- Mise en scène : Mélissandre Archimbaud
- Texte original : Antoine de Saint-Exupéry
- Acteur : Antoine Vaillant, Johann Poels, Mathieu Gabanelle
- Composition musicale : Perceval Archimbaud
- Genre : Fable poétique et philosophique
Je trouve ma place dans l’un des sièges bleus du théâtre et, de suite, je plonge dans une rêverie matinale. Le Petit Prince est occupé à dessiner, à écrire le monde et, par instants, il jette des coups d’oeil d’ici, de là. À ses côtés, un homme, debout, regarde cet éternel enfant dans son œuvre.
Je comprends que c’est Antoine de Saint-Exupéry. Ces quelques minutes d’introduction plantent le décor sur une musique douce et contemplative pendant que le public s’installe ..
Antoine, cet auteur iconique que l’on ne présente plus, joue le rôle du conteur de cette rencontre entre un aviateur et un enfant des étoiles.
Il y a quelque chose d’intemporel. L’avion, ce tas de féraille qui a besoin de réparations, est posé sur la scène. Et dans ce même objet lourd qui fait office de décor, j’ai eu un sentiment qui défie tout raisonnement et tout calcul. Il est le médiateur qui permet la rencontre entre deux êtres qui appartiennent à deux mondes mais qui sont, en fait, profondément semblables.
C’est la rencontre entre deux amis qui ne cherchent pas à être quelqu’un d’autre. Tous les deux sont simplement dans leur sensibilité. C’est ce que dit Antoine : lorsque l’on rencontre quelqu’un et que l’on parle de cette rencontre à une autre personne, le partage doit être sincère. Il ne doit pas être question de calcul ou d’argent.
Seulement, une question me vient à l’esprit, et tu peux toi aussi te la poser : le petit prince est-il un voyageur ? Car lorsqu’il quitte sa rose, ce n’est pas dans l’idée de découvrir un ailleurs. Il part parce que la proximité avec sa rose lui fait trop mal. C’est une fuite choisie. Simplement, il écoute son coeur et se sent plus léger ainsi.
Je vois le petit prince comme un être léger, d’une légèreté absolue, alors qu’il est loin, très loin de sa planète. Il est parti avec aucun bagage. Sa planète lui manque à chaque instant car il éprouve de l’attachement pour sa rose et ses volcans, mais c’est comme si il n’était jamais parti. Il y a comme un fil qui le relie à son étoile.
Cette légèreté est aussi symbolisée par son écharpe jaune autour du cou. Sa sensibilité, sa douceur et sa fragilité trouvent forme dans cet objet. Et c’est ce même vêtement qu’il quitte à la fin du spectacle pour trouver une mort reposante.
Cette fin m’a profondément touché, car on peut considérer le Petit Prince comme quelqu’un d’innocent. Et c’est vrai, il est innocent, mais il n’est pas crédule. Cette touche finale montre la sagesse qu’il exprime également à travers les différentes rencontres tout au long de son voyage.
S’il décide de se laisser mourir par le venin du serpent, c’est parce qu’il a conscience de ses limites et parce qu’il sait que le voyage ne se limite pas à la mort, et qu’il retrouvera sa rose sans avoir besoin de « sa vieille écorce ».
Le coeur ouvert, il rencontre alors d’autres individus, eux aussi seul sur leur planète. Ce roi débonnaire m’a beaucoup fait rire. C’est curieux, tout de même, qu’il puisse exister une planète pour un seul habitant. Je ressens que c’est la forme extériorisée d’eux-mêmes. Ils ne sont pas seuls, en définitive. À l’image du roi qui croie que tout lui appartient, il n’appartient, en définitive, qu’à lui-même.
Le Petit Prince, lui, se sent un peu à l’étroit dans le monde des autres et décide, à chaque fois, de poursuivre son chemin jusqu’à ce qu’il arrive sur la septième planète de son parcours : la Terre.
Là, les dimensions ne sont plus les mêmes. C’est à s’y perdre. C’est peut-être pour cela qu’il arrive dans ce désert.
Cette mise en scène du petit prince est exprimée tout en douceur, à l’image d’un Petit Prince tout sourire, sensible et malicieux.
Ce que cherche le prince, en définitive, c’est l’amour qu’il peut retrouver chez l’autre. Et à travers les rencontres, tu t’attaches à des personnages qui sont des doubles de toi-même.
J’ai bien ressenti la joie d’Antoine de Saint Exupéry de rencontrer un ami et, en même temps, la fierté de sa création, de ce personnage qu’il a imaginé. Mis en scène, il y a comme une union qui se crée, celle qui permet l’inspiration : être visité par des êtres venus d’ailleurs.
Comme la rencontre entre deux étoiles, ils sont liés ensemble. C’est beau de se dire que nous percevons tous les étoiles à notre manière et qu’il y en a une, en particulier, qui nous rappelle un vieil ami.
Festival d'Avignon. Au CABESTAN à 10 h du 4 au 25 juillet. Relâches les 6 et 13
Infos pratiques
- Compagnie :
- Théâtre des Étincelles
- Représentation :
- 4 juillet 2026 à 10:00
- Lieu :
- Théâtre Le Cabestan, Avignon (84000)
- Durée :
- 50 min
- Public :
- spectacle familial, à partir de 5 ans
- Événement :
- Festival OFF d'Avignon 2026
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Chroniqueur·euse
Avignon / Vaucluse / Jura / Ain
Je me considère comme un artiste curieux et décalé, qui aime explorer et goûter à de nouvelles sensations qui lui parlent et le touchent. J'aime le spectacle vivant, qui interpelle, qui explore, qu'il soit dynamique, surprenant.
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