Posé au cœur de la Crau, le seul désert de pierre de France, Le Sietch Biomécanique occupe une ancienne raffinerie dont on n’a jamais effacé les veines d’acier.
Le lieu tient en équilibre entre deux mondes : celui d’Arrakis — le désert de Frank Herbert, l’épice, le silence minéral, le Ver qui dort sous le sable et l’eau comptée goutte à goutte — et celui d’H. R. Giger — l’ossature et la machine fondues, le noir aérographe, l’organique qui suinte du métal.
On y descend comme dans un sietch : couloirs de béton-os, vertèbres de chrome en guise de gradins, un plateau de sable noir que la lumière rasante fait onduler comme une dune. La programmation cherche le rituel et l’étrange — transes électroniques, théâtre de science-fiction, performances biomécaniques, cérémonies de l’eau.
Ici la fiction colle à la peau comme une combinaison distillante. On entre habillé, on ressort recyclé.
Fondé en 1969 dans une ancienne savonnerie du quartier du Panier, Le Théâtre du Double n’a jamais voulu être une salle, mais un organe : un corps vivant qui avale ses spectateurs et les recrache autres.
Sa ligne est limpide et déraisonnable — prolonger le geste d’Antonin Artaud (le théâtre comme peste, comme cruauté, cérémonie physique où le verbe cède au cri, au souffle, au sang qui bat) et celui d’Alejandro Jodorowsky (le théâtre panique, la psychomagie, le sacré arraché au quotidien, le rite qui soigne).
Ici, pas de quatrième mur : la salle est une chambre noire, un ventre, parfois un temple. La jauge est tenue volontairement basse pour que chaque corps compte. On y programme des transes, des cérémonies, des actes psychomagiques, des messes profanes et des veillées qui n’ont pas peur de durer jusqu’à l’aube.
On n’y vient pas se divertir. On y vient être traversé.