LILITH

Note 3 étoiles

Spectacle de la Compagnie i (13), vu le 22 janvier 2026 à 15 h  dans le cadre des invitations professionnelles du  Théâtre Artéphile en Avignon (84).

  • Écriture & interprétation : Coline Morel
  • Regards exterieur et complice : Sabine Anciant, Emmanuel Cheau
  • Musique : Marc Bour
  • Photos et Visuel : Kevin Faroux
  • Type de public : Tous publics à partir de 12 ans
  • Genre : Seul en Scène, Théatre d’objet
  • Durée : 60 minutes

Lilith, première femme du monde, créée avant Ève, surgit ici à partir des récits de la Genèse librement revisités. Dès les premières minutes, la comédienne engage une interaction ludique et joyeuse avec le public, comme pour nous prévenir de ce qui nous attend. Se présentant en professeure d’anglais, elle mêle avec malice français et anglais, interpelle la salle, joue avec nous comme avec une classe d’élèves, et nous raconte l’histoire de Lilith. Le ton est immédiatement donné : le spectacle sera déjanté, burlesque, porté par un rire franc et libérateur. Sur scène, une seule comédienne et un décor minimal — une petite table aux tiroirs débordants d’objets — suffisent à faire naître un univers foisonnant, profondément humain.

Dans ce seul en scène burlesque et pimenté, la comédienne endosse tous les rôles : Lilith, Adam, Ève, Dieu parfois, avec une énergie folle et une inventivité constante. Elle remonte le temps, brasse les mythes, les détourne, les secoue, pour mieux parler de nous, des relations femmes-hommes, du désir, du pouvoir, de la norme et de ce qui déborde. Le rire est omniprésent, franc, libérateur, et n’empêche jamais la pensée ; au contraire, il l’accompagne. Dès les premières minutes, une interaction joyeuse et ludique s’installe avec le public. Cette adresse directe crée une complicité immédiate et donne au spectacle une vitalité réjouissante. Portée par cette relation vivante avec la salle, la comédienne déploie une énergie communicative, généreuse, tenant le plateau seule pendant près d’une heure sans jamais faiblir. Autour d’une simple petite table, véritable terrain de jeu, elle fait surgir personnages et situations en piochant dans ses tiroirs une multitude d’objets. Le décor est minimal, mais l’imaginaire, lui, explose. L’ensemble se déploie dans un joyeux chaos parfaitement maîtrisé.

Tout est mené sur le fil d’un humour débridé, d’une folie assumée, mais toujours avec une grande finesse. Si Lilith apparaît insoumise, ardente, indocile, ce n’est pas tant la question de la rébellion qui est posée que celle de la liberté. Une liberté d’être soi, entière, désirante, joyeuse, hors des cadres imposés. Le spectacle rappelle avec légèreté et intelligence qu’il n’est pas question d’opposer soumission et insoumission, mais d’oser exister pleinement.

Ce qui m’a plu dans ce spectacle, c’est qu’il est profondément attachant. Derrière la démesure, on sent une grande humanité. Les relations femmes-hommes, le désir, la domination, les incompréhensions sont abordés sans pesanteur, par le rire, la dérision et l’excès. Et c’est précisément ce qui fait du bien : pouvoir regarder ces sujets sensibles avec humour, sans renoncer à leur profondeur. On rit énormément, on se laisse emporter par ce tourbillon d’humanité et de fantaisie, et l’on ressort le cœur léger, stimulé, joyeusement bousculé.

Un immense bravo à cette  Coline Morel, comédienne fabuleuse, dont la folie joyeuse, l’humour et l’engagement font un bien fou, et qui nous transmet, avec une générosité rare, une énergie résolument positive et libératrice.

Claire Thomas

 

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