Spectacle produit par La Cité Théâtre (14) vu le 07/03/2026 au Théâtre des Halles (Avignon) à 20h00.
- Auteur : Fabrice Adde, Valentine Gérard, Olivier Lopez
- Mise en scène : Olivier Lopez
- Comédiens : Fabrice Adde et Valentine Gérard
- Type de public : À partir de 14 ans
- Genre : Théâtre contemporain
- Durée : 1h15
En entrant dans la salle, je pressentais que la soirée ne serait pas tout à fait ordinaire. La scène, assez épurée, laissait place à l’imaginaire et le public semblait curieux de découvrir ce qui allait se jouer devant lui. Très vite, j’ai compris que ce spectacle allait prendre la forme d’une expérience théâtrale libre, parfois déroutante, souvent surprenante.
La pièce s’ouvre sur un extrait d’un texte de Paul Claudel, comme un début de théâtre classique. Mais cette entrée en matière est brusquement interrompue : les deux personnages s’arrêtent et discutent du choix de ce début. La dispute qui s’installe fait déjà basculer la scène dans une forme de mise en abyme. On assiste autant à une représentation qu’à la fabrication du spectacle lui-même.
Sur le plateau, Fabrice Adde et Valentine Gérard incarnent un couple d’artistes qui semblent mêler vie personnelle et création. Ils parlent de leur métier, de leurs doutes, de leurs fragilités, mais aussi de leur besoin presque vital de jouer. Le spectacle se construit alors comme un terrain d’expérimentation. Les comédiens passent d’un texte de théâtre ou de poésie à des moments plus spontanés, parfois complètement décalés, où l’absurde et l’humour prennent le dessus. À plusieurs reprises, l’un des personnages se lance dans de longues digressions, racontant sa vie ou brodant autour de situations inattendues face au public.
La structure du spectacle reste volontairement libre, presque fragmentaire. Certaines scènes surgissent de manière imprévisible, et l’on passe tour à tour de la confusion au rire, puis à des instants plus poétiques. Derrière ce chaos apparent se dessine pourtant un fil conducteur : celui de la relation entre ces deux artistes, un couple qui traverse le quotidien, le temps qui passe et la création, avec en toile de fond une réflexion sur l’amour et sur la place du théâtre dans leur vie.
La proposition assume pleinement son côté expérimental. Les comédiens investissent l’espace avec beaucoup de liberté, s’adressant parfois directement au public. Le rythme reste dynamique et la pièce sort clairement des sentiers battus. J’ai particulièrement apprécié la justesse du jeu des deux acteurs, capables de passer d’un registre à l’autre avec naturel.
Pour ma part, je dois reconnaître que cette forme très décalée m’a parfois laissée un peu en retrait. L’aspect volontairement confus de certaines séquences peut surprendre et demander au spectateur de se laisser porter par l’absurde et l’imprévisible. Mais c’est aussi ce qui fait la singularité de la proposition. La personne qui m’accompagnait, par exemple, s’est laissée séduire par cet univers farfelu et a beaucoup ri face à ces situations inattendues.
Je t’aime plus loin que toi est donc un spectacle qui ne cherche pas à suivre les codes traditionnels du théâtre. Entre poésie, humour et expérimentation scénique, il propose une forme libre et singulière qui pourra séduire les spectateurs curieux de découvertes théâtrales atypiques.
Lucile VABRE