Les filles aux mains jaunes

Les filles aux mains jaunes

Claire Thomas
VIVANT

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  • Autrice : Michel Bellier
  • Mise en Scène : Alexander Liebe
  • Comédiennes : Love Bowman, Nolwen Cosmao, Alicia Rousseau, Lucile Roux-Baucher
  • Costumes : Rose Merle et Alicia Rousseau
  • Graphisme : Eduardo Péreira

Avant même que le spectacle ne commence, un léger contretemps technique a retardé l'entrée en salle de quelques minutes. Loin d'être un désagrément, cette attente s'est transformée en un joli moment d'échange avec d'autres spectateurs. Nous avons parlé théâtre, spectacles, émotions, découvertes… C'est aussi cela, le Festival d'Avignon : des rencontres spontanées entre passionnés, des conversations qui naissent naturellement parce que l'on partage le même amour du spectacle vivant. Une belle manière d'entrer, déjà, dans l'univers de la pièce.

Plongée dans la Première Guerre mondiale, la pièce nous entraîne au cœur d'une usine d'armement où quatre femmes fabriquent des obus. Le contact quotidien avec le TNT, un produit hautement toxique qui jaunit leurs mains, devient le symbole d'un sacrifice silencieux : celui de ces femmes qui remplacent les hommes partis au front, au péril de leur santé .Mais au-delà de cette réalité historique, la pièce raconte surtout une rencontre. Celle de quatre destins, de quatre personnalités profondément différentes. L'une est cultivée, engagée et revendique le droit des femmes à disposer de leur vie. Une autre ne rêve que d'amour et de mariage, avec une joie de vivre communicative. Les deux autres incarnent davantage les valeurs traditionnelles de l'épouse et de la mère, héritées d'une société où la place des femmes semble déjà tracée

La mise en scène fait le choix de la sobriété. Le décor, presque inexistant, laisse la scène quasiment nue, avec seulement quelques éléments essentiels. Cette simplicité n'est jamais un manque ; elle concentre toute l'attention sur les personnages, leurs relations et la force du texte. Sans artifice, le spectacle laisse pleinement s'exprimer les émotions et l'engagement des quatre comédiennes, qui portent à elles seules toute l'intensité du récit. Leurs mouvements, précis et répétitifs, évoquent avec justesse le travail à la chaîne dans l'usine. À travers cette chorégraphie du labeur, on ressent la fatigue, la cadence et la pénibilité de leur travail. Les bruitages en fond sonore nous plongent dans l'atmosphère de l'usine, tandis que la musique accompagne avec délicatesse certains moments, soulignant les émotions sans jamais les surligner. L'ensemble est d'une grande efficacité et nous immerge pleinement dans le quotidien de ces femmes.

J'ai été profondément touchée par cette histoire, autant pour ce qu'elle raconte de notre passé que pour ce qu'elle dit encore aujourd'hui de la liberté, de la condition des femmes et de leur capacité à se soutenir pour faire évoluer les mentalités. Porté par un très beau texte, le spectacle trouve toute sa force dans l'interprétation des quatre comédiennes. Chacune compose un personnage juste, profondément humain et attachant. Ensemble, elles donnent naissance à une véritable sororité, où les émotions circulent avec beaucoup de sincérité.
Cette pièce est aussi un véritable travail de transmission. Elle nous invite à nous souvenir de ces femmes, de nos arrière-grand-mères et de nos grand-mères, qui ont, chacune à leur manière, contribué à faire évoluer la place des femmes dans la société. Leur courage et leurs combats ont permis de desserrer peu à peu certains carcans et d'ouvrir la voie à davantage de liberté pour les générations suivantes. En quittant la salle, on mesure le chemin parcouru, tout en gardant à l'esprit que l'égalité et la liberté demeurent des conquêtes à poursuivre.
Une pièce sensible, intelligente et magnifiquement interprétée, qui rappelle que les grandes conquêtes commencent souvent par de petites révolutions intérieures.

Les Filles aux mains jaunes s'adresse à un large public, dès l'adolescence. Elle séduira les amateurs de théâtre historique autant que ceux qui apprécient les récits profondément humains. Les personnes sensibles aux questions de la condition féminine, de l'émancipation, de la solidarité et de la transmission y trouveront une réflexion riche et toujours d'actualité. Mais au-delà de ces thèmes, c'est une pièce qui parle de courage, d'amitié et de liberté, des sujets universels qui peuvent toucher chacun.e d'entre nous.

Le spectacle se joue au Verbe fou du 4 au 25 juillet 2026 en Avignon. Relâche le mercredi
Et à la Scène libre du 2 au 27 septembre 2026 à Paris

Infos pratiques

Compagnie :
en Suspens
Représentation :
16 juillet 2026 à 10:45
Lieu :
Le Verbe fou, Avignon (84000)
Durée :
1 H 25
Public :
Tout Public à partir de 12 ans
Événement :
Festival Off 2026

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Chroniqueur·euse

Claire Thomas

Auvergne-Rhône-Alpes

J'aime découvrir des créations de spectacle vivant qui laissent une empreinte, qu'elles soient lumineuses ou dérangeantes, qui provoquent une émotion sincère.

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