Spectacle vu le Jeudi 05 mars à 19h au Théâtre des Doms (84), produit par Saintes Patronnes x BLOOM Project (Belgique)
Auteur / Mise en scène : Héloïse Ravet
Comédiennes : Héloïse Ravet, Zoé Lejeune, Léa Quinsac
Type de public : à partir de 16 ans
Genre : Théâtre
Durée : 1h
J’ai assisté à une sortie de résidence d’écriture du spectacle Épuiser les soleils au Théâtre des Doms. C’est le deuxième volet de création qui a été présenté, avec Héloïse Ravet seule en scène. Elle commence assise à un bureau, avec une télévision sur laquelle elle fait défiler des images illustrant ses propos.
Héloïse Ravet donne la parole à sa sœur Yolande, qui est toxicomane, à travers des enregistrements. Elle nous explique qu’elle l’a suivie et enregistrée dans sa vie quotidienne. À travers ce spectacle, Héloïse Ravet souhaite démonter les clichés selon lesquels les “crackheads”, les drogués, seraient des parasites ou des personnes effrayantes ou rebutantes, menant une vie qui ne serait pas enviable.
On découvre, avec ces enregistrements, une petite partie de la réalité de Yolande, pleine de rêveries et de poésie, dont les pensées passent du coq à l’âne. On ressent la présence de la drogue et de la violence à travers les audios, mais ce n’est pas omniprésent. Héloïse Ravet nous montre une réalité toute autre, qui n’est ni moralisatrice ni enjolivée, comme une fenêtre qui s’ouvre sur la vie de Yolande, sans pour autant susciter de la pitié ni donner l’impression de voyeurisme. C’est une ouverture sur un monde que l’on connaît mal, tabou, mais rempli de mystères et surtout de vie.
À la suite de chaque audio, Héloïse déploie, à partir de l’histoire de sa sœur, des imaginaires à la frontière entre fiction et réalité, avec par exemple l’histoire de la bête du Gévaudan, qui fait écho à une agression qu’a subie Yolande. Ces interludes nous plongent chaque fois un peu plus dans le monde de sa sœur, en repoussant les limites du réel, comme Yolande repousse les limites de son propre corps.
J’ai beaucoup aimé la manière dont la musique souligne les audios et ce que nous raconte Héloïse. Cela résonne avec la vie de Yolande, dans laquelle la musique est très présente, puisqu’elle chante beaucoup.
Héloïse Ravet a confié qu’elle ne pensait pas introduire les audios de sa sœur dans la version finalisée du spectacle : ils serviront uniquement de base pour la construction de celui-ci. Je trouvais justement très beau, et surtout très fort de sens, d’entendre les deux voix. Comme un dialogue entre sœurs, leurs voix, leurs mondes se confondent et se chevauchent.
J’ai vraiment apprécié cette pièce : elle nous plonge dans un univers tabou et surtout méconnu d’une façon très poétique. À travers un sujet très spécifique, elle questionne notre rapport à la vie, notamment tous les clichés autour d’“une vie qui vaut la peine d’être vécue”, ce qui ne serait pas le cas pour la vie de Yolande.
Mikal Vidal-Astrié
Chronique réalisée dans le cadre du partenariat avec l’Université d’Avignon et avec les étudiant.e.s de Master 1ère année, parcours Arts et Techniques des Publics, mention Culture et Communication.