Poor white trash : L’affaire Tonya Harding – de la glace et du sang

Poor white trash : L’affaire Tonya Harding – de la glace et du sang

Marceline WEGROWE
VIVANT

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  • De : Laura Boisaubert
  • Mise en scène : Laura Boisaubert
  • Avec : Al Descamps, Alexandra Hernandez, Anne Moisset, Manon Preterre
  • Création son et chant : Justine Gaucherant

Sur la scène, des portants aux vêtements bariolés, un fond pailleté, le tout dans une ambiance pop qui annonce la couleur du spectacle.

Tonya Harding n’est pas le stéréotype de la petite patineuse parfaite. Trop « pauvre », trop « trash », trop « grosse ». Personne ne croit qu’elle peut réussir. Pourtant, son talent est indéniable. Malgré ses costumes cousus main et ses choix musicaux qui hérissent les jurés, elle brille sur la glace. Elle s’entraîne avec la rage de vaincre et se hisse tout en haut du podium, au plus grand désespoir des médias, du public et de la fédération, qui rêvent de leur petite « princesse de l’Amérique ». Cette princesse, c’est Nancy Kerrigan. La rivale de Tony est adorée du public, qu’elle rallie à sa cause à coup de rires niais et de grands sourires. Cette histoire, c’est l’histoire d’un système qui met constamment les femmes en opposition, d’une discipline peu clémente qui pointe les différences. Un accident, un procès, une rivalité, et les vies de ces deux femmes se retrouvent bouleversées.

Sur le plateau, les éléments de décor participent à créer cette ambiance « concours de miss ». Paillettes, musique, énergie, tout est au rendez-vous. Une simple table suffit à transporter le public depuis l’appartement miteux de Tonya et de sa mère jusqu’aux pistes de glaces des Jeux olympiques, tout en passant par un diner douteux, des plateaux de télévision et tant d’autres endroits encore. La pièce est parfaitement rythmée, le récit entremêlé de danse, de musique — le travail de Justine Gaucherant est absolument inoubliable — et d’autres moments envoûtants qui émerveillent les spectateur.ices ébahi.e.s. Les Valeureuxses retranscrivent ici parfaitement « l’American Dream », avec ses couleurs pop, sa musique entraînante, ses sitcoms déjantées et ses rêves plus grands que nature.

Mais, comme pour tout autre rêve, il y a forcément un moment où l’on se réveille. Les paillettes ont un prix, et il est cher. Poor white trash, l’affaire Tonya Harding remet en question notre rapport à la grande Amérique, particulièrement dans un contexte social et politique tel que nous le connaissons aujourd’hui. La discipline du patinage artistique est un choix parfaitement judicieux pour représenter cette industrie qui « broie les rêves plutôt quelle ne les réalise ». Un sport où le paraître vaut autant, si ce n’est plus que les capacités. Un sport où l’on devient avide de voir tomber les adversaires. C’est avec une grande justesse que Laura Boisaubert voit l’affaire, à travers un prisme social et politique. Le talent exceptionnel des comédien.nes fait d’autant plus résonner le texte et toutes ses nuances. C’est presque avec répugnance que l’on regarde les journalistes aduler Nancy et écraser Tonya, avec horreur que l’on assiste à la violence que subit Tonya toute sa vie, sans pouvoir rien n’y faire. Cette histoire n' est pas seulement celle de deux rivales rêvant de la médaille d’or, mais celle des inégalités sociales qui créent un déséquilibre d’opportunités. Celle de deux femmes qui se retrouvent malgré elles embarquées dans un système sur lequel elles n’ont aucune emprise. L’une décide de jouer le jeu, l’autre refuse. Le processus décidera en faveur de la première.

Poor white trash : l'affaire Tonya Harding est un spectacle dynamique et pop, aux visuels presque cinématographiques, qui mérite d'être vu et entendu. Une histoire réelle et touchante qui nous rappelle la réalité des inégalités sociales et le coût des rêves dans un monde tel que le nôtre.

À voir absolument au Théâtre des Barriques à 11 h 45 du 4 au 25 juillet – relâche les mercredis.

Infos pratiques

Compagnie :
Les Valeureuxses
Représentation :
23 juillet 2026 à 11:45
Lieu :
Théâtre des Barriques, Avignon (84000)
Durée :
1h15
Public :
à partir de 13 ans
Événement :
Festival OFF d’Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Marceline WEGROWE

Région parisienne

Passionnée d'écriture et de théâtre, être correspondante m'a permis de réunir ce qui me fait le plus vibrer.

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