Photo Thomas O’Brien

Frantz

Note 4 étoiles

Spectacle de la compagnie BPM (94) vu le 29/03/2026 à 16h à La Scala Provence, Avignon (84)

  • Texte : Marc Granier
  • Mise en scène : Marc Granier
  • Comédiens : Paul Ménage, Chloé Louis, Samy Morri, Kathleen O’Reilly, Marc Granier
  • Création lumières : Johannes Johnström
  • Régie lumières : Camille Monchy
  • Création costumes :  Malou Galinou
  • Création bruitages : Clara Lloret Parra, Samy Morri, Chloé Louis
  • Direction musicale :  Paul Ménage
  • Type de public : Tout public à partir de 10 ans
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h20

Sur scène, le décor intrigue immédiatement : une planche sur des tréteaux, envahie d’un bric-à-brac d’objets du quotidien posés dessus, glissés dessous, éparpillés autour, et à proximité, une étagère tout aussi chargée. Rien n’est laissé au hasard dans ce capharnaüm organisé, qui devient le terrain de jeu des comédiens.

Au centre, un jeune homme, Frantz, est allongé au sol. Il dort. Puis, doucement, la journée commence. Sans un mot, par la seule force du mime, il enchaîne les gestes familiers : le réveil, le petit-déjeuner, la douche… À ses côtés, trois comédiens donnent vie à son quotidien par des bruitages réalisés en direct. Frantz enfourche ensuite sa trottinette imaginaire pour rejoindre son travail. La routine est là, douce et répétitive, comme figée depuis des années. Le spectateur traverse ainsi un lundi ordinaire.

À 23 h 15, le téléphone sonne : le père de Frantz est décédé. À partir de cet instant, sa vie bascule. Le spectacle gagne en intensité et en profondeur. À travers une succession de tableaux, le spectateur est invité à revivre les moments marquants du passé de Frantz, à découvrir ses blessures, tout en découvrant les répercussions de la perte de son père sur sa vie si routinière.

La gestuelle de l’interprète de Frantz est tout simplement remarquable : précise, expressive, habitée, parfois comique.

L’un des aspects les plus fascinants du spectacle réside dans son univers sonore entièrement fabriqué en direct. Ici, aucune bande-son : tout repose sur l’ingéniosité des comédiens, qui créent les bruitages à partir d’objets du quotidien, mais aussi avec leur bouche et leur corps. Cette mécanique artisanale est à la fois surprenante et d’une redoutable efficacité. Le réalisme est parfois saisissant, comme avec le cri des mouettes, qui transporte instantanément ailleurs. Ce travail sonore, précis et inventif, participe pleinement à la magie du spectacle et témoigne d’une véritable maîtrise collective.

La scène de la boîte de nuit constitue un moment particulièrement marquant. Sans aucun artifice technique ni musique enregistrée, les comédiens recréent une ambiance nocturne vibrante grâce aux bruitages et à leur présence scénique. Les sons, les rythmes et les pulsations prennent vie en direct, donnant l’illusion d’un véritable dancefloor.

Autre instant marquant : celui où père et fils semblent lutter contre le vent, une scène très réussie.

Le spectacle se déploie au fil de situations burlesques et clownesques, provoquant de francs éclats de rire.

Drôle, inventif, mais aussi tendre et émouvant, le spectacle touche juste. Le public ne s’y trompe pas : les applaudissements sont chaleureux et nourris. En sortant, un enfant glisse : « C’était trop bien ». Une spontanéité qui résume tout. À ne pas manquer.

JDM

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