Manières d’être vivant

Note 3 étoiles

Spectacle de la Compagnie Manger le soleil (26), vu le 8 avril 2026 à la MC93 à Bobigny (93) 

  • Texte : Baptiste Morizot
  • Mise en scène, conception, écriture : Clara Hédouin
  • Co-écriture et dramaturgie : Romain de Becdelièvre
  • Jeu : Loup Balthazar, Clara Hédouin, Baptiste Drouillac, Adrien Guiraud, Manon Hugny, Maxime Le Gac-Olanié
  • Création lumière : Elsa Revol
  • Création sonore : Manuel Coursin
  • Genre : Théâtre contemporain
  • Public : Tout public
  • Durée : 2h

Après les splendides adaptations des romans Les Trois Mousquetaires puis de Que ma joie demeure en extérieur, la metteuse en scène Clara Hédouin s’empare de Manières d’être vivant, un texte philosophique de Baptiste Morizot.

Sur le plateau, quasiment nu, un feu crépite. Les six acteur·rice·s semblent attendre pour nous embarquer dans leur enquête. Nous les rencontrons en haute montagne, c’est la nuit, dans le massif du Vercors. Ces pisteurs et pisteuses partent à la recherche du loup, dans la neige. Il s’agit ici d’une quête physique, concrète, mais également d’une quête sensible et philosophique.

Pour réussir à mettre en scène la pensée, Clara Hédouin choisit de nous placer à l’intérieur d’un cerveau et de faire incarner plusieurs de ses facultés : l’attention, le doute, la curiosité, le raisonnement, la poésie et l’empathie interspécifique. Les humain·e·s poursuivent la meute, entendent les cris des loups, à la tombée de la nuit. Que se disent-ils ? Quelle est leur fonction ? Face au cri de l’Autre, le cerveau humain et ses facultés se trouvent dans une impasse : l’Autre apparaît dans son étrangeté la plus totale.

Progressivement, l’enquête avance, les idées philosophiques infusent la salle. Nous découvrons que nos gestes les plus quotidiens – serrer dans ses bras quelqu’un que l’on aime, par exemple – ne sont pas des inventions humains mais bien des héritages d’autres animaux. Les « ancestralités animales » sont autant de « dispositions » déposées en nous à différents moments de notre histoire évolutive, et qui, loin de nous déterminer, fondent notre liberté d’action.

La beauté de ce spectacle réside dans l’expérience du sensible qu’il convoque. Autour du feu, la nuit, les flocons de neige aux pieds, monte en nous cette émotion universelle, immense, de nous savoir entouré·e·s par des milliers d’espèces, par d’autres présences, par d’autres manières d’être vivante·s. Clara Hédouin, habituée au travail du dehors, réussit ici à peupler le théâtre de présences étranges et étrangères et à faire surgir le trouble.

Anne-Charlotte Mesnier

 

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