LE ROI SE MEURT

Note 3 étoiles

Spectacle de la Compagnie la Coopérative 326 (56) vu le 3 Février  2026 à 20 h au Théâtre de Privas (07)

 

  • Adaptation et Mise en scène : Jean Lambert-Wild
  • Auteur : Eugène Ionesco
  • Interprétation : Jean Lambert-Wild, Odile Sankara, Nina Fabiani, Vincent Abalain, Aimée Lambert-Wild, Vincent Desprez, et Pompon le petit cochon
  • Costumes : Pierr-Yves Loup Forest
  • Création lumière  : Marc Laperrouze
  • Type de public : Tout public
  • Genre : Théâtre Absurde
  • Durée : 2 h

Dans Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco, mis en scène par Jean Lambert-wild, il ne s’agit pas seulement d’assister à l’agonie d’un roi : il s’agit d’approcher, pas à pas, l’idée même de notre propre disparition. Le roi Bérenger Ier se croit immortel. Il refuse la fin…Comme nous tous.

Autour de lui gravitent des figures qui incarnent différentes manières d’envisager la mort. Les deux femmes, notamment, dessinent une opposition limpide. L’une est la raison, la lucidité, l’acceptation. L’autre déploie au contraire l’élan de la jeunesse, la spontanéité, la légèreté encore insouciante de celle qui croit que l’amour peut triompher de tout. Deux élans profondément humains : consentir ou nier. Les deux comédiennes portent avec finesse cette dualité essentielle.  Le garde, lui, est le témoin de l’histoire.  Il observe, intervient, ponctue. Clown Auguste, il porte la naïveté, la maladresse et une forme de bon sens instinctif. Il voit sans pouvoir agir. Sa présence crée une distance, parfois un rire, souvent teinté d’amertume. La petite bonne, plus lucide qu’il n’y paraît, semble comprendre avant les autres ce qui est déjà en marche. La mise en scène choisit résolument le prisme du clown pour traverser l’absurde. Par le rire, par les situations burlesques, par le décalage, elle nous conduit vers un sujet grave : la mort. Le médecin-astrologue, juché sur ses échasses, immense, domine la scène de son savoir et annonce l’inéluctable comme une vérité cosmique. Et au centre : le roi, clown blanc. Figure d’autorité persuadée de maîtriser le monde, il incarne l’illusion du contrôle. Mais peu à peu tout se fissure — le corps, la voix, la certitude. Le clown blanc devient l’homme nu face à sa  fin.

On rit . Malgré la gravité du sujet, les décalages et les surgissements burlesques déclenchent un rire franc, parfois libérateur. C’est l’une des grandes réussites de cette proposition : tenir ensemble le rire, l’angoisse, la légèreté et la finitude. Entre théâtre et art du clown, le spectacle trouve un équilibre intelligent et sensible.

Les comédiens sont remarquables de précision et de justesse. Chacun trouve sa place sans jamais forcer l’effet, dans un équilibre délicat et une maitrise collective qui donnent au spectacle sa cohérence. Les moments d’interaction avec le public, laissant place à l’improvisation, offrent des respirations bienvenues dans un spectacle exigeant. La durée — près de deux heures — laisse parfois affleurer quelques longueurs, surtout dans la dernière partie. On se surprend à attendre que la mort advienne enfin ; mais cette attente fait aussi partie de l’expérience : elle nous place face à notre propre impatience devant l’inéluctable. Et puis il y a Pompon, le petit cochon. Présence incongrue et pourtant juste,  dans son absurdité tendre, il rappelle la vie brute.

Un immense bravo à la comédienne Odile Sankara pour son  monologue de la première reine, figure de la raison et de l’acceptation. D’une justesse magnifique, sans pathos ni emphase, elle accompagne le roi jusqu’au seuil et prononce l’irrévocable. C’est elle qui annonce sa mort. Un instant d’une force rare, où la parole cesse de lutter contre la fin pour simplement dire la vérité.

Il faut saluer le travail de toute l’équipe pour la justesse du ton, la précision du jeu et l’intelligence collective de la proposition. Une proposition forte, créative et imaginative, qui interroge notre rapport à la mort, à la vie et à la manière dont chacun la perçoit, la refuse ou l’apprivoise . Un spectacle exigeant, sensible, et  profondément humain. Bravo à  la Coopérative 326.

Claire Thomas

 

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