La leçon

Note 3 étoiles

Spectacle mis en scène par Robin Renucci, produit par La Criée (13) vu le 10/03/2026 à 20h au théâtre du Chêne Noir à Avignon (84)

  • Auteur : Eugène Ionesco
  • Mise en scène : Robin Renucci
  • Comédiens : Robin Renucci (dans le rôle du professeur), Inès Valarcher (dans le rôle de
    l’élève), Christine Pignet (dans le rôle de la bonne Marie)
  • Type de public : à partir de 14 ans
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h05

lI y a des pièces de théâtre qui racontent une histoire. Et puis il y a celles qui dérangent, qui bousculent, qui laissent le spectateur un peu étourdi en sortant de la salle. La Leçon appartient clairement à cette seconde catégorie.

Dès l’ouverture, le décor donne le ton. Sur scène, côté cour, de grandes caisses en bois sont empilées. Au centre, des éléments aux formes géométriques diverses, dont plusieurs cubes, occupent l’espace. Côté jardin, de longs bâtons rouges dressent leurs lignes verticales. Le sol, vert et couvert de formules mathématiques, évoque un immense tableau de classe. Avant même que l’histoire ne commence vraiment, on comprend que le savoir, les chiffres et les signes seront au cœur de ce qui va se jouer.
Une vieille femme est entrain de remettre de l’ordre, quand une jeune fille sonne à la porte, en survêtement, casque sur les oreilles. Elle vient pour les leçons. Cette élève d’aujourd’hui, qui écoute du rap et danse le hip-hop, ancre immédiatement la pièce dans notre époque. Le professeur finit par apparaître. Il lui propose de travailler avec lui afin d’obtenir un « doctorat total ». La leçon peut commencer. Comme chez Eugène Ionesco, tout démarre de manière presque rassurante. Le professeur commence par l’arithmétique. Les questions semblent simples, presque scolaires. Mais très vite, la logique se dérègle. Les mots se multiplient, les explications deviennent confuses. La leçon bascule ensuite vers la philologie. C’est à ce moment-là que le malaise s’installe vraiment. Peu à peu, la gêne augmente. Le discours du professeur devient un déferlement verbal, une avalanche de mots qui écrase l’élève. On sent la violence monter, presque physiquement. On a envie que tout s’arrête, envie de partir, de fuir cette tension grandissante. Lorsque la scène se termine enfin, c’est presque un soulagement.

La mise en scène actualise fortement la pièce. Le décor graphique, la tenue contemporaine de l’élève, le rap qu’elle écoute, le hip-hop qu’elle danse : tout contribue à inscrire La Leçon dans notre présent. L’absurde imaginé par Ionesco semble soudain très proche de nous.
Le jeu des acteurs y est pour beaucoup. Robin Renucci et Inès Valarcher livrent une performance remarquable. Ils créent des émotions fortes et tiennent le spectateur dans une tension constante. Inès Valarcher impressionne particulièrement par son engagement physique : lorsqu’elle se tord de douleur, lorsque son corps exprime la souffrance de l’élève, ou encore lorsqu’elle danse le hip-hop, mettant en valeur ses talents de danseuse et ses qualités presque circassiennes.
On sent que tout a été travaillé dans les moindres détails : la scénographie, la mise en scène, le rythme, le jeu des acteurs. Rien n’est laissé au hasard.
Au final, cette version de La Leçon ne se contente pas de faire revivre un classique du théâtre de l’absurde. Elle le rend intensément actuel. Et surtout, elle nous secoue. Un spectacle qui dérange, qui met mal à l’aise parfois, mais qui rappelle avec force que le théâtre peut encore nous bousculer.

JDM

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