Mémoire de fille

Mémoire de fille

Madeleine Esther
VIVANT

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  • Mise en scène : Violette Campo
  • Interprétation : Violette Campo, Lisa Garcia
  • Collaboration artistique : Agnès Claverie
  • Création lumière : Laurent Paris

Mémoire de fille est une vraie réussite ! D’abord parce qu’il s’agit de prendre le risque de la littérature. Et qu’on se dit qu’il faut être sacrément culottée pour relever le défi. Hé bien ici, il n’y a pas de doute ! Théâtre et littérature s’épousent parfaitement. C’est suave, puissant, exigeant et tout à la fois excitant.

Il y a une évidence étrange à voir s’incarner le personnage du livre d’Annie Ernaux sur scène. Tout d’un coup, elle apparaît. C’est elle. Elle. Cette fille, c’est elle. Toute pleine d’elle-même, de sa jeunesse, de son désir, de sa vie qui commence. Elle a 17 ans et une obsession en cet été 1958, vivre une histoire d’amour. Coucher pour la première fois avec un homme. Et se libérer de son hymen.
A travers cette jeune fille, c’est le portrait des années 50 en France qui surgit, où le corps des femmes était aliéné à la figure patriarcale. Les femmes devaient obéissance aux pères, le sien en tant que fille, celui des cieux en tant que catholique, et celui de l’enfant qu’on portait dans son ventre quand on devenait mère. Et qu’il valait mieux avoir épousé avant pour ne pas être traitée de putain et être stigmatisée.
Les deux actrices sur scène sont tout simplement incroyables de vérité, chacune à sa manière. L’une, l’écrivaine au soir de sa vie, qui s’attèle à cette tache de la réminiscence, porte en elle une lumière tamisée, concentrée sur elle-même, douce et déterminée, bienveillante. L’autre, solaire, habitée d’une vie débordante de certitudes et d’appétits voraces du monde. On l’entend grésiller et se consumer sur le gril de cet été incandescent.
Deux en une. Celle d’avant, et celle de maintenant. Celle de maintenant faisant revivre celle d’avant par l'écriture, pour l'écriture. Pour se réconcilier avec elle ? Enfin ?

Une série de paravents géométriquement ordonnés donne à ce petit plateau sur lequel a lieu la représentation, une impression de profondeur de champ très efficace.
La mémoire n’est-elle pas à cette image ? Faite de passages, d’ouvertures et de fermetures. De points aveugles. Parfois on reste bloqués sur le palier, l’image est floue, le souvenir imparfait, lointain, la conscience peine à retrouver les détails enfouis. Parce que trop douloureux ? Que veut-on ne pas voir ? Ne pas se souvenir ? Laisser dans l’oubli ? Une honte ? Une lâcheté ? Une humiliation ? Un trop plein de plaisir ?
C’est de tout ça dont nous parle Mémoire de fille. Des moments de notre vie, où nous rêvions d’être sublimes et où le réel a infligé à notre orgueil tout puissant une chute vertigineuse et salutaire.

Le public nombreux a au fur et à mesure oublié d’agiter les éventails en cette très chaude journée de juillet en Avignon. Un silence suspendu, attentif à chaque parole, a traversé la salle. Comme subjugué par ce qu’il entendait là, par ce qu’il voyait. Entendre avec autant d’impudeur une telle intimité de soi ! L’émotion était perceptible. Les gorges nouées. Les larmes au bord des paupières. Et pourtant, toutes les générations étaient présentes de trente à quatre-vingts ans, peut-être au-delà. Hommes et femmes pareils.
Un très beau moment de théâtre. Un grand merci pour cette audace artistique et cette belle exigence de jeu et du verbe.

A tout public bien sûr ! Mais particulièrement aux adolescents, et scolaires lycées.

Pendant le festival d'Avignon du 4 au 25 juillet 2026. Relâche les 9, 16 et 23 juillet.

Infos pratiques

Compagnie :
Théâtre les pieds dans l’eau
Représentation :
13 juillet 2026 à 11:15
Lieu :
Présence Pasteur, Avignon (84000)
Durée :
1 h 10
Public :
Tout public à partir de 14 ans
Événement :
Festival OFF Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Madeleine Esther

Avignon & Creuse

La scène du théâtre a joué un rôle important dans ma vie, et je continue à en faire le tour autant qu'il m'est possible, c'est un des rares lieux résistant qui se permet l'audace d'écrire poétiquement le monde.

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