K/C

Note 3 étoiles

Spectacle de la compagnie Théâtre Mobile (69) vu le 29/04/2026 à 20h au Théâtre des Halles, Avignon (84)

  • Texte : Fabien Arca (publié aux éditions du Rouergue)
  • Mise en scène et dramaturgie :Christian Giriat
  • Avec : Charly Breton et Delphine Ciampi Ellis
  • Collaboration chorégraphique, dramaturgie, costumes : Catherine Crochet
  • Composition musicale : Delphine Ciampi Ellis
  • Conception lumière : Michèle Milivojevic
  • Conception vidéo : Anatole Maillot-Rosely
  • Type de public : Tout public à partir de 13 ans
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h20

Dans K/C, texte de Fabien Arca mis en scène par Christian Giriat, le théâtre devient une chambre d’écho où résonne la turbulence de l’adolescence. À travers la figure énigmatique de K/C, jeune de 17 ans vivant dans une ville industrielle américaine, se dessine un portrait à la fois intime et universel : celui d’un être en rupture, en quête d’identité, et surtout d’un souffle vital capable de transfigurer le réel.

Dès les premières lignes, une guitare aux cordes manquantes agit comme un catalyseur. Ce n’est pas seulement un objet : c’est un point de bascule. Le geste d’apprendre, d’insister, de répéter, devient acte fondateur. La musique s’impose alors comme une langue alternative, un espace de résistance face à un environnement familial et social oppressant. K/C ne se contente pas de rejeter le monde : il le recompose, avec rage et lucidité.

La force du spectacle tient à sa structure éclatée. Récits, chansons, poèmes et fragments de pensée s’entrelacent dans un flux continu, presque organique. Ce choix dramaturgique épouse le tumulte intérieur du personnage. On ne suit pas une intrigue classique, mais une traversée : celle d’une journée décisive où K/C décroche du système scolaire pour embrasser pleinement la musique. Une chute ? Plutôt une naissance.

La mise en scène amplifie cette dynamique. Le dispositif scénique, à la croisée du théâtre, du concert et de l’installation visuelle, construit un espace mental en perpétuelle mutation. Le personnage se dédouble, se diffracte, jusqu’à se fondre dans une entité musicale plus vaste. Cette disparition progressive du corps au profit du son traduit une idée forte : la musique devient une forme d’émancipation radicale.

Au cœur de ce dispositif, la performance du comédien impressionne par son engagement physique. Sa gestuelle, précise et habitée, devient un véritable langage parallèle, capable de traduire les variations émotionnelles du personnage, de la tension contenue à l’élan libérateur. Le corps, tour à tour nerveux, fragile ou traversé d’énergie, prolonge le texte et lui donne une dimension sensible immédiate, rendant perceptible la complexité intérieure de K/C.

Mais K/C ne se réduit pas à un manifeste punk-rock. Il y a, sous la saturation sonore et la révolte, une profonde tendresse. Une attention à l’autre, presque naïve, qui affleure dans les interstices du texte. Comme si derrière la colère persistait une foi fragile en l’humanité.

En définitive, K/C capte avec justesse ce moment charnière qu’est l’adolescence : un territoire instable, traversé de contradictions, où tout peut basculer.

JDM

 

Partager votre chronique sur les réseaux sociaux et gagner de la visibilité !

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email