Spectacle de Nolan Production (84) vu le 14/03/2026 à l’Archipel Théâtre à Avignon (84).
- Auteur : d’après l’œuvre d’Agatha Christie, adaptation par Jérôme Tomray
- Mise en scène : Jérôme Tomray
- Comédiens : Cindy Jaafar, Audrey Barial, Fany Brunel, Emmanuel Granier, Jean Michel Bart, Dominique Thiériot, Julien Amouroux, Christian Di Ruggiero, Delphine Blas et Sophie Autran
- Type de public : à partir de 10 ans
- Genre : comédie dramatique
- Durée : 1h30
Après avoir pris place dans l’étroit mais non moins confortable Archipel Théâtre, j’ai tout le loisir d’observer les décors qui se dressent sur la scène devant moi. Une double porte ouvrant sur une terrasse délimitée par un muret, des tableaux, des photographies, un escalier montant à l’étage, des canapés à fleur, un fauteuil devant une cheminée, une table basse avec un jeu d’échec, un bar et des alcools, des bougeoirs, un ensemble d’éléments orchestrés qui reproduisent tout ce qu’on peut imaginer d’un intérieur bourgeois anglais des années 30. C’est alors qu’une voix retentit, invitant les spectateur à éteindre leur téléphone, puis la pièce débute enfin…
Dix inconnus se retrouvent dans une demeure bourgeoise perdue sur une île du Devon, un comté du sud-ouest de l’Angleterre, accessible uniquement en journée grâce aux canaux. Les deux employés de maison accueillent leurs huit invités, conviés par leurs employeurs, Monsieur et Madame Onyme, eux-mêmes absents, sont bloqués sur le continent jusqu’au lendemain. Chacun a reçu une lettre l’invitant à ce séjour afin d’y retrouver des amis ou de la famille. Pourtant, aucun d’eux ne se connaît. Soudain, une voix résonne et révèle les sombres secrets de chacun, promettant une mort certaine à ces criminels. Au cœur de la nuit, bloqués sur cette île coupée du monde, les esprits s’échauffent et la paranoïa gagne peu à peu les invités, tandis que les meurtres s’enchaînent, annoncés par une comptine pour enfants.
Dix comédiens sur scène, à l’heure où fleurissent les seuls-en-scène, souvent très bons, mais ici c’est suffisamment rare pour être souligné. C’est bien rythmé, vivant, parfois drôle ou surprenant, mais surtout extrêmement divertissant. Les personnages interagissent, se croisent et évoluent dans ce décor où chaque accessoire trouve harmonieusement sa place. Chacun possède son propre caractère, parfois assez caricatural, mais ce n’est pas pour me déplaire, car cela permet de bien s’y retrouver. La pièce est ponctuée par une innocente comptine pour enfants qui prend ici un sens bien plus macabre. Impossible de ne pas se prendre au jeu et de tenter de découvrir l’organisateur de tout cela, à la manière d’un Cluedo grandeur nature. Jusqu’à la dernière seconde, nos certitudes sont mises à l’épreuve, et le final est magistral.
La formidable scénographie nous immerge dans un environnement des années 1930 : des costumes reproduisant le style de l’époque, des répliques travaillées, le tout soutenu par un fond sonore de grande qualité, renforçant d’autant plus l’immersion.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant enthousiasmé par une pièce de théâtre, maîtrisée de bout en bout. La complexité des décors, la richesse des costumes et la profusion d’accessoires en font un véritable défi, mais le résultat vaut largement le coût. En témoignent les applaudissements appuyés du public : cette adaptation, qui prend tout de même quelques libertés avec le roman original, est une immense réussite. Cette première découverte du travail de Nolan Production et de Jérôme Tomray donne envie d’explorer plus largement leurs créations.
Pierre Freudendal
Chronique réalisée dans le cadre du partenariat avec l’Université d’Avignon et avec les étudiants du Master 1ère année, Parcours Arts et Techniques des Publics, mention Culture et Communication.