N’oublie pas que je ne t’oublie pas

Note 3 étoiles

Spectacle de la Compagnie des Bulles et des Grains (56) vu le 29 Mai 2026 à 15 h dans le cadre du festival d’une cour à l’autre à Villeneuve de Berg (07)

 

  • Auteur  :  Sophie Courtois
  • Interprétation : Sophie Courtois
  • Mise en Scène : Eva Cauche
  • Public : Tout public à partir de 10 ans.
  • Durée : 1 h 15

 

Ce spectacle a été découvert dans le cadre du festival d’une cour à l’autre à Villeneuve-de-Berg. Pour sa 12? édition, ce rendez-vous culturel, porté entièrement par des bénévoles passionnés, reste fidèle à ses valeurs de partage, de convivialité et de découverte artistique. Un festival à taille humaine qui favorise la rencontre entre les artistes et le public.

Seule en scène, la comédienne nous ouvre les portes de son histoire familiale. Fille unique, elle raconte le quotidien de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer et de son père touché par une maladie neurodégénérative, Parkinson. Avec une grande justesse, Sophie Courtois incarne tous les personnages de ce récit intime. Elle joue son père, sa mère, mais aussi un médecin un peu décalé, parfois déroutant dans ses explications, dont les mots peinent à éclairer réellement les familles. Une galerie de figures traversée avec finesse, qui donne au spectacle une dimension à la fois réaliste, troublante et parfois légèrement absurde. le spectacle nous entraîne du rire aux larmes, parfois sans transition, jusqu’aux moments de fatigue, de débordement, de « pétage de plomb ». Sophie Courtois y fait le pari d’un dévoilement à cœur ouvert, racontant ce chemin de l’amour filial lorsque la maladie bouleverse les rôles et que la fille devient peu à peu le parent de ses parents. Sur scène, aucun décor. Seulement la comédienne, et parfois un petit carnet. Cet objet, en apparence simple. Elle y consigne des mots, des repères, comme pour retenir ce qui vacille. Ce carnet fait écho à celui que les personnes atteintes d’Alzheimer peuvent faire avant que la mémoire se perde, lorsqu’elles essaient elles aussi de garder prise sur ce qui s’efface. Peu à peu, il devient un lien discret mais profond entre la mère et la fille : l’une qui perd la mémoire, l’autre qui tente de la comprendre en écrivant à son tour, comme pour se glisser dans son monde et ne pas la perdre tout à fait.

Ce qui touche profondément dans ce spectacle, c’est aussi son écho très contemporain. La maladie d’Alzheimer et les pathologies neurodégénératives sont de plus en plus présentes dans nos vies. Ici, le père, atteint de la maladie de Parkinson, perd progressivement son autonomie physique tandis que la mère voit peu à peu son esprit lui échapper. Une réalité qui concerne aujourd’hui de nombreuses familles, dans une société où l’on vit plus longtemps et où l’on se retrouve souvent confronté, de près ou de loin, à ces maladies. Le spectacle met également en lumière la place souvent invisible des aidants. À travers le parcours de cette fille unique, il donne à voir leurs émotions contradictoires, leur fatigue, leurs moments de découragement, parfois même de colère ou d’impuissance, mais aussi leur formidable courage, leur patience et l’amour qui les pousse à continuer d’accompagner ceux qu’ils aiment malgré les épreuves. « N’oublie pas que je ne t’oublie pas » nous rappelle qu’au-delà de la maladie, il y a des vies entières. Des femmes et des hommes qui ont aimé, travaillé, élevé des enfants, ri, dansé, voyagé, construit des projets, avant de voir leurs repères se déliter peu à peu. Cette fragilité interroge profondément notre rapport à la dignité, à la mémoire et à l’identité. Elle nous invite à regarder autrement ces personnes : non pas seulement à travers leur maladie, mais à travers ce qu’elles ont été, ce qu’elles demeurent malgré tout, et ce qu’elles continuent d’être dans le regard de ceux qui les aiment.

Il faut également saluer la performance de Sophie Courtois, qui porte seule ce récit avec beaucoup de justesse et de sensibilité. En choisissant de se livrer sur une histoire aussi intime, elle fait preuve d’un réel courage et d’une grande générosité envers le public. Bravo à la comédienne pour cette interprétation sensible et authentique, ainsi que pour ce témoignage empreint d’humanité, qui éclaire avec pudeur et humour un sujet qui nous concerne tous. Un spectacle profondément humain, sensible et lumineux, qui laisse une empreinte durable.

Claire Thomas

 

 

 

 

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