Un spectacle de la compagnie les Mille Portes (78), vu au Grand Pavois, le 26 juillet à 10 h 10, dans le cadre du festival d’Avignon 2025.
- Autrice : Ana Piévic
- Mise en scène : Bruno Banon
- Interprètes : Ana Piévic, Bruce Tessore, Pablo Penamaria, Raphaël Setty
- Musiciens : Pablo Penamaria (guitare, clarinette), Raphaël Setty (accordéon)
- Direction musicale : Yorfela
- Lumières : Madeleine Tisserand
- Genre : théâtre musical
- Durée : 1 h 10
- Public : Tout public à partir de 8 ans
Laissez mon cheval libre, il sait où aller ! Le titre du spectacle est déjà en lui-même une sorte d’énigme, comme une alerte ou l’avertissement impérieux du besoin de liberté que chacun porte en lui. Il a piqué ma curiosité. Et je n’ai pas regretté.
C’est un spectacle au charme intemporel. Il commence par la formule magique « il était une fois… », des contes d’enfants quand les histoires merveilleuses abritent des sagesses subtiles à méditer. Mais ce n’est pas un conte de fées. Ici, le merveilleux est à portée de main. C’est l’amitié qui nous relie aux paysages de notre enfance, c’est la musique qui nous transporte l’âme, c’est le chant qui nous ouvre le cœur et élève l’esprit, c’est l’aventure au bout du chemin. C’est surtout, au moment opportun, notre capacité à décider de notre vie et à suivre le chemin où nous pousse notre nécessité de connaître.
C’est l’histoire d’une amitié entre 4 personnages. Les uns restent là où ils sont nés et construisent leur nid dans la tradition. Une autre, Zoran, aspire au voyage. C’est une des qualités du spectacle de faire jouer le personnage principal par une actrice, Ana Piévic, quand il est dit qu’il est du genre masculin. Cela donne une perspective très actuelle au récit. Il/elle a soif de confronter son corps et son cœur à la terre et aux étoiles et de vivre dans l’ivresse de l’inconnu. Intensément. Peut-être à la recherche de ce père qu’il/elle a si peu connu… Au final, il/elle reviendra, riche de ses expériences, et quelles expériences ! au village de son enfance, retrouver ses amis, et ses amours. Mais le temps a passé. Bien des choses ont changé.
Cette apparente simplicité d’une quête de soi, que l’on retrouve dans maintes et maintes traditions, permet à cette joyeuse troupe de comédiens et de musiciens de mettre en scène un cinquième personnage : la musique. C’est elle qui nous fait voyager le temps de la représentation. Musique des Balkans, à forte consonance gitane et yiddish, elle nous enveloppe comme une voix, nous raconte la joie et la beauté du monde mais aussi la nostalgie de la perte de la terre natale.
Il faut dire que les chants et les musiques sont superbement interprétés et jouées. Les quatre acteurs/chanteurs/musiciens sur le plateau sont solaires, rayonnants. Ils ont du souffle, du cœur. Ils sont littéralement habités par le récit. À noter la totale sobriété du décor. Tout est suggéré par des jeux de lumières créant des tableaux particulièrement poétiques.
J’ai eu le sentiment très agréable de reconnaître l’empreinte d’autres histoires mythiques, dans d’autres cultures, qui toutes nous parlent de ce sentiment étrange d’incomplétude à nous-même qui nous met en recherche. Un spectacle profond et savoureux !
Madeleine Esther