Spectacle avec Carole Bouquet, texte d’Emilie Frèche vu à la Scala Provence à Avignon (84) le 6 mars 2026 à 20h
- D’après le texte Le Professeur d’Emilie Frèche publié chez Albin Michel
- Mise en scène : Muriel Mayette-Holtz
- Comédienne : Carole Bouquet
- Musique : Cyril Giroux
- Lumières : François Thouret
- Type de public : Tout public à partir de 7 ans
- Genre : Seul en scène, Théâtre contemporain
À la scène comme dans la mémoire collective, certaines histoires refusent de se taire. Avec Le Professeur, présenté à La Scala Provence, le théâtre se fait lieu de mémoire autant que de réflexion. D’après le texte écrit par Émilie Frèche et la mise en scène de Muriel Mayette-Holtz, ce seule-en-scène porté par Carole Bouquet revient sur les jours qui ont précédé l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, en octobre 2020.
Sur le plateau, la mise en scène se veut minimaliste. Le décor est réduit au strict minimum : on ne voit qu’un pupitre et un petit meuble bas, entièrement noir, sur lequel repose simplement un verre. Peu d’artifices : une actrice, un texte, et une parole qui circule entre les voix de ceux qui ont participé, volontairement ou non, à l’engrenage tragique. Derrière elle, un immense écran structure la représentation. On y voit apparaître les jours et parfois les heures des événements racontés, ce qui rythme la progression du spectacle. Des messages publiés sur internet y sont également projetés. Au tout début, l’image d’une école apparaît. À travers une succession de témoignages, la pièce retrace la mécanique de la rumeur, la montée de la pression et l’isolement progressif d’un professeur confronté à l’incompréhension et à la peur.
Dans ce dispositif épuré, Carole Bouquet ne joue pas véritablement les personnages. Elle lit le texte, presque sans expression, restant à proximité du pupitre et ne faisant que quelques pas sur scène. Les différentes voix apparaissent uniquement par de légères variations de ton. Ce choix de mise en scène crée une distance volontaire : l’actrice ne cherche pas à incarner, mais à transmettre. Le spectacle prend alors la forme d’un témoignage, presque d’une lecture publique. Par les mots de plusieurs figures, directrice, collègues, parents, élèves, institution, une pluralité de points de vue se font entendre. La comédienne ne cherche pas l’imitation mais la suggestion : chaque personnage apparaît brièvement, comme une pièce d’un puzzle dont le sens se révèle progressivement. Cette polyphonie donne au spectacle la forme d’une plaidoirie, presque d’un dossier judiciaire porté à la scène.
L’éclairage, lui aussi très sobre, ne met pas particulièrement en valeur la présence de la célèbre actrice ni ses vêtements, entièrement noirs et très confortables. Ce parti pris renforce sans doute l’idée d’une parole presque neutre, mais il peut aussi laisser une impression de distance visuelle. Par ailleurs, le fait que la représentation prenne la forme d’une lecture, qui n’était pas explicitement annoncée dans le programme, peut surprendre et susciter une légère déception chez certains spectateurs.
Le spectacle ne se contente pas de rendre hommage à une victime ; il interroge aussi la responsabilité collective. Comment une rumeur devient-elle une menace ? À quel moment le silence devient-il complicité ? En retraçant les dix jours précédant la tragédie, la pièce met en lumière les mécanismes sociaux et institutionnels qui ont contribué à l’isolement du professeur.
Avec cette mise en scène minimaliste, Le Professeur choisit la retenue plutôt que l’émotion spectaculaire. Le spectacle ne cherche pas à impressionner par le jeu ou les effets visuels : il propose plutôt un moment de réflexion, où la parole et la mémoire occupent toute la place.
JDM