Affiche du spectacle

Doué.e.s

Note 3 étoiles

Spectacle de la Compagnie Les Milles Printemps (17), vu le vendredi 15 janvier au Théâtre 13 (Paris ) à 20h.

  • Texte et mise en scène : Gabrielle Chalmont-Cavache
  • Collaboration à l’écriture : Marina Tomé
  • Avec : Claire Bouanich, Sarah Coulaud, Louise Fafa, Maud Martel, Jeanne Ruff, Juliette Smadja, Lisa Toromanian
  • Scénographie : Angéline Croissant
  • Costumes : Sarah Coulaud
  • Création musicale : Jeanne Ruff
  • Réalisation des costumes : Marion Duvinage
  • Chorégraphie : Louise Fafa
  • Création lumière : Emma Schler
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h45
  • Public : Tout public

Pense-t-on de vous que vous êtes brillant.e.s ? Doué.e.s ? Ou particulièrement idiot.e.s ?  Et vous quelle est votre opinion sur votre intelligence ? Quelles que soient les réponses, oubliez toutes vos certitudes et entrez dans ce spectacle..

Doué.e.s raconte l’histoire de sept personnages, toustes bien différents et pourtant uni.e.s par des liens puissants. Iels sont tout d’abord, toustes impuissant.e.s face au déterminisme social dont iels subissent les conséquences et iels vont tenter de les comprendre afin de s’en émanciper. Iels veulent se « surpasser intellectuellement ». Mais qu’est-ce que cela veut dire, réellement ? Tout en abordant tant d’autres sujets tout aussi importants, la Compagnie des Milles Printemps se donne pour mission de lutter contre ce qu’iels définissent comme « notre ennemi juré et si tabou » : le complexe d’infériorité intellectuelle.

Les spectateur.ices s’identifient très vite à ces personnages touchants. Qui ne s’est jamais senti « à côté » parce que tout le monde rit à une blague que l’on n’a pas comprise ? Ou parce qu’on a aimé un livre dont tout le monde se moque ?

Cette lutte est principalement incarnée par le personnage d’Alice (Juliette Smadja), une neuroscientifique de renom qui travaille sur l’intelligence et l’importance de se débarrasser des biais cognitifs, sources de préjugés. Elle est  le fil conducteur du spectacle et présente des conférences auxquelles nous, spectateur.ices participons avec entrain. Le travail d’Alice est un miroir de la pièce en elle-même, la neuroscientifique, au même titre que la Compagnie des Milles printemps, étudie « les conséquences de la hiérarchisation des individus en fonction de leur (in)capacité cognitive et de leur (sous)culture acquise ».

La lumière se fait  est on découvre  la scène. Un décor presque futuriste dans lequel  sont disposés des modules blancs étranges aux formes et aux dimensions variées. Les commédien.nes sont vêtus d’assemblages de vêtements clairs et chairs, qui annule presque la présence même de leurs corps sur scène. La musique, forte et puissante, entraîne ces corps qui se mettent à danser, créant ainsi des tableaux stupéfiants et oniriques. Les scènes jouées sont, en effet, entrecoupées de moment chorégraphiques poignants où les comédien.nes deviennent un chœur unique.

Sur le plateau, au fil du temps, un réel cerveau prend forme au cours de la pièce, devant les spectateur.ices émerveillés. Tout l’univers esthétique du spectacle, à l’image du texte, interroge la perception et l’imagination du public qui observe ce laboratoire fictif. Chaque nouvelle scène amène un nouveau décor, jamais figé, toujours en mouvement, à l’instar des pensées qui passent et qui se retirent.

Au-delà des questions intellectuelles que posent le spectacle, Doué.e.s – à l’instar de tout le catalogue de la Compagnie des Milles Printemps – aborde des sujets tout aussi essentiels, en lien avec la lutte contre les inégalités, sous toutes ses formes. Les artistes de la compagnie ont toujours mis en avant, grâce à leurs créations, leur désir et surtout l’urgence d’agir. Les personnages sont tous différents, tous subissant des violences systémiques d’une manière ou d’une autre, tous faisant partie de diverses minorités dont la représentation est importante car trop absente.

Doué.e.s est un merveilleux spectacle à travers lequel tout le monde à quelque chose à découvrir. C’est un spectacle d’utilité publique, car la déconstruction prend du temps et qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre.

Marceline Wegrowe

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