Il nous est arrivé quelque chose

Note 3 étoiles

Un spectacle produit par Olivier de Sagazan (44) et vu au théâtre Silvia Montfort (75) le 13 février 2026, à 20h30.

  • Performance et conception : Olivier de Sagazan
  • Musiciens : Pierre Chéguillaume et Alexis Delong.
  • Spatialisation du son : Rodrigue de Sa
  • Vidéo : Guillaume Ménard
  • Scénographie : Margaux Folléa
  • Lumière : Antoine Desprez
  • Texte voix off : Renaud Barbaras
  • Genre: Danse / Performance
  • Public : Tout public
  • Durée : 50 minutes.

Artiste-peintre de mon état, voilà des années que je voulais voir une performance d’Olivier de Sagazan. Le théâtre Silvia Montfort, dans le cadre du festival « faits d’Hiver »* m’en a enfin donné l’occasion. Quelle expérience !

D’expériences, dans « il nous est arrivé quelque chose », il n’est question que de cela. En performeur qui se respecte, Olivier de Sagazan fait l’expérience de lui-même pour mieux interpeller l’humaine condition. Dans un tube à essai bientôt rempli d’eau, Olivier de Sagazan court, ahane, pense et interroge le corps comme matière dynamique, le mot comme « apparescence », le moi comme élément du cosmos. Cette controverse ontologique et métaphysique qui s’appuie sur Foucault et Spinoza confine à la folie.

La folie qui est celle de l’abime du questionnement est restituée par l’ensemble du dispositif. Un tube à essai donc, central, dans lequel Olivier de Sagazan va évoluer tout du long, en maillot de bain et en sono. A cour et à jardin, deux musiciens électroniques se répondent avec spatialisation du son. En fond de scène, un cyclo reçoit une multitude d’images sous différents formats : bien définies, démultipliées, juxtaposées jusqu’à l’abstraction, montées à une vitesse vertigineuse. Parfois, c’est le corps d’Olivier de Sagazan qui est montré comme sur les planches de Muybridge ou bien son visage filmé en direct et en gros plan.

Tous les sens sont sollicités, parfois un peu forts en ce qui concerne le son. Cette surenchère a le mérite de solliciter toutes les émotions : le rire (l’effet loupe du liquide sur le corps du performeur), l’angoisse (les visions organiques ou cosmiques), le stress (la vitesse des images), la régression (le liquide amniotique), l’agacement (la logorrhée) et j’en passe. On peut ne pas être convaincu mais on ne peut pas rester indifférent.

« Il nous est arrivé quelque chose » porte admirablement bien son titre : Olivier de Sagazan, telle l’image christique finale, se sacrifie dans sa chair de performeur pour nous faire éprouver collectivement ce quelque chose qui s’appelle l’humain.

Catherine Wolff

 

*Le festival « faits d’Hiver » se propose, depuis 28 ans, de faire découvrir toutes les esthétiques de la danse contemporaine dans différents lieux de diffusion.

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