Un spectacle produit par la cordonnerie (69) et vu au théâtre de la Ville (75) le 5 février 2026, à 19H.
- Texte, réalisation, mise en scène : Métilde Weyergans et Samuel Hercule
- Musique originale : Timothée Joly, Matthieu Ogier
- Sur scène : Métilde Weyergans, Samuel Hercule, Timothée Joly, Matthieu Ogier
- A l’écran : Métilde Weyergans, Samuel Hercule, Stephen Butel, Andréas Chartier, Brenda Clark, Pasquale D’Inca, Lucie Garçon, Michel Le Gouis, Stéphane Naigeon, Julien Picard, Jean-Philippe Salério, Isabelle Thévenoux, Philippe Vincent.
- Direction photo : Noé Mercklé
- Chef décorateur : Louis Eulyop Jung
- Régie plateau et régie générale : Patrick Corbaz.
- Genre: Ciné-spectacle.
- Public : Tout public.
- Durée : 1H20
Je suis une inconditionnelle de la Cordonnerie. Chroniquer leur dernière création –« l’affaire L.ex.?.re »- relevait de l’évidence. Quel bonheur !
Le titre, étrange, s’éclaire à mesure que se déroule le scénario en trois actes de ce polar. Il est d’abord question de Max, tueur à gage solitaire. Le second acte qui s’ouvre selon le même rituel (air de cor suisse, paysage de Chambéry, scansion avec deux ballons) raconte le parcours d’une autre solitaire, Natacha. On comprend, aux stigmates qu’elle porte au visage, qu’elle a vécu un drame qui l’a privée de son compagnon. Comédienne de son état, elle doit interpréter celle qui expire, Phèdre. Ce sera le troisième acte.
La marque de fabrique de la Cordonnerie, c’est le ciné-spectacle bruité. On retrouve ce postulat dans « l’affaire L.ex.?.re », augmenté d’une partie musicale live (clavier, cor suisse, guitares, mandoline, percussions, contrebasse, harmonica) de toute beauté. Notre polar est en fait raconté en « quadriphonie » : le cinéma, la musique, les vers de Racine et les bruitages. Ces quatre médias permettent d’incarner l’histoire sous des points de vue différents, d’opérer une vaste mise en abyme et d’interroger la nécessaire incarnation du verbe. Leur juxtaposition opère tantôt un décalage comique (les interviews radio), tantôt une émotion tragique (les regards).
Tout le dispositif scénique, en bifrontal, est mis au service de cette ambition. Côté jardin, une estrade avec le pôle musical. Côté cour, une autre estrade avec la technique et la contrebasse. Au centre un double écran en hauteur. Dans l’interstice qui sépare les deux supports, des caisses descendent des cintres vers deux tables roulantes. Elles sont remplies d’accessoires pour le bruitage.
Dans chacun des domaines, c’est techniquement époustouflant. J’ai particulièrement apprécié la musique qui contribue à l’intensité dramatique, le slam sur les vers de Racine, les deux comédiens qui doublent toutes les voix de la tragédie, la qualité photo du film.
L’affaire L.ex.pi.re » est un spectacle d’une grande intelligence et d’une grande beauté. Je regrette qu’il tourne si peu sur Paris. J’aurais tellement aimé le revoir pour mieux le faire découvrir.
Catherine Wolff