiev est omniprésente et sert une mise en scène qui privilégie l’aspect visuel. L’enchaînement des scènes est rapide

Les comédiens sont tous excellents mais j’ai été particulièrement séduite par le jeu clownesque de Stéphanie Lassus-Debat (la nourrice, mais pas que…) ; normal elle est aussi clown hospitalier ! Son jeu contribue grandement à détendre l’atmosphère et elle sait capter l’attention des enfants.

C’est un spectacle dynamique et joyeux malgré l’intrigue et le dénouement, propre à séduire tous les publics, que je recommande donc pour y aller en famille.

Le spectacle se joue du 4 au 25 juillet à 10 h 15 au Théâtre des Barriques, sauf mercredi