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La loi du désir

Note 3 étoiles

Spectacle du collectif La Porcherie (75), vu au Théâtre du Chariot, à Paris, le 11 mars 2026 à 21h.

De : Esteban Hupé, Barnabé Lambert

Mise en scène : Esteban Hupé

Avec : Barnabé Lambert

Aide à la création : Jeanne Fièvre

Conception musicale : Manon Josien

Conception lumière : Hugo De Piero

Regard extérieur : Eva Rami, Agnès Proust, Anna Fournier, Mickaël Délis

 

Durée : 1h10

Public : Tout public (à partir de 13 ans)

Ce soir, c’est le grand soir…

Il a dix-sept ans et il n’a jamais fait l’amour. Tout ce qu’il connaît, c’est ce que l’industrie de la pornographie lui a appris. Violences, masculinisme, devoir, injonction de performance, voilà à quoi correspond la sexualité pour ce jeune homme, qui, comme beaucoup d’autres, a grandi dans un environnement pressuré, oppressif et normatif.

Alors il se met à douter de lui. Il ne peut s’empêcher de se demander : « qu’est-ce qui ne va pas chez moi???». Il a forcément un problème. Autour de lui, tout le monde l’a fait, même ses amis les plus empotés. Alors, pourquoi pas lui?? Quand est-ce qu’il sera enfin un homme??

La loi du désir explore avec brio le désir masculin et questionne la manière dont les jeunes hommes construisent aujourd’hui leur vision de la sexualité. Dans une société où la pression sociale autour des performances sexuelles pèse sur les jeunes générations, il est important de comprendre comment déconstruire ces schémas qui mènent souvent à la souffrance et à la violence.

C’est avec un jeu à la fois burlesque et touchant que Barnabé Lambert emporte avec lui son public à travers le voyage initiatique de Berlan. On y voit s’entremêler les dynamiques complexes causées par cette pression sociale autour du désir et de la sexualité.

Dans ce récit intime, Berlan nous raconte la brutalité du passage à l’âge adulte et la confusion que cela crée en lui. À travers une performance brillante d’ingéniosité, la vulnérabilité du personnage face à ses propres désirs émeut le public. Ce jeune homme ne comprend pas ses propres désirs, depuis toujours nourris par des fantasmes et des injonctions sociales qui se heurtent à la profondeur de sa douceur.

La pièce, à travers un texte puissant et touchant, veut déconstruire les normes actuelles et cherche comment la jeune génération peut réussir à s’émanciper de ces injonctions. Ce travail de déconstruction important aujourd’hui, rejoint les luttes des mouvements féministes et LGBTQIA+ pour qui l’idée n’est pas de « réprimer le désir, mais de le repenser, [de] l’éclairer sous un nouveau jour?» (Barnabé Lambert, Esteban Hupé).

La mise en scène épurée — une chaise posée au milieu du plateau — et le jeu étonnant de Barnabé Lambert, tour à tour, parodique, clownesque puis sensible,  permet au texte de résonner d’autant plus fort. Le talentueux comédien incarne ainsi plusieurs personnages qui représentent autant de vision du désir. Il se transforme tantôt en un archétype de masculiniste détestable, tantôt en une travailleuse du sexe assumée, en accord avec ses désirs. Il incarne même une perruche de Madagascar. Toutes ces diverses représentations — sans compter la perruche — nous montrent à quel point le désir est changeant et incontrôlable, à quel point il est personnel, loin des idées toutes faites et des a priori.

La loi du désir est un espace de réflexion collective sur le… désir, et sur l’immense liberté qu’il permet de conquérir. Ce spectacle est aujourd’hui, d’utilité publique. Avec cette pièce, le collectif de la Porcherie réussit à questionner les normes et à en explorer toute la complexité, dans une création accessible et cathartique, dont la poésie et la douceur apaisent les cœurs.

Marceline WEGROWE

 

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