Un spectacle produit par le Collectif Greta Koetz et Prémisses (Belgique) et vu au Théâtre de la Bastille (75) le 7 janvier 2026, à 19H30.
- Ecriture et mise en scène : Thomas Dubot
- Ecriture et jeu : Marie Alié, Sami Dubot, Antoine Herbulot, Nicolas Payet et Léa Romagny Valletin
- Création Lumières et régie générale: Nicolas Marty
- Création musicale : Sami Dubot
- Marionnettes : Alexandre Vignaud
- Construction : Nicolas Marty et Florent Arsac
- Création sonore et régie son : Florent Arsac
- Genre: Théâtre.
- Public : Adulte
- Durée : 1H50
Je ne connaissais pas le collectif Greta Koetz mais la scène belge est d’une telle vitalité que c’était une première bonne raison de le découvrir. Le synopsis de « jardin » a achevé de me convaincre. Malgré un aspect fort déroutant, « le jardin » est une belle parabole.
Réunis dans le jardin de leur enfance, les frangins Fritz et Antoine, flanqués de leur ami Nicolas, célèbrent le retour de leur sœur, Marie, qui est enceinte et se prend pour la Vierge. Menacé par un promoteur mais farouchement défendu par la fratrie, ce jardin a certes des allures de terrain vague mais c’est l’endroit le plus précieux au monde. Est-ce une « Cerisaie » ? Ou bien « le vert paradis des amours enfantines » ? Ou encore, à une autre échelle, notre temple à tous, notre Eden, la terre ? Marie a-t-elle une simple lubie, refuse-t-elle de grandir ou est-elle d’une rare lucidité ?
Le spectacle joue à merveille de ces différents registres. Il s’agit, pour la troupe de :
« De créer un endroit indécidable, entre la blague et le sacré et on voit si on atteint quelque chose ».
Parfois, ça fait flop et pas mal de spectateurs sont partis. Si personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire, je n’ai pu que constater la montée en intensité dramatique à partir de la relation désopilante du rêve d’Antoine enceint et souillant le monde de sa merde, lors de l’accouchement.
Les comédiens jouent admirablement en voix naturelle. Mention spéciale à Antoine Herbulot et Léa Romagny Vallentin laquelle interprète Fritz, le frère adolescent qui chauffe la salle. Ils évoluent dans un décor qui sert parfaitement le propos : un plateau presque nu mais qui se remplit de tout un tas d’accessoires (piano droit sur praticable, mobilier de jardin, marionnettes de volatiles crevés qui tombent des cieux, moto 125), un arbre en tubes PVC, et deux gradins couverts d’herbe synthétique avec de la terre pour enterrer les oiseaux. A cour, une travée permet aux comédiens de patienter et de se changer à vue comme au TG Stan. Le tout est très éclairé avec force projecteurs et néons. A jardin, une autre travée remplit le même office mais sert aussi de plateau pour la musique live (piano, piano miniature, électro et batterie).
Comme il s’agit, malgré la triste réalité d’un monde qui s’effondre, de réenchanter ce qui peut l’être, le jeu est ponctué de musique. Sous forme instrumentale ou par des chants a capella. L’ensemble, du plus bel effet, est la métaphore de l’ensemble du spectacle, entre sacré et grivoiserie.
« Le jardin » m’a redonné une belle leçon. Il faut parfois savoir patienter pour comprendre où un spectacle veut nous emmener. En l’occurrence, « le jardin » parle de notre monde contemporain et de notre rapport à lui ; de la quête de sens qui est la nôtre pour lutter contre le nihilisme ambiant. Le collectif Greta Koetz a su relever le défi. C’est une troupe que je suivrais désormais.
Catherine Wolff