VIVANT

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  • Texte : Dennis Kelly
  • Traduction : Philippe Lemoine, L’Arche 2012
  • Mise en scène : Olivier Sanquer
  • Interprétation : Antoine Dubois, Laure Extramiana ou Amandine Favier, Stan Gal
  • Chorégraphie : Léa Schneider

J’avais été très impressionnée par le travail du collectif Nacéo dans une pièce de Sarah Kane, Anéantis, qui se jouait aussi pendant le festival d’Avignon, dans un autre théâtre. Pièce que j’ai chroniquée dans VivantMag. J’ai eu la curiosité de découvrir un peu plus avant ce collectif, en allant voir Orphelins. Les deux pièces étaient mises en scène par Olivier Sanquer.
Je n’ai pas été déçue. Et peut-être même encore plus touchée ; cela tient sans doute au thème qu’aborde cette pièce de Dennis Kelly, très actuel, et sous un angle assez surprenant.

La situation est simple. Un couple de jeunes gens, Hélène et Daniel, fête en tête à tête la grossesse de la jeune femme. Ils semblent très amoureux. C’est leur deuxième enfant. Leur premier enfant, un garçon de 5 ans, passe la soirée chez sa grand-mère. Quand, Léo, le frère d’Hélène débarque chez eux. Son tee-shirt maculé de sang. Chaque approximation, chaque contradiction enfonce Léo de plus en plus dans ses mensonges. Jusqu’à ce qu’éclate la vérité ; vérité qui va mettre le jeune couple dans une situation intenable.
Le spectateur va partager avec effroi cette intrusion du réel dans une vie en apparence tranquille, confortable. Car même s’il leur arrive d’être confrontés à la violence au coin de la rue dans ce quartier excentré où ils ont choisi d’aménager, là elle va changer de camp, et grimper de quelques degrés, jusqu’à atteindre le point ultime.
Le metteur en scène a fait le choix d’adapter les noms à notre culture française, et même locale puisque les quartiers ont des noms de quartiers avignonnais. Soucis de réalisme, de crédibilité, de rendre la situation la plus proche possible de notre réalité. Le jeu est vif, organique, les émotions à fleur de peau.
L’interprétation est simplement magnifique. Les trois acteurs sur scène sont remarquables dans l’intensité de leur jeu mais aussi dans la complexité de ce qui les traverse. Ça va vite, et c’est terrible.
La démonstration de ce qu’on pourrait rapprocher de ce que Annah Arendt a nommé La banalité du mal est particulièrement saisissante. Car l’immonde est commis, annihilant toute volonté de résistance. Comment une telle inversion est-elle possible ? Au nom de quels instincts de survie elle répond ? Comment réagirions-nous, nous spectateurs, mis devant de tels dilemmes, dans une situation identique ? Il y a dans cette montée, quelque chose d’inéluctable et d’effroyable. Les mots fusent comme des tirs de mitraillettes, sidérant la pensée. Même la plus rationnelle.
Dennis Kelly expose toutes les questions. C’est comme un argumentaire où rien n’est laissé au hasard. Il décortique les réponses, les triture, en fait de la charpie. L’enfance, les traumatismes, l’abandon, le déterminisme social, la fragilité psychologique, la lâcheté, les pulsions morbides, la protection du territoire et du clan familial. Face à la violence structurelle une violence encore plus grande, individuelle. Il est question d’extrême droite, de racisme, d’influence des médias, de passage à tabac, de vengeance. Jusqu’à l’écœurement. Jusqu’à l’insensé. On en prend plein la figure.

Le décor est plus que minimal. Deux palettes en fond de scène, trois chaises. Tout repose sur les jeux de lumières, le texte et les acteurs.

L’ensemble a la force d’une tragédie. J’en suis sortie sonnée, renvoyée à moi-même, avec l’étrange sensation, inconfortable, presque douloureuse, que ce que je venais de voir ne m’était pas totalement étranger.
Le public s’est levé pour applaudir. Signe d’une émotion réelle.
Du très beau, du très grand théâtre.

Tout public adulte et grands adolescents. Scolaires niveau lycée.

Infos pratiques

Compagnie :
Collectif Nacéo
Représentation :
25 juillet 2026 à 13:25
Lieu :
Théâtre des Barriques, AVIGNON (84000)
Durée :
1 h 20
Public :
Tout public à partir de 15 ans
Événement :
Festival OFF Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Madeleine Esther

Avignon & Creuse

La scène du théâtre a joué un rôle important dans ma vie, et je continue à en faire le tour autant qu'il m'est possible, c'est un des rares lieux résistant qui se permet l'audace d'écrire poétiquement le monde.

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