Un spectacle produit par la Cordonnerie (69) et vu le 24 mars au Théâtre du Rond-Point (75) à 19H30.
- Texte, réalisation et mise en scène: Métilde Weyergans et Samuel Hercule
- Sur scène : Métilde Weyergans, Samuel Hercule, Thimothée Jolly, Mathieu Ogier.
- A l’écran : Méthilde Weyergans, Valentine Cadic, Marin Moreau, Benoît Moreira Da Silva, Katell Jan, Aurélia Petit, Pasquale d’Inca, Chloé Chomis, Louis Pagès…..
- Musique originale : Thimothée Jolly, Mathieu Ogier.
- Création sonore : Adrien Bourget (+ régie) et Nicolas de Gélis.
- Conception masques : Adèle Ogier
- Assistanat à la réalisation : Kévin Soirat et Louise Pagès
- Genre : ciné-spectacle
- Public : tout public
- Durée : 1H25
J’ai la mémoire qui flanche ! La Cordonnerie était à l’affiche au Rond-Point. J’aime tellement leur univers que j’ai réservé. Le spectacle commence et je réalise que je l’ai déjà vu. Quelle chance que de pouvoir le revoir !
« Ne pas finir comme Roméo et Juliette » est un conte en trois parties. Il se déroule dans un Etat supposé imaginaire, séparé en deux par un pont que jamais personne ne franchit. D’un côté le monde des invisibles, de l’autre celui des visibles ; d’un côté une jeune championne de ping-pong qui prend la relève de son père mourant, de l’autre un homme solitaire, rêveur, nègre shakespearien pour le compte de la star radiophonique de l’astrologie. C’est parce que le père a précisé dans ses dernières volontés son désir de revoir la mer que Romy transgresse l’interdit et rencontre Pierre.
Ce synopsis, beaucoup plus complexe une fois déroulé, est admirablement servi par le ciné-spectacle qui est la marque de fabrique de la Cordonnerie. Toute la trame narrative est filmée avec minutie. On ne sait quelle malédiction a frappé le monde des invisibles mais on voit qu’eux-mêmes ne supportent leur existence qu’à la condition de porter une sorte de masque gris qui épouse une enveloppe charnelle vide. La lumière est terne et contraste avec celle du monde des visibles. Le film est muet. La voix est portée sur scène par Métilde Weyergans et Samuel Hercule. L’ensemble des bruitages aussi. La plupart sont réalisés sur la table de ping-pong, centrale, à partir de quelques accessoires préalablement déposés ou qui descendent des cintres. Certains sont totalement géniaux comme le paquet de semoule déversé dans un parapluie pour rendre le son du ressac. Le conte, tel un morceau de musique, est décomposé en quatre pistes : l’image projetée, la voix, le bruit mais aussi la musique jouée en live sur deux praticables à cour et à jardin. Chacun joue sa partition et l’ensemble compose une poésie totale, très intense en émotions. Tout est calé au cordeau, sans fausse note et dans une harmonie totale grâce au travail d’orfèvre de l’ingénieur son.
« Ne pas finir comme Roméo et Juliette » est un spectacle complet et qui transporte bien au-delà de la représentation. Il ne se raconte pas : il se voit et s’entend. C’est tout simplement beau.
Catherine Wolff