Médusée – les serpents réclament justice

Médusée – les serpents réclament justice

Marceline WEGROWE
VIVANT

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  • De : Léna Bokobza-Brunet
  • Avec : Léna Bokobza-Brunet, Pauline Chagne, Léa Moreau
  • Direction artistique : Léna Bokobza-Brunet
  • Lumières : J. Baudouin
  • Régie : E. Loève
  • Collaboration artistique : L. Loyer-Kassa, F. Beauderon

Alors que les spectateur.ices entrent dans la salle, une voix grave s’élève des profondeurs du plateau. Tout ce que l’on distingue dans la pénombre, ce sont de longues formes et colorées qui se balancent du plafond. Au gré du vent, elles serpentent. Une ambiance mystique, irréelle, vibre dans la salle du Théâtre 11.

Léna Bokobza-Brunet raconte son histoire en la mêlant à celle de Méduse. Méduse et Médusa — la persona drag-queen de Léna Bokobza-Brunet — se mélangent et se font écho pour ne faire qu’une. Médusa est Méduse, et, aux côtés de ses sœurs gorgones, elle nous raconte son histoire. Elle nous parle de ses serpents, de son regard pétrifiant et de la grotte dans laquelle elle s’est réfugiée. Aujourd’hui, Médusa réclame justice. Dans sa forme hybride et unique, mélange de cabarets pop et de récits mythologiques, Médusa et ses sœurs nous chantent un récit où les rêves, les combats, les viols, la métamorphose et la sororité se mélangent.

Médusée est une pièce unique, autant dans son fond que dans sa forme. L’ambiance cabaret, show drag-queen sur rythme de chansons pop et entraînantes, entre en collision avec une critique juste et poignante de la culture du viol. Le résultat est un spectacle qui coupe le souffle, une gifle suivie d’une caresse. La souffrance, la peur et la honte sont contrebalancées par la douceur, la tendresse et l’amour. L’amour de soi, l’amour des autres, la sororité. Médusa nous invite dans sa grotte. Au fond du plateau, on distingue les murs rocheux et la fente qui servent de sortie et que, peut-être, elle osera un jour franchir. À l’avant de la scène, les sœurs gorgones et musiciennes, Pauline Chagne et Léa Moreau, sont également les magiciennes de la musique. La première à la harpe électrique et la seconde à l’ordinateur, elles participent toutes deux à créer dans la salle cette ambiance si spéciale et touchante. Elles accompagnent l’époustouflant texte de Léna Bokobza-Brunet, qui, ainsi entouré de musique et de douceur, résonne avec puissance.

Le talent exceptionnel des trois artistes sur scène brille aussi fort qu’une boule à facette. Elles chantent, elles dansent, elles emportent avec elles le public dans leur révolte pailletée. Le spectacle en lui-même est un geste fort, un geste politique qui s’oppose au patriarcat grandissant, aux injustices que subissent constamment les femmes qui tentent d’obtenir justice. Athéna, comme la justice, ferme les yeux. Mais c’en est fini. La honte doit changer de camp. Athéna punissant la victime et non l’agresseur, ne doit plus être. Médusa et ses sœurs démontrent le pouvoir de la sororité, la force inébranlable qui en découlent. Ensemble, elles peuvent tout faire. Ensembles, elles peuvent se battre, si elles le souhaitent, et reconstruire, apprendre à aimer leurs serpents, apprendre à s’aimer à nouveau. Avec cette pièce, Léna Bokozba-Brunet refuse leur indifférence. Elle impose son histoire, sa parole, il n’est plus question de détourner le regard. Vous allez toustes plonger vos yeux dans ceux de Méduse, et vous verrez, personne ne se changera en pierre.

Médusée est un spectacle d’utilité publique. Il rassemble, réchauffe les cœurs et panse les blessures. Médusée, c’est une lettre d’amour de Léna Bokobza-Brunet à ces femmes que l’on n'a pas entendues, que l’on n’a pas écoutées, que l’on n’a pas regardées. Elle dit : « Vous n’êtes pas seules ». Elle nous partage ce récit intime, pour toustes celleux qui auraient besoin de l’entendre. À travers ses talents pluridisciplinaires, Léna Bokobza-Brunet réalise l’exploit de créer un récit qui est à la fois personnel, même autofictionnel, et pourtant universel. Gossip Girl, Titanic, Twilight, et tant d’autres encore, toutes ces références à la culture populaire ne font que renforcer le lien qui se crée entre Médusa et ses spectateur.ices. C’est un magnifique moment de partage et de communauté que crée la compagnie Ultimato. On en ressort secoué.e.s, avides de justice, révolté.e.s, mais aussi réchauffé.e.s, conforté.e.s, et avec des airs de Cher plein la tête.

Un spectacle à voir absolument, du 4 au 23 juillet — relâche les 10 et 17 juillet —, à 20h20 au 11.

Infos pratiques

Compagnie :
Ultimato
Représentation :
21 juillet 2026 à 20:20
Lieu :
Le 11, Avignon (84000)
Durée :
1h25
Public :
à partir de 14 ans
Événement :
Festival OFF d’Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Marceline WEGROWE

Région parisienne

Passionnée d'écriture et de théâtre, être correspondante m'a permis de réunir ce qui me fait le plus vibrer.

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