L’Etrangère

L’Etrangère

Valérie DESBROSSE
VIVANT

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  • Jean Baptiste Barbuscia – Mise en scène
  • Marion Bajot – Interprétation
  • Fabrice Lebert – Interprétation
  • Benjamin Landrin – Musique
  • Sébastien Lebert – Création lumière

La pièce commence avec ce professeur au centre du plateau, qui semble faire les cent pas autour de son bureau. Oui, il est en doute et on le ressent. Le cours évoquera « L’Etranger » d’Albert Camus, mais comment donner envie aux élèves de traverser ce roman célèbre ? Puis, une élève arrive, Marie. La seule élève pour tout le cours de ce « prof raté » dira-t-elle.
Marie propose de revisiter l’œuvre d’un point de vue différent. Pourquoi ne pas retraverser le roman à travers le regard de Marie Cardona, l’amante de Meursault, présente du début à la fin de l’œuvre ? Très peu mise en avant dans l’histoire par rapport au reste de l’ensemble des personnages, l’élève propose une véritable enquête de « L’Etranger » à partir d’un personnage féminin.
Cette enquête partira de ce mot laissé par Marie Cardona dans un des exemplaires de "L'étranger ».
On ne pourrait l’écrire ici, on ne souhaite pas enlever toute la surprise du spectateur de découvrir cette intrigue.
Mais quelle belle idée que de revisiter un tel roman avec un personnage secondaire et de permettre aussi de redonner une place à tous les autres personnages. Ou comment se replonger dans les souvenirs d’un roman lu il y a longtemps à travers des personnages qu’on n’aura peut-être pas assez remarqués et qui, pourtant, font et forgent l’histoire : La mère, Sintès, Le voisin et son chien, Masson, ….
Contre l’idée au départ, puis ensuite plus dubitatif, le professeur finira par se laisser prendre au jeu. Finalement entre fiction et réalité, il se travestira dans tous les personnages masculins secondaires du roman qui ont une incidence directe ou indirecte sur « l’affaire » dont il est accusé. Autant dire que le professeur joue beaucoup de rôles car comme le dit bien l’élève Marie, il y a dans ce roman encore une majorité d’hommes et la femme est finalement très peu visible. C’est elle, l’élève, Marie, qui jouera Marie, la Marie du Roman et jouera de cette confusion parfois, bien pensé et bien jouée.

A travers une mise en scène rythmée et énergique, les deux comédiens interprètent avec aisance et fluidité différents personnages du roman et tentent d’envisager l’histoire sous un nouveau jour.
On apprécie aussi la maîtrise des allers-retours entre l’écriture de Camus et une écriture moderne avec le langage du professeur et celui de cette jeune élève qui le déconcerte par moment. En terme de scénographie, c’est sobre et très efficace ; le bureau du professeur au centre et ce grand panneau d’affichage derrière ou celui- ci écrira « L’ETRANGER » qui deviendra « L’ETRANGERE » avec la proposition de Marie. C’est en compilant cette scénographie à une ambiance musicale intense et des jeux de lumière très précis que nous plongerons complètement dans cette « nouvelle » histoire. Sans donner trop de détails sur le final, je ne peux m’empêcher d’exprimer l’intensité et la tendresse qu’on retrouve dans la dernière scène. Moi qui suis sensible aux fins (et parfois trop déçue à ce sujet) j’ai apprécié l’idée et cette mise en scène où nous public finalement nous sommes pris au jeu.

J'ai passé un très bon moment, je n'ai donc pas été suprise que ce soit complet et qu'il y ait autant de personnes qui s'inscrivent sur la liste d'attente espérant avoir une place en dernière minute. Il reste 2 représentations au festival, alors courrez’y pour plusieurs raisons ; que ce soit pour l’amour de ce roman si célèbre, pour l’amour du théâtre, pour l’amour du jeu des comédiens ou même pour l’amour tout court,….

J’exprimerai ici aussi un sentiment particulier pour moi puisque j’ai rencontré Fabrice Lebert, le comédien, lors de mon premier atelier amateur en 2019, qu’il menait avec Aïni Iften et que nous avons présenté sur ce même plateau. Et la comédienne, Marion Bajot, que j’ai eu la chance de rencontrer en 2025 (Formation théâtre) lorsque 7 ans après mon atelier avec Fabrice, je me lance dans mon projet de comédienne professionnelle.
Et en les voyant, je sais que c’est ce que je veux faire.
Merci à vous deux
Bonne fin de festival à toute l’équipe du Balcon

A tout public mais aussi en particulier à des collégiens et lycéens qui ont eu pour lecture (imposée peut-être) "L'Etranger".

Du 4 au 25 juillet. Relâche les 9, 16, 23 juillet, à 13h30 au Théâtre du Balcon

Infos pratiques

Compagnie :
Serge Barbuscia
Représentation :
22 juillet 2026 à 13:30
Lieu :
Théâtre du Balcon, Avignon (84000)
Durée :
1h10
Public :
Tout public à partir de 10 ans
Événement :
Festival OFF D'Avignon 2026

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Chroniqueur·euse

Valérie DESBROSSE

Vaucluse

J'aime l'effet du spectacle vivant que je ne retrouve nulle part dans les autres arts : celui qui bouscule, qui nous fait exploser de rire, qui nous remet en question, qui nous fait pleurer, ou parfois même nous fait avancer sur notre propre chemin personnel…

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