Spectacle de la compagnie Le Vaisseau (13) vu le 31/01/2026 au Théâtre des Carmes (Avignon) dans le cadre du Fest’Hiver.
- Auteur : Nina Ayachi & Clara Chrétien
- Mise en scène : Clara Chrétien
- Comédiens : Juliette de Ribaucourt, Zoé Guillemaud et Stéphane Monpetit
- Type de public : à partir de 13 ans
- Genre : clown macabre
- Durée : 1h20
Alors que le public s’installe et que la salle se remplit pour cette représentation exceptionnelle du Cabaret des oiseaux, je suis accueilli dans un nuage de fumée qui ne cesse de s’épaissir. Le public plaisante, à la fois intrigué et presque inquiet comme s’il y avait le feu. Quand la représentation débute enfin, je ne peux même plus distinguer la scène. Le brouillard se lève et sur les planches se meut une forme humanoïde faiblement éclairée qui passe une étrange porte, porte qui restera alors close.
Dans un sombre bureau, une imposante porte se dresse, surveillée par des bureaucrates. Un homme se présente pour franchir cette porte et retrouver quelqu’un. Après vérification, il s’avère que son nom n’est pas inscrit dans le registre et il se voit donc refuser l’accès. Mais Conrad est déterminé et s’engage alors dans une lutte effrénée pour convaincre cette administration de le laisser passer, prêt à tout pour y parvenir.
C’est une création hybride, à la croisée des genres entre spectacle de clown et critique sociétale, soutenue par une ambiance macabre et mystérieuse. Dans cet univers bureaucratique semblant se trouver entre la vie et la mort, des fonctionnaires loufoques et désabusées veillent inlassablement sur ce qu’elles nomment « derrière là-bas », un espace aussi craint que désiré. L’atmosphère est lourde et le temps semble défiler différemment entre Conrad arrivé on se sait comment, qui se démène, et ses interlocutrices, mais le tout est contrebalancé par des touches d’humour qui font mouche. Cette pièce questionne la mort, le deuil et la disparition des êtres chers, sans jamais employer directement ces mots.
La scénographie, indéniablement le point fort de cette création, propose un clair-obscur constant, allié à des bruits de fond qui semblent résonner et se prolonger dans cet espace labyrinthique. Je trouve le jeu des comédiens excellent, permettant de renforcer l’immersion.
C’est une pièce que je recommande vivement. Elle met en lumière l’absurdité et la complexité de notre administration, portée par une distribution convaincante et une mise en scène solide, parfaitement intégrée au Théâtre des Carmes. S’il est difficile de mesurer l’enthousiasme général du public, pour ma part, je serai curieux de découvrir les prochaines créations de cette compagnie.
Pierre Freudendal
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