Monstre-moi – un thriller saisissant

Monstre-moi – un thriller saisissant

Marceline WEGROWE
VIVANT

Votre compagnie est citée dans cette chronique ?

Revendiquez-la pour la retrouver dans votre espace compagnie.

  • De : Laëticia Leroy
  • Mise en scène : Laëticia Leroy
  • Avec : Chloé Angevin, Clara Hertz
  • Lumières : Jacques Lainé
  • Musique : Alexis Vanderhaegen, Carl
  • Photographie : Lisa Sotiropoulos

Avez-vous déjà vu un thriller au théâtre ? Voilà la phrase qui tourne dans les esprits de toustes les spectateur.ices alors qu’iels prennent place dans la longue salle de l’Oriflamme. Cette promesse donnée par le spectacle, tout inattendue quelle est, est tenue avec brio par la compagnie Soleil noir.

Aline Warnant est arrêtée par la police et accusée d’avoir tué au minimum sept femmes. Elle est infirmière à domicile pour personnes âgées. Afin de déterminer la tournure que va prendre le procès, Aline doit être évaluée. Elle rencontre alors France Quint, psychiatre. Les deux femmes s’affrontent alors dans un huis clos haletant. Plus elles se rencontrent, plus elles ressentent un étrange lien qui les unit. Laëticia Leroy nous offre un thriller psychologique dérangeant et captivant comme on n’en a jamais vu au théâtre. Quelles sont les limites de notre humanité ? Les monstres naissent-ils monstres ou le deviennent-ils ?

Sur le plateau, une longue table entourée de chaises trône sur une estrade lumineuse. Cette installation fixe, seul élément de décor, représente tour à tour la salle d’entretiens où les femmes se retrouvent, et l’appartement de la psychiatre. Les deux tableaux, alternés au rythme du récit, sont très distincts, bien que le décor en soi ne change pas. C’est ici que le travail brillant autour de la lumière délimite les deux espaces. La salle d’entretien de la prison est plongée dans une lumière blanche et froide, presque chirurgicale. Parallèlement, l’appartement de France est baigné d’une lumière chaude et accueillante. Ce dispositif marque une coupure très nette entre les deux tableaux et plonge ainsi le public dans une immersion totale dans l’histoire. Cette mise en scène épurée permet de porter toute l’attention sur le texte et sur les liens qui se créent dans les échanges subtils entre les personnages. Pourtant simple, le visuel global de Monstre-moi est si intense qu’il en devient presque cinématographique.

L’histoire est infusée de faits réels et de nombreuses recherches menées par l’autrice et dont elle s’est inspirée. Bien que le récit soit fictif, il n’en est pas moins solide. On est presque prêt.e.s à croire que tout est vraiment arrivé et qu’on assiste à un nouveau documentaire sur la dernière tueuse en série. Comme c’est le cas pour ces documentaires, on en ressort la tête pleine de questions. Qui sont les monstres ? N’importe qui pourrait basculer dans la folie ? A-t-on toustes un monstre qui sommeille au fond de nous ? Monstre-moi est une profonde réflexion sur la nature humaine, sur les relations de pouvoirs et de domination, sur la manipulation, sur la folie. Les personnages de la pièce — trois femmes — sont toutes complexes et profondes, pleines de fissures et de contradictions. C’est un réel plaisir de voir des personnages féminins, particulièrement dans le genre du thriller, sortir des carcans des clichés auxquels on est habitué.e.s. Monstre-moi est un spectacle unique. On en sort presque abasourdi.e.s et secoué.e.s par la tension créée sur ce plateau. La pièce joue avec ses spectateur.ices, sème constamment le doute. On en vient à se demander ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. La temporalité est brouillée, certaines scènes se font écho, les certitudes nous filent petit à petit entre les doigts. En sortant du théâtre, on en vient presque à se demander si la folie n’était pas en nous depuis le début.

Est-il possible de faire du thriller au théâtre ? La réponse est un grand oui. C’est le défi que s’est lancé la compagnie Soleil noir, et elle le remporte haut la main. Alors, à toustes les amateur.ices de thrillers, de psychologies, de documentaires Netflix sur les tueur.euses en série — et même à n’importe qui qui souhaite passer un moment inoubliable — foncez !

Un spectacle à retrouver à l’Oriflamme du 4 au 25 juillet — relâche les jeudis — à 20 h 35.

Infos pratiques

Compagnie :
Soleil noir
Représentation :
15 juillet 2026 à 20:35
Lieu :
L’Oriflamme, Avignon (84000)
Durée :
1h10
Public :
à partir de 14 ans
Événement :
Festival OFF d’Avignon 2026

Partager

Chroniqueur·euse

Marceline WEGROWE

Région parisienne

Passionnée d'écriture et de théâtre, être correspondante m'a permis de réunir ce qui me fait le plus vibrer.

Voir son profil & toutes ses chroniques