Spectacle de la compagnie Les Framboisiers (59) vu le 22/03/2026 à 16h au Théâtre Le Chapeau Rouge (84)
- Mise en scène : Imago des Framboisiers
- Écriture : Charles Baudelaire
- Artistes : Jean-Baptiste Sieuw, Delphine Thelliez, Julia Huber, Léa Duquesne
- Type de public : À partir de 15 ans
- Avertissement : Nudité scénique
- Genre : Théâtre, Poésie contemporaine
- Durée : 52 min
Valeur ajoutée : Dégustation thé + tartine de confiture ; rencontre avec les artistes avant scène
À peine le spectateur s’assoit dans la salle qu’il se trouve dans un salon. Le théâtre Au chapeau rouge permet cette proximité immersive. Il n’y a pas de vie pour le moment, aucun signe humain, juste des objets d’un autre siècle. Et il y a cette chaise longue au fond de la scène couverte d’un tissu rouge qui retient mon attention. Elle est vide mais amène une forme de prestige. Puis la scène se remplit avec les quatre acteurs qui nous invitent dans un voyage.
Tout du long aucun objet ne va être déplacé ou très peu. Nous allons rester dans une pièce qui est semblable à un salon où l’on invite des amis, des compagnons. Mais cette même pièce va être comme transportée à travers le globe. Dans les premiers instants du récit, je ressens que je suis transporté en Afrique du Nord où l’image de l’albatros nous fait comme voler dans les airs. Ça me fait penser aux contes des Mille et une Nuits et d’Aladin avec son tapis volant.
Il y a une chaleur ambiante qui se dégage au fur et à mesure. Sûrement encore une fois par la proximité du public et de la scène mais surtout par la profondeur du récit. Puisque tout va très vite, l’on passe de séquence en séquence avec une forme de frénésie. Ce qui va très bien avec le personnage de Baudelaire qui est reconnu pour ses excès.
Une vitesse qui à un moment donné bascule. J’ai été imprégné par la scène qui traite de la dépression. La lumière projetée sur le visage du poète est à ce moment là verte. Ce qui est poignant. Elle provoque un vertige. Un moment dans la vie du poète où il y a peu de vie, peu de volonté. Cette lumière évocatrice et merveilleusement choisie est de nouveau présente dans la séquence sur le temps. Un temps qui file à vive allure et qui transforme l’humain comme une bestiole. Il court, court, s’arrête et devient fou. Et en même temps, davantage lucide.
Un moment fort qui m’a beaucoup parlé est cet instant choisi relatif à la mer. Il me parle particulièrement puisque j’ai moi aussi écrit un poème sur cet élément quand j’étais face à la mer à Gènes en janvier de cette année. Ici le poète est face au public, seul sur scène et parle avec poésie de cette reliance entre l’âme de l’eau et de l’humain. Il parle de cette énergie qui est force de volonté. Et qui parle de voyage. C’est un contraste assez fort entre les scènes du temps et de la dépression et celle-ci.
Cette création scénique est une fièvre sur la puissance de la vie. Le temps et la mort font partie du scénario mais finalement l’amour est encore plus fort.
Yann Stöhr