- Mise en scène : Alexandre Tchobanoff
- Assistante à la mise en scène : Prisca Lona
- Jeu : Stéphane Bierry, Yann Collette, Prisca Lona
- Décors : Alexandre Tchobanoff, Prisca Lona
- Costumes : Alexandre Tchobanoff, Prisca Lona
- Lumières : Alexandre Tchobanoff
Double lever de rideau ! Après l’ouverture traditionnelle de celui du théâtre, le public découvre l’atmosphère d’un bar somme toute banal : la serveuse entame son service en relevant le rideau métallique de la devanture. Dans une sobriété assumée, le décor se compose d’un comptoir à droite, de deux tables rondes entourées de quatre chaises — dont l’une paraît sensiblement plus confortable que les autres — et d’un jukebox vintage, rutilant.
Nous assistons ici à un huis clos politique, glacial et oppressant. Dans une atmosphère kafkaïenne, comme suspendue hors du temps, la pièce évoque tout autant les régimes autoritaires que les fragilités de nos démocraties contemporaines.
Deux hommes se retrouvent dans un bar : l’un est commissaire, l’autre un indicateur convoqué pour avoir prétendument rédigé des dénonciations à son encontre. Tandis que le premier déclame, vocifère et accuse, le second se recroqueville, hésite et se perd en excuses.
Pourtant, au fil de cet interrogatoire, les rapports de force se brouillent : on ne sait jamais vraiment qui domine, qui manipule l’autre, ni jusqu’où peut s’exercer la violence du pouvoir. Silencieuse, la serveuse apporte une présence troublante, presque spectrale. Elle transforme ce face-à-face en un étrange triangle sous surveillance, comme si un système invisible observait chacun des gestes et des mots.
La mise en scène d’Alexandre Tchobanoff résonne avec son histoire personnelle : ayant grandi sous le régime communiste bulgare, il aborde la manipulation et la délation avec une sensibilité particulière. En plaçant l’action dans un bar, lieu public, anonyme et faussement rassurant, il crée un espace où chacun, comme chaque objet, peut devenir suspect.
J’ai pris un malin plaisir à suivre cette pièce, sans voir le temps passer, me délectant de cette savoureuse réflexion sur la délation par les délicieuses tirades de Yann Colette. Magnétique à souhait, il « ouvre l’œil — le bon ! » et impose une présence saisissante. Son partenaire de jeu n’est pas en reste et déploie, avec une belle justesse, toute l’étendue de son talent de comédien.
À tous les amateurs de thrillers politiques, de huis clos sous tension, de dialogues à sous-entendus, mais aussi de théâtre magistralement porté par deux grands comédiens. Et, qui sait, aux délateurs, apprentis commissaires et autres crapules en tout genre, qui s’y reconnaîtront peut-être… 🤣
Festival OFF d'Avignon 2026 du 3 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet) au théatre du Girasole à 13h35.
Infos pratiques
- Compagnie :
- Le Théâtre de Demain
- Représentation :
- 20 juin 2026 à 19:00
- Lieu :
- Théatre du Girasole, Avignon (84000)
- Durée :
- 1h15
- Public :
- Tout public à partir de 12 ans
- Événement :
- Festival d'Avignon OFF 2026
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Chroniqueur·euse
Gard / Vaucluse / Bouches-du-Rhône
Fasciné par la manière dont le corps devient le vecteur d'émotions, de récits et d'idées, je trouve dans l'art vivant un langage universel qui parle à la fois à l'âme et aux sens.
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