Le ring de Katharsy

Note 4 étoiles

Un spectacle de la Compagnie s’Appelle Reviens (59) vu le 22 mai 2026, à 19H30 au théâtre du Rond-Point  (75) 

  •  Conception et mise en scène : Alice Laloy
  • Écriture : Alice Laloy en complicité avec l’ensemble de l’équipe artistique
  • Avec : Coralie Arnoult, Lucille Chalopin, Alberto Diaz, Camille Guillaume, Dominique Joannon, Antoine Maitrias, Léonard Martin, Nilda Martinez en alternance avec Baptiste Ménard, Antoine Mermet, Marion Tassou, Maxime Steffan en alternance avec Théo Pétrignet
  • Collaboration chorégraphique: Stéphanie Chêne
  • Scénographie : Jane Joyet
  • Création lumière : César Godefroy
  • Composition musicale : Csaba Palotaï
  • Ingénieure son de création : Géraldine Foucault
  • Recherche et développement des accessoires et objets : Antonin Bouvret
  • Recherche, dessin et développement des systèmes de lâchés : Antonin Bouvret, Christian Hugel
  • Création costumes : Alice Laloy, Maya-Lune Thieblemont, Anne Yarmola
  • Création graphique et vidéo : Maud Guerche
  • Régie générale et plateau : Sylvain Liagre et Léonard Martin
  • Régie son : Kenzo Bernard
  • Régie générale : Stéphane Graillot
  • Régie son en tournée: Arthur Legouhy
  • Genre : cirque-danse
  • Public : spectacle adulte
  • Durée : 1h30

 Après avoir découvert Alice Laloy par voie de presse, dithyrambique ; je n’avais pas été personnellement convaincue par « Dead Breath Opéra » (non chroniqué). Il me fallait un deuxième spectacle pour affiner mon point de vue. « Le ring de Katharsy » a atteint le firmament de mon panthéon théâtral.

Alice Laloy est d’abord une femme de marionnettes. Mais à l’heure de l’IA triomphante, la metteuse en scène fait de l’humain une marionnette en tant que telle. Il est question de deux équipes de trois avatars. Dressés et vêtus par deux gamers, ils s’affrontent sur un ring dans des parties qui interrogent notre quotidienneté. La maîtresse de cérémonie, géante en fond de scène, comptabilise les points tandis que deux liquidateurs « nettoient » à l’issue de chaque jeu de massacre.

Le scénario est en lui-même flippant ; la mise en scène, hallucinante,  le rend cauchemardesque !

Le ton est donné d’entrée de jeu ! Une structure métallique carrée sertie d’accessoires domestiques (chaises, tables, lit, canapés, cartons, lampes…) s’élève vers les cintres. Les objets en tomberont lourdement à mesure des besoins des différentes parties. De part et d’autre du ring simplement tracé au sol, à cour et à jardin, prennent place les deux équipes. Un écran pour chacune, en fond de scène, affiche matchs et scores dans un graphisme énergique. Ils encadrent la maîtresse de cérémonie. Le tout est gris sable : la lumière, le mobilier mais aussi les corps, maquillés, et les vêtements. Seuls les deux gamers et la maîtresse de cérémonie apparaissent pour ce qu’ils sont : des êtres humains de chair et d’os, doués de paroles et de mélopées.

Les mots sont injonctions et visent à exciter la violence des androïdes. Ils obéissent par la danse, la pantomime, la contorsion, l’acrobatie. Les six comédiens-marionnettes sont époustouflants de précision dans leur rythmique mécanique, leur lâcher-prise, leur tension, leur danse-contact. La musique, les bruitages, spatialisés, qui accompagnent leur performance participent de l’intensité émotionnelle. « Le ring de Katharsy » côtoie alors l’insoutenable. Quelques bribes d’humour apportent un peu de respiration et nous rappellent à la réalité du théâtre et de la représentation de la dystopie. Mais telle une mise en abyme, la frontière entre les deux ne tient plus qu’à un fil.

« Le ring de Katharsy » est un spectacle parfait mais politiquement horrifique. A-t-il vocation cathartique comme son titre le suggère ? Je ne suis pas sûre qu’il opère de la sorte me concernant. Je suis en revanche absolument persuadée de la nécessité du théâtre quand il atteint un tel degré de complétude.

Catherine Wolff

Partager votre chronique sur les réseaux sociaux et gagner de la visibilité !

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email