MECANIQUE D’UNE FAMILLE

MECANIQUE D’UNE FAMILLE

Brieuc
VIVANT

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  • Auteur : Martin Kindermans
  • Mise en scène : Martin Kindermans
  • Comédiens : Marion De Schrooder, Valentine Daruty, Thomas De Fouchécour

Avec Mécanique d’une famille, le jeune auteur Martin Kindermans, d’origine argentine par sa mère, s’empare d’un pan douloureux de l’histoire de ce pays : celui des enfants volés durant la dictature militaire.

L’action se déploie entre Buenos Aires en 2009, dans l’intimité apparemment ordinaire d’un dîner de retrouvailles, et les flashbacks des années 1970, au cœur des années sombres du régime. Ce va-et-vient temporel fait surgir, derrière la situation familière d’un repas partagé, une mémoire tragique longtemps enfouie.

Soledad et Constanza ont grandi comme deux sœurs. Elles ont partagé l’enfance, les repas, les silences, les gestes du quotidien, avant que la vérité ne vienne fissurer tout ce qu’elles croyaient savoir de leur histoire. L’une est une enfant arrachée à sa famille biologique par le régime militaire ; l’autre est la fille d’un officier lié à ces crimes. Leur lien familial, construit dans l’affection, se révèle alors traversé par la violence politique, le mensonge et la culpabilité héritée.

Dix ans après la révélation de leurs origines, les deux femmes se retrouvent face à face pour la première fois. Autour de la table, ce ne sont pas seulement deux trajectoires individuelles qui se confrontent, mais deux mémoires irréconciliables : celle de la victime et celle de l’enfant du bourreau. La pièce interroge ainsi la possibilité de se parler encore lorsque l’Histoire a contaminé l’intime, lorsque la famille devient le lieu même de la fracture.

À travers cette rencontre tendue, la pièce explore les liens du sang, les liens du cœur, et cette zone trouble où l’amour, la dette, la honte et le besoin de vérité s’entremêlent. Une œuvre sur la mémoire, la filiation et les dégâts invisibles que les crimes d’État continuent de produire bien après la fin des dictatures.

La scénographie de Mécanique d’une famille, signée Salma Bordes, repose sur un décor volontairement simple : l’intérieur d’un appartement contemporain, presque banal, structuré autour d’un bar et d’une fenêtre en fond de scène. Mais cette fenêtre devient l’élément central du dispositif. Elle ouvre symboliquement sur le passé et fait dialoguer les deux temporalités du spectacle : le présent des retrouvailles et les souvenirs liés à la dictature argentine. Grâce au jeu des transparences et des ombres, les figures du passé apparaissent sans jamais tout dévoiler, laissant planer une part de pudeur et de mystère. La scénographie permet ainsi de faire surgir la mémoire au cœur même de l’espace intime.

Je recommande chaudement ce spectacle, d’abord pour le thème puissant qu’il aborde : celui du « Nunca Más », expression espagnole signifiant « plus jamais » . Cette formule est notamment associée à la mémoire des dictatures en Amérique latine, et plus particulièrement à l’Argentine après la dictature militaire de 1976 à 1983.

Mais la force du spectacle tient aussi au jeu subtil et au talent des trois comédiens. Les échanges vifs entre les deux protagonistes féminines prennent la forme de véritables joutes verbales, traversées par des émotions intenses, de la colère à la tristesse. Et si le sujet reste profondément dramatique, la pièce parvient aussi à offrir quelques respirations plus légères, grâce à des touches d’humour bien dosées et à des répliques particulièrement savoureuses.

A voir au festival d’Avignon tous les jours – 17H35 à l’Oriflamme – sauf les jeudis 9, 16 et 23 juillet.

Infos pratiques

Compagnie :
LE PETIT MANTEAU JAUNE
Représentation :
4 juin 2026 à 17:35
Lieu :
théâtre l’Oriflamme, Avignon (84000)
Durée :
01h10
Public :
tout public
Événement :
Festival Off 2026
Contact :
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Chroniqueur·euse

Brieuc

Gard / Vaucluse / Bouches-du-Rhône

Fasciné par la manière dont le corps devient le vecteur d'émotions, de récits et d'idées, je trouve dans l'art vivant un langage universel qui parle à la fois à l'âme et aux sens.

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