Foutue bergerie

Note 2 étoiles

Un spectacle produit par la compagnie le Fils du Grand Réseau (29) et vu au théâtre du Rond-Point (75) le 11 mars 2026, à 20H30.

 

  • Texte et mise en scène : Pierre Guillois
  • Comédiens : Christiana Reali, Marc Bodnar, Anna Fournier, Mathilde le Borgne, Simon Jacquard, Kevin Perrot, Yanis Chikhaoui
  • Scénographie : Camillie Riquier
  • Costumes : Axel Aust et Camille Pénager
  • Lumière : Jérémie Papin
  • Création sonore : Loïc Le Cadre
  • Régie plateau : Elvire Tapie
  • Coordinatrice d’intimité : Stéphanie Chêne.
  • Genre: théâtre
  • Public : adulte
  • Durée : 1h45

 

Impossible pour moi de ne pas découvrir la dernière création de Pierre Guillois. Le sujet est aussi inédit que l’univers artistique est familier. « Foutue bergerie » est un spectacle surprenant sans être totalement convaincant.

Pierre Guillois a  en effet inscrit sa pièce dans l’actualité ; celle du mal-être agricole. On découvre une famille d’éleveurs ravagée par le suicide du cadet, atteint d’une malformation génitale. L’épandage des intrants est en cause. Mais comment David peut-il s’attaquer à Goliath dans un monde où la paysannerie est reléguée, même géographiquement. Le mitage urbain menace les exploitations. Deux mondes se rencontrent non sans stéréotype, au profit du RN.

Pour transmettre cette réalité sociale et politique, Pierre Guillois a choisi son langage, l’humour. Les scènes dramatiques alternent donc avec des scènes comiques incarnées par des comédiens transformés en moutons pensants et parlants. Le passage d’un registre à l’autre se fait au gré d’ intermèdes musicaux (chant et guitare sur costume improbable).

Tout ce beau monde évolue dans un décor ingénieux : des ballots de paille partout et une table avec toile Vichy en avant scène ; un système de balancier à vue et qui porte le suicidé tel un nouveau Christ sacrifié sur l’autel de la rentabilité ; en fond de scène, un cyclo en guise de ciel bleu nuageux et un praticable pour la chambre de la mère, tombée dans une profonde dépression.  Pour dessiner les différents espaces, des allemandes descendent des cintres et dynamisent l’ensemble.

« Foutue bergerie » regorge de qualités. D’abord, le monde paysan n’est pas caricaturé. La sonorisation (voitures au loin, oiseaux, bêlements) participe d’un certain réalisme. Les comédiens, sonorisés, ont le mérite d’endosser chacun plusieurs rôles et d’assumer nudité et scènes de sexe plus que suggestives. Les dialogues entre le père et la mère, le chef d’exploitation et son stagiaire Jamel sont particulièrement émouvants.

Le problème, c’est que les scènes supposées comiques cassent le ressenti sans faire rire, à part quelques répliques bien tournées. Le rythme est cassé. Les longueurs se font longues. Et la vulgarité, apanage en principe abouti chez Guillois, devient franchement pesante par sa gratuité.

« Foutue bergerie » constitue une prise de risque louable. Mais le spectacle, en rodage, est inégal malgré d’indéniables réussites.

Catherine Wolff

 

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